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9/10Le Point d'orgue

/ Critique - écrit par Kassad, le 17/09/2005
Notre verdict : 9/10 - Tout sur .org (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 2 minute(s) - laisser un commentaire

Avec Le point d'orgue, Nicholson Baker réussit un tour de maître. Il arrive à faire une oeuvre pornogaphique qui possède une qualité littéraire que de nombreux auteurs ayant reçu des prix peuvent lui envier. Si au cinéma la pornographie a résisté à toutes les tentatives de sophistication (voir le triste Baise moi par exemple), il n'en est pas de même dans le monde de l'écriture : de Sade à Diderot (prenez La religieuse vous m'en donnerez des nouvelles) en passant par Mirabeau (oui oui celui la même qui a inspiré la déclaration des droits de l'homme et qui a aussi écrit Le rideau levé), on pourrait multiplier les exemples.

Le point d'orgue est l'autobiographie d'un homme au pouvoir extraordinaire. D'un simple calquement de doigt il peut figer le temps, tout est alors immobile sauf lui qui peut se déplacer à sa guise. Il profite alors du monde arrêté autour de lui pour mener toutes sortes d'expériences. Il aime bien notamment regarder ce qui se passe en dessous des habits des jolies demoiselles qu'il croise...

Le point d'orgue est donc le roman extrême du voyeur. En effet, le héros est gentil et honnête dans son genre. Il ne se sert pas de son pouvoir pour dévaliser les banques ou abuser les gens. Il s'est formé tout un ensemble de tabous et finalement intervient très peu dans la vie des autres. Son occupation principale reste de soulever les jupes. Parfois il se laisse aller à intervertir une cassette dans un autoradio ou bien à introduire des textes érotiques dans les mains d'une lectrice. Juste pour voir comment elle va réagir, ce qu'elle va faire.

Par bien des aspects, Le point d'orgue fait penser à du Houellebecq, mais un Houellebecq optimiste, souriant, frais et léger. Le narrateur est issu de la classe moyenne et son travail n'est pas extraordinaire : il transcrit des enregistrement (l'utilisation son pouvoir lui permet d'ailleur d'être particulièrement efficace). Le regard qu'il porte sur la vie est lucide et la sexualité est le centre de son existence. Bref, tous les traits d'un héros Houellebecquien par excellence sont présents. Seulement voilà, ce héro ne pleure pas sur son sort et son cynisme est teinté d'une certaine bienveillance, il aime son boulot et en fin de compte il est plutôt heureux.

La marque principale de ce roman est l'inventivité incroyable dont fait preuve l'auteur. Quand on pense qu'avant d'être écrivain Nicholson Baker était analyste à Wall Street, on se demande si le monde de la finance est aussi austère qu'on veut bien le croire... à moins que ce ne soient justement ces années passées à ronger son frein dans les salons feutrés des banques qui ne soient à l'origine de cette explosion chamarrée.

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