Aller au contenu
Livres Critique
Léonard de Vinci - La biographie

Léonard de Vinci - La biographie : pourquoi ça fait de l’effet

Notre note : 7/10

Vinci, vidi, redit.

Fiche technique →

On croit tous connaître Léonard, jusqu’à ce qu’on nous demande pourquoi ses tableaux font de l’effet. Walter Isaacson explique ça très bien. Trois fois plutôt qu’une…

Léonard de Vinci, on croit tous le connaître. La Joconde derrière sa vitre, le Clos Lucé et ses machines en bois, l’hélicoptère à hélice, deux ou trois documentaires vus d’un œil. Demandez ensuite pourquoi ses tableaux font de l’effet, et là, personnellement, j’aurais séché. C’est à peu près la seule bonne raison d’ouvrir un pavé pareil.

Walter Isaacson (le biographe de Steve Jobs et d’Einstein) reprend la vie de Léonard de Vinci dans l’ordre, en gros. Fils illégitime d’un notaire et d’une paysanne du coin, le gamin n’ira pas à l’école de latin, ce sera l’atelier, chez Verrocchio. Vers trente ans il se vend à Ludovic Sforza par une lettre où il énumère ses talents de constructeur de ponts démontables et de machines de siège, la peinture arrivant en dernier, presque en passant. Suivent dix-sept ans à Milan, les spectacles de cour, le cheval de bronze géant jamais coulé parce que le métal est parti en canons, la Cène qui s’écaille de son vivant, la Joconde trimballée seize ans sans jamais être livrée : qui trop embrasse mal étreint, apparemment pas lui. Puis Florence, Michel-Ange qui le déteste, un passage d’ingénieur militaire chez César Borgia, et pour finir Amboise, où François Ier l’installe au Clos Lucé pour l’écouter parler. Il y meurt en 1519.

Ce que le livre fait vraiment bien, et ce pour quoi le grand format existe, c’est de poser les œuvres en couleur juste à côté du commentaire. Le sfumato (l’art de ne pas tracer de trait) cesse d’être un mot d’expo : s’il estompe ses contours, c’est qu’il a passé des années à regarder la lumière et à en conclure que rien, dans la nature, n’a de ligne nette. Le sourire de la Joconde n’est plus un mystère de carte postale mais un travail d’atelier, monté sur les muscles des lèvres qu’il avait disséqués et calé sur le fait qu’on le voit mieux du coin de l’œil qu’en le fixant. La Cène se lit comme une mise en scène d’organisateur de fêtes, avec son clou planté dans le mur pour tenir la perspective. On peut n’y rien connaître et suivre sans peine.

  • 592 pages grand format illustré
  • 7 200 pages de carnets conservées
  • 15 tableaux achevés, à peu près

L’écriture se juge à part, et de ce côté rien à redire : c’est souple, ça glisse. Isaacson explique sans jargonner, on pose le bouquin trois semaines et on le reprend sans avoir à se remettre dedans, ce qui est exactement comme je l’ai lu. Les notes, reléguées en fin de volume, je ne les ai jamais ouvertes, et elles ne m’ont pas manqué. Par contre, à ce régime, un truc saute assez vite aux yeux : chaque chapitre a l’air d’avoir été écrit dans son coin, sans se rappeler ce qui a été dit cent pages plus tôt. Le bâtard sans latin, le gaucher, le distrait qui laisse tout en plan, on nous refait le topo trois fois plutôt qu’une…

Un dernier mot sur la fin, qui m’a un peu gâché le reste. Isaacson conclut par un chapitre de leçons à tirer : soyez curieux, observez, prenez vos notes sur du papier, procrastinez comme lui. Léonard en consultant créativité !

Finalement, ce Léonard de Vinci fait sans doute un très bon cadeau, ce qui n’est pas si courant pour une brique de cette taille. À offrir à quelqu’un qui n’y connaît rien et qui en ressortira en sachant enfin pourquoi on s’extasie, ou à un curieux qui ira picorer au fil des semaines. Ceux qui ont déjà lu sur lui, eux, peuvent sauter un chapitre sur trois sans rien perdre.

Dans le même esprit