9/10Lunaparc en pyjamarama

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 06/04/2012
Notre verdict : 9/10 - Écran à plat (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 9 réactions

Peu de livres peuvent se targuer de donner l’illusion d’être face à la petite lucarne ou à un grand écran. C’est la cas de la série des Pyjamarama, dont le premier volet est édité depuis l’année dernière chez le Rouergue (New York en Pyjamarama). Aujourd’hui, nous nous attaquons au second opus : Lunaparc en Pyjamarama. Déjà : « Pyjamarama » ? Une néologisme plutôt mignon qui annonce le ton… et le principe de l’ouvrage : pas besoin de faire des kilomètres et d’enfiler une tenue de baroudeur pour vivre une belle expérience, celle-ci peut débuter en pyjama, dans la chambre à coucher. Et quelle aventure : les images du livre vont progressivement prendre vie et se mouvoir grâce à un petit procédé très simple en apparence : l’ombro-cinéma. Il s’agit d’une technique d’optique qui consiste à faire glisser une petite feuille de rhodoïd,  imprimée de fines rayures noires verticales, sur une illustration tramée de telle sorte que la superposition et le déplacement des deux supports produisent l’illusion du mouvement. Accompagnée de Michaël Leblond en charge des images animées, Frédéric Bertrand (Des ailes dans le dos, Le petit bonhomme pané) a imaginé, après New York, un nouveau voyage pour le petit garçon rencontré dans le premier tome (référence à Little Nemo de Winsor McCay). Cette fois-ci,  une fois tombé dans les bras de Morphée, il s’envole vers un merveilleux parc d’attractions : Lunaparc.

Lunaparc en pyjamarama
Illustration de Frédérique Bertrand, image animée
de Michaël Leblond, issue de Lunaparc en pyjamarama,
Rouergue 2012
"Lunapark" est un nom donné à de nombreux parcs d’attraction à travers le monde depuis 1903, dont celui de Coney Island à New York (suite logique du voyage du premier livre ?). C’est aussi le terme qui désigne aujourd’hui ces fameux lieux de festivités dans plusieurs langues. Le jeune protagoniste peut en tout cas se vanter d’avoir créé son Lunaparc à lui, puisque c’est la clef de ses songes qui en ouvre les portes, et donc son imagination débridée. Traduit dans le langage fascinant de l’optique et de l’image animée, on retrouve pèle mêle une ambiance festive, pleine de bruits, de foules, de courses et de mouvements nerveux et trépidants. Le texte de Frédérique Bertrand est simple, parfois juste anecdotique et à grand renfort d’onomatopées courtes pour évoquer le remue-ménage et les mouvements des attractions. À d’autres moments, les exclamations du narrateur viennent s’ajouter à celles du lecteur face aux diverses découvertes, permettant d’identifier certains contextes et paysages lorsque l’illustration les traite de manière symbolique ou abstraite.

Lunaparc en pyjamarama
Illsutration de Frédérique Bertrand, image animée
de Michaël Leblond, issue de Lunaparc en pyjamarama,
Rouergue 2012
Le graphisme, également de Frédérique Bertrand, présente un aspect rétro, notamment un esprit très années 20 sur la première de couverture. Celle-ci, toute monochrome, semble d’ailleurs plus proche d’une affiche de cinéma début du XXème siècle que d’une couverture de livre. La petite touche désuète se poursuit au fil des pages par l’utilisation de collages et de formes synthétiques, presque géométriques ou abstraites, aux couleurs essentiellement primaires. Grâce au travail ingénieux de Michaël Leblond, les divers éléments des attractions créées par l’illustratrice entrent en mouvement au gré des déplacements du petit rhodoïd fourni avec l’album. Ce qui, en l'absence de l'instrument, donne l’impression d’une sorte de bourdonnement visuel hermétique (par ses petites stries foudroyantes en apparence anodines), devient alors un spectacle fascinant et hypnotisant pour les jeunes yeux… mais aussi leurs aînés. Les exploits de l’optique, qui peuvent d’ailleurs servir à introduire la technique du cinéma et de la décomposition du mouvement au sens large, retranscrivent joyeusement les lumières clignotantes du parc ou les feux d’artifice en vue aérienne, les auto-tamponneuses fourmillantes, les engrenages dans le ventre du grand huit, ou encore l'ondulation des vagues dans la grande cascade. Certains motifs ressemblent un peu à ceux déjà rencontrés dans New York en Pyjamarama, mais racontent une histoire différente, et nous immergent dans un univers à la fois proche et bien particulier. Il s’agit d’une nouvelle escapade nocturne pour le petit bonhomme en pyjama rayé, la monotonie est donc exclue !

Après New York en pyjamarama, une seconde aventure palpitante et tourbillonnante s’offre à nous dans ce Lunaparc en pyjamarama. Les soubresauts et l’excitation des parcs à thème est palpable à chaque page, au gré des animations crées de concert par Frédérique Bertrand et Michaël Leblond grâce à la technique de l’ombro-cinéma. On attend désormais impatiemment le troisième opus, Moi en pyjamarama, qui promet un périple encore plus captivant puisqu' à une autre échelle : à l’intérieur de notre propre corps. Sortie prévue en octobre 2012.

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