9/10Les plus belles berceuses jazz

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 11/12/2012
Notre verdict : 9/10 - Golden Slumbers (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 13 réactions

Introduire la richesse et la diversité du jazz à la jeune génération était l'objectif du très joli Swing Café de Carl Norac et Rebecca Dautremer. Aujourd'hui Didier Jeunesse nous fait découvrir, via Les plus belles berceuses jazz, un panel plus spécifique de grands titres du genre selon une thématique pointue : celle des chansons douces (que me chantait ma Mamaaan... ou aurait pu). Répertoire sélectionné par le guitariste de jazz Misja Fitzgerald Michel, illustré par Ilya Green (Bulle et Bob à la plage, Bulle et Bob dans la cuisine), et dont chaque morceau est soigneusement traduit par Valérie Rouzeau, l'ensemble s'annonce plus que délectable, et surtout se destine à un public bien plus large qu'il n'y paraît. Comme bien souvent dans les albums musicaux de la maison.

Dès les premières minutes de la première écoute, et ce bien au-delà de la vingtième, le sentiment de caresse et de chaleur qui enveloppe l'auditeur est palpable et délicatement hypnotique. Les effets apaisants et « cocooning » du jazz ne sont plus à démontrer, mais cette collection a été composée avec le plus grand soin et la plus grande efficacité par Misja Fitzgerald Michel, de façon à ce qu'elle puisse, comme son titre l'indique, accompagner en douceur le sommeil des plus jeunes. Ceux-ci, déjà bercés par le phrasé mélodieux et musical des sonorités anglaises, peuvent accéder plus facilement à leur sens grâce aux traductions de Valérie Rouzeau, parfois libres mais toujours au plus près des émotions du texte original. Ils peuvent ainsi percevoir rapidement les grands thèmes de prédilection de ces morceaux : le chemin vers les bras de Morphée (« My sleepy head » par Nat King Cole), ou vers un pays imaginaire (« Over the rainbow » par Judy Garland), les paroles consolatrices ou rassurantes des parents envers leur enfant (« Russian Lullaby » par Ella Fitzgerald), ou encore les premières étincelles d'un amour souvent naïf (« Once upon a summertime » par Blossom Dearie), parfois même teinté d'un peu de dérision (« My funny Valentine »  par Chet Baker).

Les plus belles berceuses jazz
Illustration d'Ilya Green, issue des Plus belles berceuses jazz, Didier Jeunesse 2012

Compilation habile et ouverte, l'album mêle de façon plutôt équilibrée les titres très populaires et les chansons méconnues du grand public, et pas moins de quatorze grands noms mythiques du jazz aux timbres de voix bien distincts s'enchaînent et se répondent. Mais grâce à son harmonie de rythme et de tonalité, l'ensemble s'écoute comme une seule entité. Un certain nombre de chansons sont tirées de comédies musicales (The wonderful wizard of Oz, Bundle of Joy, Babes in arms...), l'atmosphère paraît parfois clairement visuelle même sans avoir vu les films concernés, et donne même envie de s'y pencher. L'ambiance feutrée, langoureuse, parfois mutine, parfois mélancolique, pourrait anesthésier le plus insensible des durs à cuire ; de ce fait, outre sa redoutable propriété de calmant pour les plus petits, Les plus belles berceuses Jazz offre aux plus grands une arme de destruction massive en matière de soirée romantique ou de réchauffement de soirée d'hiver. Image certes un peu clichée, mais quasiment irréfutable. Étrange comme une musique à ce point marquée par une époque parait atemporelle et universelle, touchant par sa simplicité et une telle sensibilité à fleur de peau.

L'illustratrice Ilya Green complète l'extrême douceur et la sérénité manifeste qui se dégagent de l'atmosphère musicale en offrant des compositions pétillantes, aux harmonies chaleureuses constellées de touches acidulées. Elle mélange différentes techniques, comme la peinture, le collage, les crayons, pour créer des contrastes entre tonalités sombres et couvrantes et des zones de clarté, de pureté, d'innocence. Sa façon de représenter les personnages, le plus souvent des enfants et parfois des scènes de famille ou de couples, révèle en quelques traits un mélange de réalisme soigné et de poésie onirique. Les manières d'installer les personnages, leurs postures détendues, rêveuses, parfois lascives, invitent le lecteur à les imiter, bercé par cette bande-son euphorisante et relaxante. Chaque chanson est illustrée comme une mini-scène de pièce de théâtre, riche en motifs, en couleurs, en émotions et en symboles.

Les plus belles berceuses jazz
Illustration d'Ilya Green, issue des Plus belles berceuses jazz, Didier Jeunesse 2012

Ne vous fiez pas à son classement dans le rayon des albums pour enfants, Les plus belles berceuses jazz remplira son office au moins aussi sûrement chez les adultes. C'est d'une part une excellente opportunité de découvrir cet univers, d'apparence hermétique pour certains. C'est aussi l'occasion pour les réels amateurs d'avoir un panel des plus douces mélodies du genre réunies dans un unique recueil illustré avec délicatesse et sensibilité par Ilya Green. Mais c'est surtout pour les plus jeunes, et aussi pour tous ceux qui cherchent une libération provisoire des aléas du quotidien, un voyage délicieux et ensorcelant avant de fermer les yeux.

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