8/10Le fléau ou le Stephen King le plus grandiose

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 23/01/2018
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Quand Stephen King veut dessiner son propre affrontement entre le bien et le mal à la mode d'un Seigneur des Anneaux, ça donne une histoire qui flingue 99% de la population américaine.

Dans les années 60, la terreur apocalyptique reposait sur la bombe nucléaire. À la fin des années 80, la menace a sensiblement diminué, même si l’horloge de l’Apocalypse indique 23h57. L’humain aimant apparemment se faire peur, d’autres inquiétudes ont fait leur apparition et, parmi elles, la menace climatique et la pandémie sont les plus courantes. Mais Stephen King est un précurseur en matière de littérature (Marche ou crève a juste 10 ans d’avance sur la télé-réalité) et, en 1981, alors que le SIDA vient à peine d’apparaître au grand jour, l’auteur prend le sujet à bras-le-corps et écrit Le fléau qui ressortira en version augmentée (Author’s Cut?) dix ans après.

Un dysfonctionnement dans un système de sécurité d’une base militaire laisse fuir un brave bidasse et sa famille. Et avec eux un virus ultra-contagieux et meurtrier qui va éradiquer une bonne partie des États-Unis. Le fléau pourrait être un simple roman post-apocalyptique mais l’histoire principale est, en réalité, l’affrontement du bien et du mal avec deux clans bien distincts qui se rassemblent petit à petit, le clan de Mère Abigaël, petite noire guitariste et centenaire, et le clan de Randall Flagg, alias l’homme en noir, jeans et santiag inclus dans la panoplie.

Cette histoire globale est évidemment portée par des personnages toujours aussi bien troussés par Stephen King. Qu’ils soient membres du comité du bien ou, au contraire, représentants du mal, les Tom Cullen, Nick Andros, la Poubelle ou encore Nadine Cross ont des personnalités marquantes qui font qu’ils nous embarquent sans aucun problème dans l’histoire. On pourra regretter que les personnages les plus importants (en tout cas, ceux qui semblent être les plus importants), Fran ou Stu, soient largement plus oubliables, même s’ils ont toujours un intéressant background comme toutes les créations de King.

Outre ces personnages réalistes typiques de King, on retrouve aussi dans Le fléau d’autres terrains connus comme ces petites villes où les arrières-boutiques cachent toujours quelque chose et dont Castle Rock sera un symbole dans la suite de l'œuvre de King ou encore ces destructions gigantesques que l’on a pu croiser dans Carrie ou Salem et qui prennent une toute autre dimension ici : il ne s'agit pas de détruire une maison ou une ville mais un pays entier ! On découvre aussi un nouvel environnement qu’on retrouvera dans la suite de l’œuvre de l’écrivain : les champs de maïs qui sont toujours effrayants (voir par exemple la nouvelle Les enfants du maïs).

Mais l’idée principale du Fléau reste le combat à distance entre une petite vieille racornie, sans aucun superpouvoir autre que sa croyance en Dieu, et un un grand marcheur qui peut matérialiser des clés, apparaître où il veut, quand il veut ou encore appeler les rongeurs à son service. Abigaël et Randall Flagg, dans leur style propre, imprègnent durablement l’esprit et symbolisent l’affrontement séculaire entre David et Goliath, Dieu faisant toujours vaincre le petit. Venant de l’auteur de Carrie (où la mère de Carrie est une catho complètement cinglée), on ne peut qu’être étonné de l’importance de la religion dans ce livre, même si apparemment King a voulu faire son « Seigneur des Anneaux » avec un affrontement entre le bien et le mal. Un affrontement dont l’issue n’est bien sûr pas étonnante du tout.

Le fléau est, sans doute, l’une des œuvres les plus marquantes de Stephen King, de par sa longueur déjà (et c’est peu de le dire d’un auteur qui balance les pavés comme personne) mais aussi de par son côté grandiose et plus qu'humain. Un bouquin à lire évidemment.

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