8.5/10Hunger Games - Tome 1

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 24/02/2012
Notre verdict : 8.5/10 - Puisse le sort vous être favorable (Ecrivez votre critique)

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Parmi les romans pour adolescents sur le devant de la scène actuelle, vous aurez peut-être eu vent d’une trilogie : Hunger Games.  Par Suzanne Collins, auteure américaine pour la jeunesse, cette série de romans est souvent présentée comme étant le digne successeur de la série littéraire de jeunesse culte : Harry Potter. Si sur certains (infimes) points, Hunger Games peut rappeler ce qui fait le succès de l’œuvre de J.K. Rowling, il n’en demeure pas moins complètement différent dans son propos, son esprit et son objectif, et surtout sa cible première : un lectorat sensiblement plus âgé. En effet, alors que le petit sorcier à lunettes compte autant d’enfants que d’adultes parmi ses fans, les livres de Suzanne Collins excluent totalement les plus jeunes. Mais s’il est un détail sur lequel les deux sagas sont proches (ou en devenir), c’est leur retentissement : les romans de Collins sont rapidement devenus des best-sellers outre-atlantique, et ont déjà obtenu plusieurs prix sur nos terres. La sortie de l’adaptation cinématographique de cet opus (le premier tome) le 21 mars prochain, devrait par ailleurs contribuer à rallier d’autres fervents adeptes.

Hunger Games - Tome 1
Couverture UK de Hunger
Games : Katniss
Dans un futur proche, Katniss Everdeen est une adolescente de 16 ans vivant dans le district n°12 d’un pays bâti sur les ruines des actuels Etats-Unis : Panem. Une jeune fille parmi tant d’autres dans cet univers d’anticipation, où toute liberté est réprimée, et où les moindres faits et gestes sont surveillés par le gouvernement répressif en place : le Capitole. Suite aux « Heures sombres » de Panem qui ont vu, 75 ans plus tôt, une révolte s’embraser puis échouer et éradiquer totalement le 13ème district, le Capitole a depuis lors mis en place un jeu télévisé sordide et macabre dans le seul but de soumettre et d’intimider les douze districts restants : les Hunger Games (littéralement « Les jeux de la faim »). Le principe est aussi simple que sinistre : tous les ans, dans chacun des douze districts, un garçon et une fille entre 12 et 18 ans sont tirés au sort pour être jetés dans une « arène » - à savoir un terrain naturel spécifiquement aménagé pour l’occasion – et doivent combattre jusqu’à la mort. Un total de 24 enfants ou adolescents se retrouvent de fait condamnés à tuer ou à être tués devant les yeux de millions de téléspectateurs. Un seul doit survivre, celui-ci sera déclaré vainqueur, assurant ainsi la prospérité de sa famille et de son district jusqu’aux jeux suivants. Alors que sa petite sœur de 12 ans, Prim, est tirée au sort comme « tribut » (lauréat) féminin pour cette 74ème édition des Hunger Games, Katniss décide de se porter volontaire pour prendre sa place dans l’arène. Le tribut masculin du district 12 sera Peeta Mellark, le fils du boulanger qu’elle connaît à peine.

Comme dans la plupart des romans de ce genre, ayant pour protagoniste un personnage adolescent, Hunger Games est un parcours initiatique. Ce premier volet ouvre les « festivités » en présentant un contexte quasi nihiliste, sans réelle perspective d’avenir, prenant racine dans un décor initial déjà fondé sur la survie.  Katniss vit dans le district 12, un des plus pauvres et livrés à lui-même de Panem, et elle porte sur ses épaules de multiples responsabilités : pas vraiment d’adulte pour veiller sur elle et sa petite sœur, elle assure la pérennité de sa famille en partant régulièrement à la chasse avec son ami d’enfance, Gale. Un premier atout majeur qui rallie rapidement le lecteur à sa cause : le caractère déterminé, sans concession de Katniss. Courageuse non pas par nature, mais parce qu’elle y est contrainte, elle est aussi résignée. Le terme anglais « tribute » désignant les candidats du jeu, signifiant également « hommage » renforce d’ailleurs cette dimension de sacrifice. Sa caractérisation en devient alors sinon réaliste, par ailleurs tout à fait crédible. Lorsqu’elle entre malgré elle (pas d’autre choix possible pour elle que de protéger sa petite sœur) dans l’engrenage des Jeux, elle se soumet aux règles dénuées d’humanité qu’ils impliquent. Accepter une mort éventuelle fait partie de ses premières décisions… mais combattre et tenter de gagner (même si les chances restent faibles) seront les suivantes. Par sa mise en abyme du principe spectateur/ lecteur, le roman construit une relation très intéressante entre les acteurs du jeu et notre impuissance de témoin extérieur.  Inconsciemment pour Katniss, mais on l’espère consciemment pour le lecteur, s’engage une amorce de réflexion sur l’abdication face aux pouvoirs en place, sur l’arbitraire et le diktat du comportement et de l’apparence, sur la manipulation de l’audience et de la pensée. Nous ne sommes pas vraiment dans un plaidoyer contre la télé-réalité et le voyeurisme morbide, mais plutôt dans un état des lieux extrême et une invitation à aller plus loin. Une ouverture plutôt bienvenue pour un lecteur adolescent, de l’âge de Katniss.

Hunger Games - Tome 1
Couverture UK de Hunger
Games : Peeta
Une autre prouesse de l’écriture de Suzanne Collins : sa fluidité et son sens du rythme, efficace et savamment dosé. Pour ainsi dire, les presque 400 pages de lecture pourraient se faire d'une traite et mettre notre "vraie vie" en standby (ce qui aurait pu être mon cas si je n'avais pas eu d'autres obligations !). Une cadence effrénée pendant la majorité de l’histoire, une tension haletante et un cliffhanger à chaque fin de chapitre (ce qui la rapproche de sa consœur J. K. Rowling sur ce point), et quelques moments plus calmes et plus intimes par intermittence pour digérer les émotions qui nous secouent et retrouver nos esprits. Racontée à la première personne par Katniss, l’histoire nous fait entrer directement dans sa peau et dans ses inquiétudes. Dans son essence, Hunger Games est construit essentiellement sur l’action et l’escalade des événements, les retournements de situation. Mais on s’attache très vite aux personnages et à leur personnalité finement fouillée, on cherche rapidement à cerner les liens ambivalents qui se font et se défont entre eux, bien que la priorité soit donnée à la description entre questionnements cruciaux, instinctifs de l’héroïne et crudité des scènes auxquelles elle assiste ou prend part. Les autres personnages nous touchent  ou surprennent au détour des pages. Leur méconnaissance, due à la focalisation interne de Katniss, nous fait régulièrement redouter la suite des événements. Le rapport complexe qui relie ces personnages à l’héroïne va au-delà du simple manichéisme, compte tenu du concept même des Hunger Games qui opposent de principe tous les participants entre eux. Mais malgré la barbarie qui entoure ces conditions d’évolution extrêmes, la dimension « émotions adolescentes » n’est pas mise à l’écart (entraînant les mauvaises langues à rapprocher la série de la saga Twilight), et un triangle amoureux se dessine, tenant également le lecteur en haleine par ce biais, plus nébuleux qu’il n’y paraît.

Fort de son héroïne à la fois déterminée, humaine, de sa recherche d’identité, Hunger Games est le premier volet d’une quête initiatique parfaitement rythmée et empathique. Les lecteurs adolescents, mais aussi les plus âgés, au-delà de l’aspect frénétique et haletant, se verront par ailleurs happés par la réflexion de fond et l’envergure de cet univers dystopique, qui dépasse le personnel pour toucher l’universel. Une perspective qui se prolonge dans la suite de la trilogie, Hunger Games : L’embrasement, où le tragédie personnelle d’un seul personnage pourra prendre une dimension bien plus ample.

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