Avertissement : malgré tous les efforts mis en oeuvre lors de la rédaction de cet article, il s'est avéré impossible de ne pas y évoquer quelques grandes lignes de l'intrigue des six tomes précédents de la saga Harry Potter, notamment dans le quatrième paragraphe.
Il y a quelque chose d'inexplicable dans le succès de Harry Potter. Songez-y un instant. A chaque nouvelle sortie, les chiffres astronomiques pleuvent, les records de vente explosent, des millions de livres sont écoulés en moins d'une journée, le tout dans une atmosphère frénétique mettant tous les médias en ébullition. Jamais on n'avait vu la sortie d'un livre provoquer une telle effervescence, et déchaîner des passions d'une telle ampleur.
Phénomène de mode, clameront certains. Campagne marketing savamment orchestrée, renchériront d'autres. Sans doute, mais est-ce réellement suffisant pour provoquer et entretenir un engouement aussi vaste et durable, un enthousiasme si important que des milliers de lecteurs francophones n'hésitent pas, le jour J, à se jeter non seulement sur un livre (ce qui représente d'ores et déjà un exploit), mais sur un livre en anglais ?! Non, il doit y avoir dans Harry Potter autre chose qu'un pur produit marketing. Quelque chose qui réveille la fureur de lire, qui incite à se plonger toutes affaires cessantes dans la lecture d'un énorme pavé de plus de 600 pages. De la magie, peut-être ?
Samedi 21 juillet 2007. Sortie du septième et dernier tome de la saga Harry Potter. Records de ventes pulvérisés. Succès éditorial assuré. Des millions de lecteurs sur les charbons ardents. 608 pages dévorées d'une traite (ou presque). Et puis la fin. Enfin.
Nous avions laissé notre petit sorcier en bien mauvaise posture, avec en perspective un avenir assez peu réjouissant : détruire Voldemort par le biais de ses Horcruxes, et ce sans l'aide de celui qui jusque là avait été son plus puissant et précieux allié, Dumbledore. Aux grands maux les grands remèdes. Plus question de retourner à Poudlard pour achever leurs sept années d'études ; dans ce tome sept, Harry et ses deux fidèles acolytes, Ron et Hermione, mettent un terme au schéma répétitif qu'avaient suivi leurs six aventures précédentes. En outre, J.K. Rowling semble avoir décidé de frapper fort dès le début de ce dernier opus, en plaçant très vite Harry et ses amis de l'Ordre du Phénix dans une situation extrêmement dangereuse et à l'issue plus que mitigée.
Le ton est donné : dans le tome sept de Harry Potter, on ne va pas rigoler tous les jours. Préparez-vous à voir vos héros frôler la mort à plusieurs reprises, subir quelques scènes de torture, pleurer la mort de plusieurs des leurs... Le lot habituel d'un tome de Harry Potter, me direz-vous. Oui, sauf qu'il s'agit ici du dernier. En plus des aventures haletantes que vivent nos jeunes sorciers et de la liberté d'action qui leur est impartie du fait de leur départ de Poudlard, viennent s'ajouter un certain nombre de révélations qui jettent enfin la lumière sur nombre de détails laissés jusque là dans l'obscurité la plus complète. Et c'est là que se révèle toute la finesse de J.K. Rowling, dans son incroyable capacité à faire coïncider tous ces détails, dans son habileté à construire un récit où tous les éléments s'emboîtent merveilleusement les uns avec les autres pour former un tout cohérent, aussi bien pensé qu'extraordinairement touffu. Bien sûr certaines coïncidences paraissent trop belles pour être vraies, bien sûr tout cela fonctionne presque trop bien pour être crédible, mais qu'importe après tout, puisqu'il s'agit de magie, puisque tout ça, c'est « rien qu'une histoire » ?
Toujours aussi attachants, les personnages ont à présent un caractère bien campé et délimité, et évoluent finalement assez peu lors de ce dernier tome. Les aventures que leur a concoctées J.K. Rowling s'enchaînent à un rythme soutenu et parviennent à retenir l'attention, mais se font voler la vedette par les passages où Harry effectue des découvertes capitales pour la compréhension de l'intrigue. J.K. Rowling a su insuffler dans ce dernier tome non seulement les réponses aux questions posées dans les précédents, mais aussi, et c'est là son plus grand atout, de nouveaux éléments à l'importance cruciale, dont ces fameuses reliques de la mort. Pas de rupture en outre au niveau du style de l'auteur, toujours très visuel et dénué de fioritures, faisant la part belle aux dialogues et à une narration du point de vue interne : rien de tel pour immerger le lecteur dans l'action et rendre la lecture plaisante et facile. Si une morale un peu simpliste et puritaine pointe parfois le bout de son nez, c'est avec un certain bonheur que l'on voit apparaître des caractères plus mitigés, des apparences trompeuses et des personnages moins schématiques qu'on ne l'aurait cru de prime abord.
Mais tout ça, finalement, ne répond pas vraiment à la question posée au début de cet article : que possède Harry Potter que les autres n'ont pas, et qui a causé son immense succès ? L'universalité des thèmes évoqués, la mise en exergue de valeurs fédératrices telles que l'amour, l'amitié, le courage et l'innocence, mais aussi une écriture accessible, un univers touffu, hétérogène (des créatures issues de toutes sortes de mythologies se côtoient sans vergogne dans un mélange détonnant de centaures, de dragons et autres gobelins) mais où chacun, finalement, se retrouve... mais aussi le rêve, l'envie de s'évader d'une réalité grise et terne vers un monde parallèle, pas tout à fait différent du nôtre mais où l'impossible devient possible, où l'union fait la force et permet de triompher d'un « mal » parfaitement identifié puisqu'il est tout entier incarné en la personne de Voldemort... Harry Potter renferme tous ces ingrédients, et bien d'autres encore. Ne manquait plus que le talent de conteuse de J.K. Rowling pour que la potion magique prenne la tournure qu'on lui connaît.
Harry Potter et les reliques de la mort boucle la boucle de manière satisfaisante, sinon spectaculaire, jetant une toute autre perspective sur les six précédents opus, qui gagneraient presque à être relus à la lumière des informations apportées par le tome sept. Seul le tout dernier chapitre du livre n'apporte rien à l'ensemble et ne semble servir qu'à enfoncer le clou d'un « happy end » déjà bien marqué, avec une mièvrerie légèrement dégoulinante et parfaitement dépourvue d'intérêt. Dommage. Ce petit détail excepté, Harry Potter et les reliques de la mort tient toutes ses promesses et clôt les aventures de Harry Potter en laissant le lecteur face à une foule de sentiments contradictoires, entre la joie d'être parvenu au terme de toutes ces aventures, et la tristesse de quitter des personnages avec lesquels il a grandi, ou qui ont grandi avec lui. Avant, peu à peu, de s'arracher au rêve pour revenir, définitivement (?), à la froide réalité.
Danorah []

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