7/10Ecstasy

/ Critique - écrit par Kassad, le 30/03/2004
Notre verdict : 7/10 - Frénésy (Ecrivez votre critique)

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Ryu Murakami n'est pas un romancier qu'on pourrait qualifier de léger. Que ce soit dans Les bébés de la consigne automatique ou Bleu presque transparent son univers est une plongée dans ce qu'il y a de plus sordide dans ces temps moderne. De ce point de vue on pourrait le comparer à un Ellroy, ou à un Bret Easton Ellis pour la noirceur et la crudité de ses romans. Rien ne nous est épargné : sexe, drogue, prostitution, traffic en tous genres (des produits illicites en passant par les être humains, de sentiments aussi...), sida, sado-masochisme... C'est une société délabrée et sans repères qu'il nous peint. Mais Muramaki n'est pas qu'un romancier post-moderne punk de plus. Ecstasy par ses passages méditatifs et le thème (et dans une certaine mesure par la forme que prend ce thème) de l'identité me rappelle la Trilogie New-Yorkaise. Et, je ne crois pas que ce soit lié, à ce propos il faut noter qu'Ecstasy est le premier volet d'une Trilogie intitulée Monologues sur le plaisir, la lassitude et la mort dont le second opus est déjà paru : Mélancholia et le troisième en cours d'écriture. Il y a aussi cet esthétisme toujours présent dans les descriptions qui introduit une distance aidant à faire passer la pilule même dans les moments les plus gores qui le différencie des auteurs susnommés.

Miyashita est un jeune assistant dans une entreprise de vidéo. Lors d'un tournage à New-York il fait la connaissance d'un SDF qui détonne. Cultivé et possédant une personnalité hors du commun, Miyashita est fasciné par ce SDF qui l'interpelle. Ce dernier lui donne un numéro de téléphone que Miyashita doit contacter, "On te donnera de l'argent" lui dit-il énigmatiquement. Une fois de retour a Tokyo, Miyashita entre en contact avec Keiko qui n'accepte de le rencontrer que sous la condition expresse suivante : il doit d'abord prendre un cachet d'ecstasy avec "une amie en qui vous ayez confiance...".

Autant le dire tout de suite le sujet principal de ce roman est le sado-masochisme. Miyashita en jeune et frêle citadin sans histoires qui met le doigt dans une machine qui va le broyer. Il en est conscient, mais tel une proie hypnotisée par un serpent particulièrement venimeux il ne peut s'empêcher d'aller toujours plus en avant. Toujours plus près de sa propre destruction, psychique, morale et même physique. L'auteur évite ici un piège dans lequel tombent de trop nombreuses productions littéraires et cinématographiques utilisant le sado-masochisme comme argument pour fait du chiffre. En effet, souvent cette ultra intellectualisation des rapports humains (notamment celui du dominé/dominant), est représentée sous la forme porno-chic qu'on connaît bien. La panoplie de cuir, les fouets et les tortures "syndicales" sont passées dans la culture commune (voir la scène du club SM dans Matrix Revolutions par exemple). Mais il ne s'agit que de l'aspect extérieur, difficilement compréhensible donc choquant quand il est prit au pied de la lettre, d'une philosophie comportant bien des niveaux de sophistication. Autant réduire l'éthique de Spinoza, ou Lolita de Nabokov à un clip d'Alizée. Murakami n'en reste pas là. Il expose dans un esthétisme parfois un peu "too much" les différents niveaux conduisant à une destruction de la personnalité. Les Sadiques ne sont pas des gens qui aiment simplement faire mal à d'autres, les masochistes, comme on pourrait le croire naïvement. Ils sont plutôt les maîtres, ou les guides qui permettent à leurs sujets de se libérer complètement, de passer au delà du mur de la honte, de s'effacer en tant que personne.

Si le contenu est assez original ce qui l'entoure l'est beaucoup moins. Même si le dénouement de ce premier volet est inattendu et redonne une saveur particulière à l'ensemble, la description d'une société décadente versant dans un trash ultime de tous les instants fait déjà-vu. Cependant ce bémol ne m'empêche pas d'attendre la suite de cette Trilogie avec une impatience non dissimulée.

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