7/10Avec vue sur la mer

/ Critique - écrit par Danorah, le 01/07/2005
Notre verdict : 7/10 - Brise marine (Ecrivez votre critique)

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Un joli roman autobiographique, un peu fat sur les bords mais gentiment attendrissant.

Parfois, lorsque l'on souhaite évoquer un sujet qui nous tient à coeur, mieux vaut s'y prendre de manière détournée, afin de ne pas trop l'effaroucher. Comme si, à être abordé de manière trop directe, celui-ci risquait de se dérober ; comme s'il fallait se contenter de l'effleurer du coin de l'oeil pour en saisir tous les détails, toutes les nuances. C'est à ce petit jeu que s'est prêté Didier Decoin dans son dernier roman, Avec vue sur la mer. L'histoire d'une maison. De sa maison. Mais surtout une tranche de sa propre vie, distillée à travers la course aux petites annonces, les travaux de réfection et toutes sortes de petits tracas indissociables de l'acquisition d'un logement.

Depuis son enfance, Didier Decoin voue une véritable passion à la mer - mais pas n'importe quelle mer, non, surtout celle de la Hague, et particulièrement aux environs du hameau de La Roche, où il a eu l'occasion de passer des vacances pluvieuses mais inoubliables. Ce n'est pas l'implantation dans la région d'une usine de traitement des déchets nucléaires qui va l'empêcher, quelques années plus tard, d'y mener avec un certain enthousiasme et l'aide de sa jeune femme Chantal, la recherche d'un logement secondaire. Bientôt, les difficultés vont apparaître, car comme le dit si bien le notaire Me B..., « la première caractéristique de la terre normande n'est pas d'être argileuse, limoneuse ou sablonneuse : c'est d'abord de n'être pas à vendre. » Puis, après avoir déniché la maison idéale, il s'agit encore d'entreprendre sa rénovation, d'entretenir son jardin, de faire connaissance avec les voisins et les commerçants des environs... Bref c'est toute l'installation du couple Decoin qui nous est ici contée, et bien plus encore : entre plomberie et électricité, jardinage et ameublement, l'écrivain glisse de savoureuses anecdotes qui donnent au récit une touche incroyablement humaine et touchante, sans laquelle il serait bien terne et ennuyeux. En effet, quel est l'intérêt de raconter une maison, si ce n'est d'évoquer tout ce qui gravite autour d'elle - paysage, individus, climat, gastronomie ?...

Ce qui saisit le lecteur dès les premières pages, c'est le style enlevé, parfois drôle, souvent émouvant et toujours juste de Didier Decoin. Et toujours cette volonté d'autodérision ; pas question de se montrer trop indulgent envers soi-même, Decoin incorpore dans ce livre une part conséquente de lui-même et de ses proches (notamment sa femme) sans laisser de côté ses imperfections et ses faiblesses - invitant même le lecteur à en rire. On découvre un écrivain qui est avant tout un personnage humain, tant dans ses qualités et ses travers que dans ses relations aux autres. Ne vous attendez pas à une intrigue surdéveloppée ou à un suspense palpitant : il n'y a dans ce livre qu'une tranche de quotidien assaisonnée d'humour et de réflexion, le tout servi avec une bonne dose d'humilité - sans quoi tout ceci serait apparu bien fade, futile, voire injustifié.

Didier Decoin, secrétaire de l'Académie Goncourt, signe ici une oeuvre aux caractéristiques autobiographiques non dissimulées et se révèle être un homme cultivé (le nombre de références littéraires et artistiques qui ponctuent l'ouvrage a de quoi laisser rêveur...) et plein de finesse, qui, de par son attachement aux choses simples, parvient à leur insuffler une vie propre. Sous la plume de Decoin, maisons, bateaux, jardins... deviennent des personnages à part entière, et c'est ce qui fait la force de ce récit. Il y a fort à parier que lorsque vous aurez lu ce livre, vous ne regarderez plus les maisons de la même manière...

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