6/10Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part

/ Critique - écrit par Danorah, le 15/05/2006
Notre verdict : 6/10 - De l'ordinaire du quotidien (ou l'inverse) (Ecrivez votre critique)

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Des récits débordants de vitalité. Et parfois, aussi, de futilité.

C'est l'histoire d'une femme enceinte. Ou peut-être celle d'un employé de bureau comme les autres. A moins que ce ne soit celle d'un jeune soldat en permission... ou plutôt celle d'un conducteur distrait. En fait, c'est tout ça en même temps. Et même plus. Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, c'est un petit recueil de nouvelles. De courtes tranches de vie, devrait-on préciser. Des récits débordants de vitalité. Et parfois, aussi, de futilité.

Alors voilà, le principe est simple. Anna Gavalda se place tour à tour dans la peau de la femme enceinte, de l'employé de bureau et de tous ces personnages de la vie de tous les jours, et parcourt avec eux un petit bout de chemin, raconte quelques heures de leur vie. Une vie que l'on découvre pas si monotone que ça, après tout. Il suffit de savoir distinguer l'inhabituel de l'habituel, tout simplement. Ce qui demande évidemment un certain talent ; talent que l'auteure de ce livre possède indubitablement, mais maîtrise parfois difficilement. Le niveau d'intérêt de chaque nouvelle varie donc de passable à réellement passionnant. De fait, le détail qui sauve le lecteur de l'ennui sépulcral, c'est le style d'écriture d'Anna Gavalda : fluide, léger, presque familier (mais parfois trop courant), il convient parfaitement au sujet, donnant vie et relief à des personnages qui pourraient paraître bien ternes en l'absence d'un traitement narratif adéquat.

Anna Gavalda joue sur les contrastes : personnages tendres ou cruels, caustiques ou débonnaires, ambiances glaciales ou chaleureuses, tragiques ou comiques, les nouvelles se suivent et ne se ressemblent pas. Le rire surgit entre deux bouffées d'émotion (Pendant des années reste à ce titre la nouvelle la plus poignante de l'ouvrage, malgré son petit côté stéréotypé), un sentiment de malaise s'installe parfois (Le fait du jour, nouvelle dérangeante s'il en est, et Catgut, d'une noirceur chirurgicale à vous glacer le sang) mais à l'issue de certains de ces petits récits, l'on ne peut s'empêcher d'être sceptique : « mais où veut-elle donc en venir ? » La chute, pourtant cruciale dans ce type d'exercice littéraire, en est rarement une à proprement parler : on se trouve plutôt en présence d'un point d'interrogation, d'une situation en suspens, et la nouvelle n'est parfois pas loin de tomber à plat.

Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part se lit facilement et l'on est loin de passer un mauvais moment en compagnie de ces personnages à la personnalité bien marquée. Pourtant, après avoir refermé le livre, difficile de ne pas céder à la déception : pourquoi mettre un tel style au service de récits parfois tellement vains, presque creux, alors que la plume de l'auteur peut se montrer autrement plus acérée et pleine de verve ? Pourquoi une telle hétérogénéité dans ce recueil ? Mystère. Toujours est-il que le livre est assez court pour éviter l'écueil de l'ennui, qui, il faut bien l'avouer, commençait après 150 pages à pointer le bout de son nez.

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