9.5/10La voix des Morts

/ Critique - écrit par Islara, le 28/09/2012
Notre verdict : 9.5/10 - Speaker for the Truth (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 3 réactions

La voix des Morts
Un titre plus juste en anglais.
Speaker for the dead
, le Porte-Parole des Morts, s'il constitue bien la suite de La Stratégie Ender d'un strict point de vue scénaristique, ne pouvait pas en être plus éloigné et différent. Ce premier constat confirme ce que l'on indiquait déjà : nous n'avons pas vraiment affaire à une saga continue découpée pour les besoins de la vente, mais bien à des œuvres distinctes

La différence se fait sentir comme un coup de marteau dès le début, où le héros Ender est absent pendant ce qui paraît au lecteur une éternité. Une multitude de nouveaux personnages surgissent à tout berzingue et on se sent presque perdu(e) dans cette nouvelle histoire. Sage décision de la part de l'auteur : 382 pages dans les pensées d'Ender (et de temps à autres Valentine), c'était largement suffisant. En outre, notre attention et notre intérêt n'en sont que décuplés avec cet univers bien plus riche.

Autre différence majeure qui apparaît, mais un peu plus tard : la part belle laissée à la science-fiction. Celle-ci n'est plus un décor, mais des filaments à part entière, reliés en permanence à l'histoire de tous les personnages. Ils se résument en trois axes majeurs qui ne sont pas les plus inintéressants, loin de là : intelligence artificielle, génétique associée à la description on ne peut plus détaillée des mœurs et de la biologie d'une race extra-terrestre, et relativité de l'écoulement du temps. Sur ce dernier point, l'auteur ne fait que jongler ; sur le deuxième, son imagination exceptionnelle nous laisse admiratif(ve) ; sur le premier, on est littéralement fasciné(e), presque en extase, devant le chapitre entier consacré à la naissance de l'IA, à son processus, au fonctionnement (sans parallèle avec celui de l'humain en prime) de sa mémoire et de ses pensées. Il s'agit là, à nos humbles yeux, d'un très grand coup de maître qui justifie pleinement, que pour la deuxième année de suite, Orson Scott Card décroche les prix Hugo et Nebula, du jamais vu dans la catégorie livre (Babylon 5 n'a réédité l'exploit qu'en catégorie "film ou série" les années 1996 et 1997).

La voix des Morts
Ils en ont fait un comic
Cette véritable plongée dans la science-fiction n'empêche pas pour autant notre cher mormon de continuer à explorer les états d'âme de l'être humain et de passer des pages entières, qui ne nous ennuient jamais, à décrire leurs pensées tortueuses. Il se paie même le luxe, et l'on sent sur ce point l'influence de ses croyances religieuses, de faire de son œuvre une véritable ode à la vérité, la vérité qui libère, qui sauve, qui affranchit des secrets et mensonges, lesquelles empoisonnent les relations humaines, que ce soit au niveau familial ou de la société toute entière. La justesse avec laquelle il met en mots le mal qui ronge certains de ses héros, à cause de ces secrets qui pèsent trop lourd, ne laisse aucun sentiment de prosélytisme au lecteur, bien au contraire. Et, dernier coup magistral, il en profite pour conclure, avec tout autant de finesse, sur les problématiques du jugement, du pardon (avec une relecture très originale de la parabole de la femme adultère) et de la xénophobie, au sens littérale du terme (xénos phobos, la peur de ce qui est étranger).

Alors avec tout cela, quel peut bien être son talon d'Achille ? Speaker for the dead, ne se suffit pas à lui-même et appelle sa suite : Xénocide. C'était sa dernière grande différence avec La Stratégie Ender.

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