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Vera Lane - Interview

/ Interview - écrit par Otis, le 20/09/2006

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Interview de Vera Lane du 20/09/2006.

Les éditions Bruno Leprince ont publié un recueil érotique étonnant, Court Métrage écrit par Vera Lane. L'auteur n'hésite pas à jouer avec le lecteur en privilégiant les sous-entendus conduits grâce à un style épuré et délicat. Ce fut l'occasion de soumettre à une interview l'écrivain pour, peut-être, pénétrer le doux secret de son oeuvre fascinante. Entretien.

Tout d'abord, merci de nous accorder cette entrevue, Vera. Avant d'entrer dans les détails, pourrais-tu nous présenter ton parcours, ce que tu as écrit jusque-là, avant que l'on parle vraiment de ton recueil de nouvelles érotiques, Court Métrage ?
Je n'aime pas beaucoup parler de moi, je trouve l'écriture déjà tellement égotiste... Pour mon parcours de graphomane, je dirais qu'il me semble avoir toujours écrit... je réécrivais les contes de fée juste pour changer la fin « Ils ne se marièrent jamais et n'eurent jamais d'enfants ! » L'écriture était mon refuge imaginaire. Je n'avais pas beaucoup d'amis, j'étais bien seule... Après, en ce qui concerne l'écriture érotique, cela provient d'une blessure de femme, je ne m'étendrai pas là-dessus... A la suite de cette blessure, en 2002 plus exactement, j'ai écrit un roman, Fleur de Lotus, et un recueil de nouvelles que j'avais d'abord intitulé L'ancre de tes bras. J'ai fait la démarche de chercher un éditeur ; parallèlement, L'ancre de tes bras a évolué, et a donné le recueil définitif Le morceau de soie qui a trouvé un éditeur en la personne de Bruno Leprince. Nous ne sommes pas tombés d'accord quant à la forme de Fleur de Lotus qui n'a donc pas été publié. C'est un roman qui parle du cybersexe et des rencontres virtuelles, la présentation des dialogues est donc celle des interfaces de tchat... Je voulais recréer graphiquement un écran d'ordinateur. J'avais été fascinée par le personnage de Jack Nicholson dans Shining et la scène où sa femme lit son roman en cours ; j'ai voulu reproduire cette tendance schizophrène dans ce roman qui attend d'être publié... Je trouve que changer la mise en page fait perdre l'essentiel du roman qui est un témoignage sur les nouvelles manières de communiquer, de draguer, de rencontrer... mais je suis sûre que je trouverai un jour un éditeur qui prendra le risque... avis aux amateurs ! (Rires)
Après Le morceau de soie qui est un recueil de nouvelles érotiques, je pensais en avoir fini avec le genre érotique... Je me trompais, Court Métrage en est la preuve ! Actuellement, j'achève l'écriture d'un polar érotique dont le titre n'est pas encore clairement défini : j'hésite entre deux et par superstition, je ne livre le titre que lorsque le livre est achevé...

Tu dis que l'écriture a un caractère égotiste, crois-tu que cela soit le cas des êtres amoureux présents dans ce recueil : à moins que le sentiment d'amour relie deux individus, cela tiendrait d'un miracle, non ?
Oui et non, l'amour exclut les autres puisqu'il est unique... en même temps, on partage beaucoup de soi dans l'aventure amoureuse, on donne et on reçoit ; je pense qu'aimer c'est s'aimer soi-même dans l'autre, non ? En cela, oui, c'est égotiste et narcissique.

C'est une parfaite transition pour passer à la façon de concevoir la sexualité dans ton recueil, et premièrement, le choix du genre, la nouvelle, se marie idéalement avec l'érotisme ici invoqué. La phrase de Hugo Marsan : « La nouvelle me semble la meilleure "distance" du texte érotique. » nous éclaire bien sur cette orientation. Tout de même, pourrais-tu nous expliquer un peu plus les raisons pour lesquelles tu as décidé d'adopter ce genre ?
Difficilement, je pense que le genre érotique sous-entend chez moi plusieurs nouvelles peut-être parce que je me doute que chaque lecteur a une sensibilité et une définition de l'érotisme différentes alors, en multipliant les scènes, je peux parler de différents érotismes... Comme Hugo Marsan l'a si bien dit, la nouvelle permet une certaine distance... Oui, elle permet peut-être plus au lecteur d'imaginer mais je peux me tromper...

La concision y joue en tout cas un rôle intimiste recherché. A ce titre, on peut relever le tutoiement adressé à l'être aimé comme si c'était en réalité le lecteur ; dis donc, tu fais l'amour avec ton lecteur !
Oui ! J'assume ! (Sourire) Autant j'ai hésité entre le "Je" et le "Elle" pour la narratrice - d'ailleurs, je jongle parfois entre les deux dans Court Métrage - autant le "Tu" me semblait une évidence sauf pour une nouvelle comme Onanisme mental.

Dans Court Métrage, les mots ont de la consistance, on sent derrière un réel travail et une réflexion profonde dans la place qu'ils ont dans le texte... comme l'illustre la nouvelle Demain ! où tu repousses les règles de la rhétorique le temps d'un acrostiche : tu laisses un mot, puis tu enchaînes sur un autre, ainsi de suite jusqu'à former un mot verticalement, comme un rythme savamment orchestré...
Oui c'est un jeu... C'est vrai que je travaille les champs lexicaux, j'aime jouer avec les mots, surprendre... Je travaille avec un dictionnaire, avec les sonorités aussi, le rythme est capital pour moi, c'est en cela que je rapproche mon écriture d'une partition de musique...

Des insinuations poétiques parsèment toutes les nouvelles, tu joues avec nous et notre imagination, le style me paraît posé et léger, et pour prendre un exemple, Onanisme mental reste peut-être la plus belle nouvelle, en tout cas la plus forte de ce point de vue là. La musique a un rôle comme tu l'as dit, d'ailleurs, tu dédies notamment ton oeuvre à un certain Marvin Gaye qui n'hésite pas à (re?)concilier la divinité avec le sexe...
Je suis émue par cette remarque et je pense que celui à qui Onanisme mental est dédié le sera également... (Sourire) Je l'ai écrite en écoutant une chanson d'un groupe allemand Glashaus ; J'écris presque toujours en écoutant de la musique... En fait, Onanisme mental est une nouvelle très particulière ; puisque, au départ, elle représentait une sorte de challenge. Je voulais écrire une nouvelle en pensant à un homme que je connais peu et que je n'avais vu que deux fois... Je voulais savoir si j'étais capable de m'éloigner de mon vécu. J'avoue que lorsque j'ai écrit Onanisme mental, je n'étais pas contente du résultat. Et puis apparemment, elle obtient beaucoup de succès !

Après le goût pour la poésie, place au théâtre : ta dernière nouvelle qui porte le titre du recueil - et peux-tu nous expliquer ce choix de placement ? - s'étire en 4 actes... de plus en plus torrides et d'ailleurs très visuels...
La nouvelle la plus importante pour moi, je la place en dernier dans mon recueil et elle lui donne son titre... Je l'avais fait pour Le morceau de soie, j'ai réitéré avec Court Métrage ; c'est aussi la nouvelle la plus longue du recueil. Pour « Court Métrage », c'est un hommage à Stanley Kubrick (décidément!) et à son dernier film, Eyes Wide Shut... c'est sans doute pour cela qu'elle est "visuelle".

Un véritable aphrodisiaque en tout cas ! Jusqu'ici, nous avons parlé du style, si on analyse quelques thèmes maintenant, on peut revenir sur ce que tu disais au début avec ce déroutant « Ils ne se marièrent jamais et n'eurent jamais d'enfants ! », on sent une envie de bousculer l'imagerie du merveilleux plus occidentale qu'universelle - d'ailleurs, il y a beaucoup d'Orient dans tes nouvelles... en témoigne la première du recueil : Libres dans le vent.
Oui, c'est aussi un clin d'oeil. L'Orient coule dans mes veines puisque je suis eurasienne. Je n'aime pas le politiquement correct... Les contes de fées sont très éloignés de la vie... Je me sens plus asiatique qu'européenne pour certaines choses, notamment pour la philosophie... Paradoxalement, je ne suis jamais allée en Asie.

Peut-on y déceler des règles de libertinage dans cette philosophie ?
Je ne pense pas que le terme soit exact, c'est une philosophie taoiste, fondée sur l'énergétique chinoise et l'érotologie. Je préfère parler d'alchimie sexuelle taoiste : c'est une philosophie très féminine puisque le taoisme accorde la primauté aux femmes ! (Sourire) N'oublions pas que la Chine impériale connut un empereur qui était une femme (690/705 après J.C). Sans parler du nombre d'impératrices ou de favorites qui ont dominé leur impérial époux ! L'occident est très en retard (rires). Le libertinage ne permet pas l'énergie ou l'alchimie sexuelle mais c'est un point de vue qui se discute (sourire).

Dans les thèmes toujours, la 4e de couverture nous invite à considérer le livre comme une « vision à la fois moderne et délicate de la sexualité ». Quand on sait qu'aucun livre érotique n'est proposé dans les programmes scolaires, que penses-tu de cette politique d'enseignement ?
Je pense que les mentalités ne sont pas prêtes pour inscrire un texte érotique au programme du baccalauréat...Ceci dit, il y aurait peut-être de meilleures notes (rires).

Ton recueil pourrait en tout cas être étudié dans les classes, par sa fraîcheur, on est loin de la pornographie sauvage et l'approche mériterait une étude plus approfondie ; tu traites aussi de problèmes forts : les problèmes des couples, leurs évasions et leurs nostalgies parfois, dans Le Lotus et le Dragon j'ai cette image en tête de cette femme portée par son amant dans l'eau, et les enfants sur la plage les regardent comme s'ils n'étaient plus des adultes... Il est vrai qu'on parle plus de sexualité adulte que de sexualité enfantine, et à ce titre, cela concerne chacun, car les adultes ont souvent des "caprices" enfantins dans ton recueil... alors que pour les adolescents, on pourrait parler de "thérapie d'avenir" (rires).
L'amour met dans un état naïf, c'est en cela que des amoureux ont toujours l'air d'être des gamins ! Oui j'essaie de traiter des sujets plus délicats comme le port du voile (c'est très très sous-entendu), la sexualité des femmes paraplégiques, la difficulté de préserver le désir au sein du couple... L'éphémère toujours.... Le capter, l'écrire pour le conserver sur des pages...

Dans Au bord du fantasme, tu te concentres sur un sujet paradoxalement bien réel : les rencontres internet. Avec l'avènement de la sexualité à distance, du cybersexe, tu peux me dire ce que tu en penses ?
J'ai voulu évoquer dans cette nouvelle la solitude grandissante ; des êtres humains, notamment après une rupture sentimentale, un divorce... L'ordinateur devient alors le seul contact avec le monde extérieur en matière de relations sentimentales, dans un monde moderne où tout le monde travaille beaucoup. C'est une facilité d'accès, de rencontres, beaucoup sont extra-conjugales... Une nouvelle sexualité est née : le cybersexe. Je constate et ne fais aucun jugement de valeur. L'anonymat permet de se laisser aller, et d'approcher ses fantasmes... Dans une de mes nouvelles, le réel déçoit, dans une autre le réel est la continuité du virtuel...

C'est très cronenbergien comme approche, pour cette nouvelle, quelque chose d'autre dans tes inspirations ?
Cela dépend, on ne peut pas faire de généralités... La chanson Marylou de Polnareff a toujours provoqué chez moi une fascination. Tout est dit sur le cybersexe dans cette chanson, c'est elle qui m'a donné envie d'écrire sur ce sujet... Et elle date déjà de 1989... Sinon, j'adore les deux films Nuits blanches à Seattle et Vous avez un message avec Meg Ryan et Tom Hanks.

Très bien, je crois que c'est à peu près tout, si tu avais quelques mots pour les lecteurs ?
S'ils veulent me rencontrer, ils pourront le faire lors d'une séance de dédicace le samedi 14 octobre à la Librairie La Salamandre à Montpellier de midi à 20 heures, je lirai une de mes nouvelles.

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