6.5/10Troie - Tome 1 - Le Seigneur de l'Arc d'Argent

/ Critique - écrit par Guillaume (), le 07/04/2008
Notre verdict : 6.5/10 - Troie destins (Ecrivez votre critique)

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Prenez un récit classique comme l'Illiade. Permettez aux héros, entre deux faits d'armes, de se lâcher à coups de rots et de vents avec leurs sous-fifres, et vous obtenez une fraîche lecture du mythe de Troie.

Troie, Homère, L'Iliade, autant de pans culturels grecs que tout un chacun connaît, ou est censé connaître, sur le bout des doigts. Malgré un filon lourdement exploité, on a toujours plaisir à retrouver les héros des temps mythologiques, tant ils sont hallucinants de puissance et de désir, spécialement ingénieux pour affronter leur destin avec panache, ou tout au moins pour se faire bien voir des dieux protecteurs.

Avec Troie, le seigneur de l'arc d'argent, c'est donc un véritable mythe qui est revisité par David Gemmell. Plutôt que de coller lourdement aux "faits", l'écrivain a le bon sens de se cantonner à utiliser l'univers plutôt que de s'y plier. Ainsi, il n'est nullement question de suivre les figures les plus emblématiques telles qu'on les connaît. Il faudra vous y faire, Ulysse n'est pas celui qu'on croit. C'est avant tout un conteur doué d'un don de la parole hors du commun, plutôt moche et petit par ailleurs.

Ce sont les destinées d'Hélicon, plus connu sous le nom d'Enée, d'Andromaque, et d'Argurios (inconnu au bataillon des demi-dieux) que l'auteur décrit avec force détail et paroles grivoises impromptues. Le vocabulaire châtié des protagonistes se meut parfois vers des profondeurs insoupçonnées ou les pets et les vents ne sont que des façons de rendre plus réaliste la mise en scène... On s'en passerait volontiers, au moins autant que des différentes remarques sexistes sortant de la bouche des personnages. Pourtant, cela plante le décor de façon remarquable, les rustres côtoient les héros, quand ils ne le sont pas eux-mêmes.

Faisant relais à cet aspect vulgaire des choses, l'écriture est peu complexe, évitant les phrases trop lourdement chargées de compléments à rallonge, permettant une lecture nous plaçant dans une action constante, chose ô combien agréable quand on pense à tous ces récits incapable d'évoquer la mythologie autrement qu'en mimant des stases grandioses et gigantesques. Ici les personnages sont au centre des préoccupations de l'auteur, chacun doté de forces éprouvantes et de faiblesses remarquables, évitant le manichéisme d'usage.

Les complots prennent forme dans l'ombre, aiguillonnant les trois destins qui changeront la face de Troie. Andromaque, promise contre son gré à Hector, n'aura de cesse de se heurter à son roi. Hélicon, traumatisé pendant son enfance, sera aimé pour sa compassion envers ses membres d'équipage, et détesté pour sa cruauté face aux ennemis, tandis qu'Argurios, motivé par la vengeance, ne trouvera la paix que dans l'amour.

Gemmell livre à travers cet ouvrage un début de trilogie ambitieux. Plus proche des ressorts dramatiques d'une série télévisée que d'un péplum de haute voltige, l'intrigue saura pourtant nous captiver et rendre particulièrement attachant les personnages les plus ambigus. Une lecture plaisamment fraîche qui ravira particulièrement ceux qui sont fatigués de toujours voir la Grèce antique évoquée avec les mêmes ficelles. Un peu d'originalité dans un cadre connu, quoi de mieux pour ne pas prendre peur et lâcher la bride de son imagination ?

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