4/10La Tour Eiffel et le cocotier

/ Critique - écrit par Lestat, le 09/07/2005
Notre verdict : 4/10 - Motapa terrible (Ecrivez votre critique)

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Vous connaissez tous ce fameux proverbe voulant que l'on constate davantage le brin de paille dans l'oeil de son voisin plutôt que la poutre dans sa propre orbite. Un concept dont la signification première fut rapidement oubliée lorsqu'une poignée de philosophes s'en emparèrent, à sens unique, pour démontrer de manière burlesque les ratés de la France de leurs époques respectives. Autant d'essais mettant en scène un ou plusieurs personnages d'une autre société confrontés aux étranges moeurs du Vieux Continent. Comme en 2005 les choses de l'Hexagone prêtent toujours à penser si ce n'est à rire, l'auteur Maxime Vivas s'empare des temps modernes pour nous rejouer l'Ingénue.

Un habitant de Motapa, île aussi paradisiaque qu'imaginaire où tout le monde vit en harmonie et en autosuffisance, s'envole pour Paris, charmé par les récits de son père français. Arrivé sur place, il découvre que la réalité ne ressemble que peu à ses espérances. Notre brave Motapien subira ainsi "l'amabilité" parisienne, se fera arnaquer par un taxi, attrapera des crampes d'estomac au fast-food, se trouvera désemparé devant une armoire Ikea facile à monter ou découvrira ces machines à bug que sont les ordinateurs, tout ceci et bien d'autres formant autant de saynètes qui remplissent les 96 pages de l'ouvrage. Et c'est à peu près tout. Alors que le principe était propice à une réflexion cocasse et intelligente, nous refermons le livre en ayant appris que les meubles suédois s'effondrent, que les modes d'emploi sont incompréhensibles, les hot-line injoignables, les taxis vauriens, les Mc Donald peu sains, les flics racistes, que Motapa c'est mieux que Paris et que de toute façon Paris, c'était mieux avant. Le but de la manoeuvre n'était sans doute pas de changer la face du monde, mais ça fait tout de même un peu maigre. Décevant est La Tour Eiffel et le Cocotier, trop convenu pour donner une autre impression que celle d'enfoncer des portes-ouvertes, trop caricatural pour vraiment décoller. En outre, était-il judicieux d'aborder la contraception dans ce type d'ouvrage ? Si l'auteur ne tourne pas le préservatif en ridicule, sa vision du rapport protégé pourrait faire grincer quelques dents à un esprit trop prompt à tirer des conclusions hâtives. Heureusement, c'est sans compter un roman qui quitte peu à peu sa tonalité humoristique pour une nostalgie qui se fait croissante. De désillusion en désillusion nous suivons un personnage ne parvenant pas à s'intégrer, désabusé au point de quitter cette ville dont il attendait tant et refuser toute idée de progrès. Sous la plume de Maxime Vivas, c'est finalement le fantasme d'un monde impossible qui se dessine, simple et dépourvu de toutes considérations matérielles, vierge de crise et d'MST.

La Tour Eiffel et le Cocotier, une fable utopique douce-amère ? Sans doute était-ce la note d'intention. Hélas, malgré cette bonne volonté, le roman ne dépasse pas le stade du conventionnel. Reste un style impeccable, d'une lisibilité excellente. Maxime Vivas a du talent pour dépeindre les petites choses de la vie tout en jouant les poils à gratter, il n'aura péché que par excès de prudence. D'aucuns diront par facilité, tant le trait est gros. Guère convainquant, la Tour Eiffel et le Cocotier n'en est pas moins facile à lire d'une traite, ce qui n'est pas déplaisant à faire. Quand au reste, autant attendre le prochain roman de l'auteur, en souhaitant un projet plus personnel ou mieux développé...

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