9.5/10Tereza Batista

/ Critique - écrit par Kei, le 17/02/2007
Notre verdict : 9.5/10 - Tereza Rayon-De-Miel (Ecrivez votre critique)

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Tereza Batista n'était qu'une gamine de 11 ans lorsqu'elle fut vendue par sa tante au Capitaõ. Celle ci l'avait recueillie à la mort de ses parents. Une assez bonne affaire si on en juge la somme rondelette qu'elle tient maintenant dans ses mains. Un gachi impensable si on en croit son mari, qui attendait bien sagement l'éclosion du corps de femme de Tereza, déjà sublime mais encore enfant, pour tuer son épouse et convoler en juste noce avec la fillette. Mais devant le Capitão, on s'écrase. Personne ne veut la ramener devant cette brute avinée, collectionneur de pucelage volés à des fillettes de moins de quinze an. Il est la force, il est la loi. Il ajoutera Tereza à sa collection envers et contre tout. C'est d'ailleurs bien la première fois qu'il achète une gamine. En tant normal, il la prend de force. Mais la beauté de Tereza vaut bien ce petit sacrifice. Que ne ferait-on pas pour une beauté rebelle ? Une de celle qu'il faut mater avant de pouvoir en profiter selon son bon plaisir.

Le propos vous choque ? Le livre est pire. Bien pire. La cruauté qui se dégage du personnage du Capitão n'a pas d'égal. Pas plus que le dégout qu'il nous inspire. Tereza Batista n'est pas un gentil roman. C'est un livre d'une dureté rare, et mieux vaut avoir l'estomac bien accroché. Car après avoir partagé la couche du Capitão, Tereza connaîtra le bordel, avant d'être sauvée par un plus que très respectable docteur, dont elle deviendra la compagne. Mais le bonheur ne dure qu'un temps, et après la mort de ce dernier viennent les années de disette. Années pendant lesquelles le Brésil verra une énorme épidémie de peste noire. Avec en première ligne pour combattre la maladie, non pas des docteurs, mais Tereza et ses amies du bordel.

Une succession d'horreurs à peine entrecoupée par un épisode heureux. Une vie de misère racontée de manière poignante, mais jamais larmoyante. On plaint cette belle héroïne sur qui le sort semble s'acharner. Mais pas le narrateur. Il se contente de raconter l'histoire comme le ferait un vieux conteur à un visiteur de passage. Un style très particulier, maîtrisé parfaitement par l'auteur. Celui ci se permet de changer de point de vue de narration et de retranscrire un dialogue dans un même paragraphe comme le ferait à l'oral un acteur frustré. Avec plusieurs voix, en se mettant dans la peau de chaque personnage, mais sans jamais faire intervenir le narrateur avec des mots clef comme "dit celui ci". Jorge Amado est un maître. Car à aucun moment on ne se sent perdu. On voit l'acteur de théâtre, seul sur scène, nous raconter l'histoire, incarnant les personnages les uns après les autres. Les dialogues et la narration s'entremêlent pour le bonheur du lecteur. Le texte est beau, tout simplement. Le propos est insoutenable, mais le contenu s'efface devant le style élégant et travaillé. Tereza Batista est un chef d'oeuvre littéraire.

Et parce que cela ne suffisait pas, Amado double son récit d'une dimension sociale extraordinaire. La société de la campagne brésilienne est décortiquée, passée à la loupe de la satire sociale. Bourgeoisie bouffie d'orgueil cherchant à imiter les fastes des grandes villes, concubines illégitimes entretenues par des maris volages, enfants naturels courant les rues, rien ne nous est épargné. Et rien ne nous est imposé. Avec ses airs innocent et son récit objectif, Amado semble ne jeter la pierre à personne. Mais il suffit de lire entre les lignes pour découvrir toute l'injustice dont souffre ce monde. L'exotisme de l'endroit ne dure qu'un temps. Il est vite remplacé par une vision beaucoup plus crue. Tereza Batista est aussi un regard sans pitié porté sur une société ou les inégalités sociales rappellent le moyen-âge. Pas de critique. Tout est toujours fait en finesse.

Jetez vous sur ce roman ! Régalez vous ! Tereza Batista est un chef d'oeuvre extraordinaire. Chaque page est un régal, et on ne cesse de s'émerveiller à sa lecture.

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