Rien n'est impossible pour le commissaire Guillaume Suitaume et sa sculpturale assistante Purdey Prune ! Sur ordre du ministre de l'Intérieur cuir Nicolas Hepimprenelle, le duo n'a que 24 heures pour démasquer celui qui se fait appeler le Gerfaut, un Serial Killer qui tranche dans le vif. Tout cela serait bien banal si l'intrigue se passait au Mans, mais pas de bol d'or, nous sommes à Paris et à quelques jours des élections, c'est peu dire que le temps presse...
Il y a des auteurs qui apportent avec eux une sympathie immédiate et Gordon Zola est de ce bois là : il fait le boulot à ma place. "Les Suppôts de Sitoires ne resteront sans doutes pas dans les annales du roman policier, car les oeuvres de divertissement fondent vite, mais en ces temps obscurs et maussades, tout auteur qui ne participe pas à la désespérance générale devrait se voir candidat à la rosette". Ce n'est pas moi qui le dit, c'est lui, d'où l'italique et les guillemets. Finalement cette autocritique est forte juste, bien qu'un peu sèche. Juste-sèche donc et ça reste cohérent avec la rosette. Mais trêve de calembours, maintenant c'est à moi de vous prouver si c'est du lard ou du cochon. D'aucuns diront d'ailleurs que tout le monde ne voit pas le lard de la même manière alors que dans le cochon tout est bon. Cochon, laie, fromage, jusqu'à Gordon Zola il n'y a qu'un pas. Sur cette suite ébouriffante, je vous invite à sauter une ligne.
Gordon Zola, donc. Quitte à prendre un pseudo, autant taper dans l'Emile et l'auteur a plutôt bien fait. Tout ça pour dire, et l'un dans l'autre c'est une belle manière de remplir une critique (et tac) à moindre frais, que le roman qui nous intéresse aujourd'hui a des chances de vous faire poiler plus vite qu'un vendeur de chez Tefal. Les Suppôts de Sitoire, tel est son nom, vous l'aurez compris. Tout à la fois roman policier plus ou moins solide et florilège de jeux de mots plus ou moins tordus, Les Suppôts de Sitoire a en théorie tout de l'exercice casse-gueule car s'engageant sur les sentiers d'un roman hybride et bien malin est l'auteur capable de maintenir la balance droite entre sujet et parti-pris. Sortons les ciseaux et coupons court aux doutes, Gordon Zola a réussi ce qu'on attendait de lui et contourne superbement les récifs de la facilité et de...pfff...ces phrases à rallonges sont d'un ennui. Il suffirait simplement de dire que ce livre merveilleux ne se lâche plus tant il est plaisant à lire. Les Suppôts de Sitoire, comme son titre l'indique, c'est un style vif, mordant parfois, amusant, parsemé de second degré et de mise en abyme, en un mot, un bordel très organisé. Entre calembours renversants, contrepétries vaseuses et pensées politico-sociales bien senties, l'auteur s'amuse à s'immiscer dans ses pages lors de réflexions décortiquant son propre art. Loin d'une analyse intello-cynique, l'effet est drôle, agréable et d'une modestie à toute épreuve. Tout en tapant sur ses pairs (BHL en tête), Gordon Zola parvient à rester sympathique et le côté "jeune romancier qui n'y connait rien" qu'il développe y est pour beaucoup. Les apparences sont pourtant trompeuses, Gordon Zola n'est pas un écrivain du dimanche. Même si, force est de le constater, le registre se fait parfois salé (sans être vulgaire, le livre est davantage sous la ceinture qu'au dessus) et la qualité des jeux de mots va du sophistiqué au limite consternant. Il faut reconnaître à Gordon Zola une belle habilité à manier la langue et le plaisir de lire est total. Curieusement, on sent une influence tenant davantage de la bande dessinée, certains passages fleurant bon le Greg ou le Goscinny. Et le polar dans tout ça ? Qu'on se rassure, il est là, et bien là. Les aventures de l'Inspecteur Suitaume et de la callipyge Purdey sont réellement la charpente de ce livre loufoque et l'intrigue va de rebondissements en rebondissements jusqu'à la révélation finale qui en clouera plus d'un ! Rien que ça, on dirait presque du Dan Brown. Comparaison qui n'a bien sur rien à voir, mais la recherche d'audience nécessite les audaces les plus capillotractées. Remarquez ça aurait pu être pire, j'aurai pu glisser, de but en blanc, le nom de Tolkien ou de Stephen King...
Trèves d'explications tortueuses, les Suppôts de Sitoire est un livre qui divertit, qui fait rire et qui non, ne participe pas à la désespérance générale. Une phrase vaut mieux qu'une longue critique : lisez-le, et puis voila.
Lestat []

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