5.5/10Sphere

/ Critique - écrit par Jade, le 28/04/2005
Notre verdict : 5.5/10 - un bouquin à sphere arnaquer (Ecrivez votre critique)

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En plein milieu de l'Océan Pacifique, un amas métallique est retrouvé à plus de 5000 mètres de profondeur. Les spécialistes sont formels : il s'agit d'un engin qui, avant de se ramasser lamentablement dans l'eau, avait la capacité de voler. Rien de bien transcendant me direz-vous, tout en pointant subtilement du doigt que des engins volants métalliques circulent sur terre depuis une bonne centaine d'années. Mais c'est justement là que tout devient confus : ces mêmes spécialistes sont tout aussi formels sur un second point : le crash s'est produit il y a au moins 3000 ans.
Tout de suite, Norman Johnson, anthropologue de renom et anti-héros de ce roman est dépêché d'urgence sur place. La pression à 5000 mètres empêche de remonter le vaisseau en un seul morceau ; il faudra donc envoyer l'équipe dans l'abysse, au moyen d'une base sous-marine ultra perfectionnée.
Une rapide exploration du vaisseau révèle une salle centrale parfaitement conservée et surtout une sphère étrange en plein milieu. Qu'est donc cette mystérieuse sphère ? Les non moins mystérieux événements à bord de la base ont-ils un rapport quelconque avec elle ??

Que de questions laissées en suspens dans ce roman qui s'ouvre sous les meilleurs auspices. Un scénario carrément intriguant, un cadre fascinant, une sphère pleine de surprises, que demander de plus ??? Certes, les personnages n'ont rien de particulièrement attachant, et Norman fait un peut penser à Woody Allen par sa description physique et son attitude. Mais les pages se tournent à grande vitesse, le mystère s'épaissit et le scénario devient de plus en plus engageant.
Les tensions entre les personnages sont extrêmement bien décrites, et alors que plein de trucs bizarres se passent et que le temps s'écoule, les uns pètent un peu les plombs, les autres tentent de gérer leur équilibre mental au mieux (deux ou trois meurent, aussi), mais forcément, tout doit éclater à un moment où un autre. Comme par hasard, cet instant coïncidera avec l'apogée du roman. Tout ça pour dire que Sphere se rapproche beaucoup du thriller psychologique. Les événements dont sont témoins les membres de l'équipage sont-ils des hallucinations collectives, une sorte de mal des profondeurs ? Entre nous, allez demander ça à ceux qui en sont morts, des hallucinations, mais une des lois psychologiques fondamentales veut que l'être humain soit continuellement à la recherche d'un responsable pour ses ennuis, et forcément on se doute que l'ambiance à bord en prendra un coup.

Certes, l'aspect scientifique est bel est bien présent, et occupe même une partie non négligeable de l'intrigue, mais avec Sphere, disons qu'une autre approche du genre est tentée, avec moins de détails, plus d'action, et un univers moins froid, plus ‘trippant', comme on aura pu le voir dans les premières pages de Andromeda Strain, dans une scène absolument inattendue où des soldats aperçoivent un homme habillé d'une toge blanche marcher parmi des cadavres.

Avec Sphere, Crichton reste donc dans le monde de la science, tout en s'accordant une certaine licence poétique et des péripéties que James Cameron ou Jules Vernes ne renieraient pas. Il est regrettable que le bilan final de Sphere soit si mitigé, car nous aurions bien pu nous retrouver face au meilleur roman de l'auteur.
Cela n'est hélas pas le cas. Michael Crichton n'est pas encore la machine à best-seller bien huilée qu'il est aujourd'hui, et commet une faute irréparable : son scénario est beaucoup trop bon.
Que de questions laissées en suspens, disais-je plus haut. Que d'espoirs placés dans une conclusion qui promet de plus en plus, que l'on attend comme grandiose, à en pleurer. L'origine du vaisseau et de la sphère, les liens qu'ils entretiennent avec les morts dramatiques de membres de l'équipage et tout les pseudos-délires psychologiques de Norman et ses amis... Le nombre de réponses à fournir font de cette conclusion un des moment que j'aurais le plus anticipé de ma carrière de lecteur.

Et au final, la conclusion prête franchement à bailler. Les réponses ? Quelles réponses ? Crichton envoie littéralement balader son lectorat, comme il en prendra soigneusement l'habitude dans ses romans ultérieurs, avec un final bâclé (notamment sur l'origine de la sphère), bien trop faible et amené trop rapidement. Si cette fin a le mérite de la logique, et au final s'inscrit assez bien dans la lignée du roman psychologique, elle est très loin de convaincre. Le choix facile en somme, rien de plus énervant pour le lecteur qui s'était laissé prendre au jeu.

Un faux pas pour notre ami Micheal, qui, nous le savons, sera destiné à remettre ça. On saluera pourtant l'effort de l'auteur qui s'efforce d'explorer des domaines qu'il avait jusque là laissé en jachère. Hélas, cet éclectisme se transformera bien vite en appât du gain, comme en témoignent des oeuvres telles que Timeline.

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