7.5/10Soupe de Maman : sans grumeaux s'il vous plait

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 23/04/2011
Notre verdict : 7.5/10 - La soupe sans grimace (Ecrivez votre critique)

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Un livre qui se consomme avec appétit pour partager ce moment sacré de la soirée avec Maman (Papa peut participer, même s’il n’est pas cité !). Un récit mi-ludique, mi-audacieux au graphisme poétique qui donne envie de se mettre aux fourneaux… en toute simplicité.

« Si tu veux grandir et devenir très fort, mange ta soupe. » Cette phrase résonne encore dans le souvenir de l’adulte que nous sommes, imaginant quelle taille gigantesque on aurait pu atteindre si seulement on s’était resservi une énième fois et de bon cœur de cette fameuse mixture. C’est aujourd’hui nous qui serinons ce petit sermon à nos rejetons, prêts à vendre père, mère et même le chat du voisin pour faire avaler le poireau ou l’endive sous une forme moins « suspecte » au récalcitrant petit dernier. Karine Serres et Clémence Pollet (L’ébouriffée) ont donc choisi de mitonner un album riche en vitamines en brassant à quatre mains et à deux cuillers toutes les étapes nécessaires à la confection du meilleur bouillon qui soit : la Soupe de Maman. Une soupe cuisinée par Maman ou une soupe à base de bouts de Maman ? Là est la question.

Soupe de Maman : sans grumeaux s'il vous plait
Illustration de Clémence Pollet, issue
de Soupe de Maman, texte de Karine
Serres ; Le Rouergue, 2011
L’ouvrage débute sur un moment rituel et tant attendu des enfants : le retour de l’école. Le jeune narrateur est un petit garçon d’une dizaine d’années, et il a faim ! Mais Maman semble, perdue dans les vapeurs de son bain, non disposée à préparer le dîner ce soir. Qu’à cela ne tienne, c’est notre cuistot en herbe qui s’y collera. Ainsi, rissolant mélange de sens propre et de figuré, démarre la longue préparation dudit consommé, sur fond de légumes frais ou en boîte, d’épices diverses et finalement d’à peu près tout ce que le frigo renferme. Karine Serres sème au fil du récit un lexique se rapportant à la cuisine, au goût et à la texture, un concept souvent difficile à saisir pour un petit, et ici plus ou moins explicité par les illustrations. Les adjectifs précis caractérisant la consistance du plat (« claire », « fade », grumeleuse ») s’enchaînent et entraînent l’adjonction de nouveaux ingrédients. L’album se révèlerait aussi fade que le bouillon de départ s’il ne se contentait que d’énumérer le détail d’une banale recette de soupe. Par son issue pas si politiquement correcte, en ces temps où les cinq fruits et légumes par jour et la culpabilisation des mères-qui-servent-des-petits-pots font rage, la chute de l’histoire suscite un pied de nez assez appréciable. Oui, on peut passer un bon moment le soir avec son enfant sans avoir passé deux heures dans la cuisine au préalable. Oui, une fois n’est pas coutume, on peut aussi faire l’impasse sur l’aspect diététique l’espace d’un repas, sans qu’il n’y ait mort d’homme.

Soupe de Maman : sans grumeaux s'il vous plait
Illustration de Clémence Pollet, issue
de Soupe de Maman, texte de Karine
Serres ; Le Rouergue, 2011
Aussi vitalisant que le tempérament du jeune narrateur et que l’addition de tous les légumes mijotés, le graphisme de Clémence Pollet pétille de couleurs franches et appétissantes. Elle instaure un univers très plastique, parfois aux limites de l’abstrait, avec coups de pinceaux et de pastels apparents. Une représentation personnelle à la fois documentaire et enfantine, appuyée par les déformations volontaires de perspectives et le mélange des différentes échelles qui accentuent l’effet d’accumulation des divers aliments et ustensiles. Comme on le sentait déjà sensiblement dans son premier album, L’ébouriffée, une touche d’onirisme et de tendresse palpable surplombe la lecture de Soupe de Maman. La quatrième de couverture reprend d’ailleurs cet esprit en mêlant le visuel prosaïque du dos d’une brique de soupe, en y instillant des éléments affectifs propres au vécu familial du petit lecteur (autour du rituel du coucher notamment).

 

Un livre qui se consomme avec appétit pour partager ce moment sacré de la soirée avec Maman (Papa peut participer, même s’il n’est pas cité !). Un récit mi-ludique, mi-audacieux au graphisme poétique qui donne envie de se mettre aux fourneaux… en toute simplicité. De quoi dédramatiser et apaiser le grand stress qui accompagne si souvent le douloureux marathon des soirs de semaine, et agrémenter de façon décontractée le dictionnaire culinaire des plus jeunes.

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