8.5/10Les Sots

/ Critique - écrit par Kassad, le 30/01/2005
Notre verdict : 8.5/10 - La sottise c'est l'infini à la portée de l'humanité (Ecrivez votre critique)

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Il paraît que l'on peut rire de tout. D'accord mais en ce qui concerne la philosophie cela peut sembler plus compliqué que d'habitude. Et puis si vous le faites en utilisant l'arme de la sottise ça peut sembler douteux. N'y aurait-il pas là des relents cachés de poujadisme, d'anti-intellectualisme primaire ? Et bien non, Vincent Degarde réussit là ou Eric Reinhardt à échoué. Faire une comédie dont le héros est un professeur de logique n'est pas une gageure, Degarde nous montre que c'est possible !

Marie d'Occam est maître de conférence en logique à la Sorbonne. Elle a comme voisins deux imbéciles dont la profondeur de la bêtise semble insondable. Ils sont tellement débiles qu'on a du mal à comprendre comment ils vivent. Leur premier fait d'arme est en effet alarmant. Pour éteindre le gaz Pascal a soufflé la flamme, sans couper l'arrivée de gaz, provoquant par la même une évacuation de l'immeuble. Tout d'abord énervée et étonnée, Marie rapidement s'inquiète et décide de les aider. Elle se prend peu à peu d'amitié avec eux tout en les étudiants pour tenter de comprendre la nature de la sottise.

Ce roman se présente comme le journal de ce maître de conférence. Sous titré Comment je suis devenu prix Nobel, c'est une tentative de journal intime philosophique. Ainsi après sa journée, Marie fait de la devise de Leibniz, Sedeamus et calculemus (asseyons nous et calculons), la sienne. Elle reprend les différents événements de la journée pour les mettre sous forme philosophique. Et comme ce sont les bêtises de ses voisins qui forment son quotidien tout cela débouche sur des pensées philosophiques sur l'idiotie, la non-pensée en quelques sortes. Vincent Degarde connaît bien les paradoxes des grecs et les effets qu'ils peuvent entraîner. Ce journal est une version élaborée du paradoxe le plus court et le plus efficace : "je mens". De deux choses l'une soit c'est vrai alors la phrase est fausse donc elle dit bien la vérité... soit elle est fausse alors comme je suis censé dire vrai elle se contredit. Marie se débat dans ce genre de contradiction en essayant de penser l'impensable : la bêtise qui échappe à toute tentative de classification.

S'il n'y avait que les aspects philosophiques, au demeurant assez intéressants, le roman ne serait pas aussi captivant et amusant qu'il l'est. Le tour de force de Vincent Degarde est d'avoir réussi à y intégrer un humour multifacettes : entre les bêtises toutes plus terribles les unes que les autres de Pascal et René et la vanité philosophico-intellectuelle de Marie vous trouverez forcément de quoi rire. Mais le véritable clou de ce livre en est la fin, authentiquement inattendue et qui redonne à l'ensemble une profondeur certaine. Je ne dirais qu'une chose : attendez vous à un retournement de situation du type de ceux d'Old Boy ou Fight Club, aussi curieux que cela puisse paraître. Un premier roman réussi qui nous montre un auteur à suivre, assurément.

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