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3/10Sexe, mensonges et banlieues chaudes

/ Critique - écrit par C.Saffy, le 27/05/2014
Notre verdict : 3/10 - Sex in les cités (Ecrivez votre critique)

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Deuxième titre de la nouvelle collection de « hot chick lit » de La Musardine, ce Sexe, mensonges et banlieues chaudes ne convainc pas plus que Sex in the kitchen sorti l’an passé.

Marie Minelli qui a jusqu’alors plutôt œuvré dans le guide pratique sexo (deux volumes pour la collection « Osez ») ou le format court de la nouvelle (toujours dans la collection « Osez 20 histoires ») donne à lire son premier roman avec Sexe, mensonges et banlieues chaudes dont le titre, comme le Sex in the kitchen d’Octavie Delvaux, sont d’énormes clins d’œil à la série télé et au cinéma.

On y suit la trajectoire de Sara, pur produit de la jeunesse dorée de Neuilly qui nous gratifie en préambule d’une mise en situation de sa personne, qui n’est pas sans rappeler celui de Hell, l’insupportable tête à claques imaginée par Lolita Pille il y a douze ans de ça. Sara estime que la lectrice rêverait d’être à cette place si facile où l’on dégaine amex et billets de 500, où l’on passe ses vacances à St Barth et Aspen, où l’argent et les noms de longue lignée ouvrent les portes avec facilité. Dans le même temps, Sara confie à quel point elle aimerait être comme nous, les filles de la classe moyenne, les quasi-prolos, celles à qui on ne dicte pas avec qui elles doivent se marier, les gens qu’elles doivent fréquenter etc. Alors qu’elle aimerait tellement aller manger des hot-dogs, en roulant des pelles à un grand Black pendant un match du PSG…

Ce prologue et ce titre sans grande finesse permettent au moins de bien poser les bases de la comédie romantique à venir : Sara en a ras-le-bol de son milieu et Sara crève d’envie d’aller se taper des racailles. Il faut dire qu’elle n’a pas de bol : elle est fiancée à un pur produit fin de race de Neuilly qui bande une fois tous les 36 et qui hurle « Vive… la France ! » quand il jouit (il fallait vraiment l’inventer celle-là) ; sa future belle-mère est une mégère frigide et sa mère se croit obligée de la pistonner dès qu’elle a besoin de boulot. Donc Sara est bridée, mal-baisée, a envie d’autre chose. Lors d’un gala de charité, une collègue de sa mère lui transmet sous le sceau du secret une petite annonce qui ne peut que l’intéresser : France Télévisions cherche à recruter pour un programme où le CV est anonyme. Sara s’y rend en métro (au lieu de l’habituel taxi, un vrai bonheur pour elle) et contre toute attente est retenue. Cependant il y a une petite condition à cette embauche « anonyme », c’est qu’elle est censée aboutir à un programme « diversité ». Sara doit donc se faire passer pour une marocaine pour être raccord avec les autres candidates et candidats présents. Parmi eux, Djalil, yeux noirs et pantalon large qui la fait chavirer dès la première réunion.

Le premier problème de ce roman et il n’est pas des moindres, c’est qu’il est truffé de coquilles. D’énormes et nombreuses coquilles, sans parler des contresens ou des emplois erronés de certaines expressions, difficilement concevables pour une fille des beaux quartiers qui, on le suppose, a quand même été dans de bonnes écoles. On pourrait passer sur ces petits défauts si l’intrigue avait le mérite de maintenir en haleine, mais elle a vraiment été structurée à la va-comme-je-te-pousse, la plupart des situations paraissent souvent invraisemblables, il y a des deus ex machina bien pratiques à la pelle (voir l’explication de pourquoi ce salaud de Djalil s’avère être marié, en fait, *spoiler* c’est pour offrir des papiers à une  réfugiée maghrébine qui s’avère être une blogueuse tunisienne en fuite très célèbre sur la toile ! *finduspoiler*).

Alors le roman de Marie Minelli se rattrape-il au moins sur le sexe qui était quand même l’une des principales promesses du titre ? Si on aime les situations comiques, on est servis puisque la plupart des séquences correspondent tellement à des clichés du genre que l’auteur se sent obligé d’en rajouter dans les gros coups de coude dans le flanc du lecteur pour essayer de désamorcer le tout, ponctue les séances de « splash splash » écrits noir sur blanc pour figurer le coup « je fais claquer mes couilles contre ton cul ». Le pinacle constituant la première séance de baise entre Sara et Djalil dans un garage crasseux au milieu des odeurs d’huiles de moteur, pure ambiance Marc Dorcel des années quatre-vingts. L’épilogue est un festival d’absurdités ahurissantes et l’on se prend à penser qu’en fait de roman érotique, Marie Minelli a écrit une dystopie qui se déroule dans une réalité parallèle à la nôtre.

Le problème est qu’on ne peut aimer aucun des personnages de ce livre, l’héroïne en tête : elle est condescendante, égocentrée, se plaint tout le temps et tous ceux qui l’entourent sont tous détestables. Ceci dit, aucun angélisme de sa part, les « minorités visibles » décrites dans le livre sont soit débiles soit dénuées de personnalité (chapeau concernant Djalil qui est sans doute le prince baisant le moins charismatique jamais rencontré dans le genre).

La couverture à elle seule, ratée, aurait dû mettre sur la voie dès le départ. La réalité, c’est que bien assise sur ses acquis d’éditeur érotique français historique et bien installé depuis de nombreuses années, La Musardine ne fait presque plus d’efforts au niveau éditorial. Et malheureusement, ça se voit.

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