7/10La Saga des jeux vidéo

/ Critique - écrit par camite, le 12/08/2004
Notre verdict : 7/10 - « Un concepteur de jeux est quelqu'un qui rend les gens heureux. » T. Iwatani (Ecrivez votre critique)

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« Un concepteur de jeux est quelqu'un qui rend les gens heureux. » Toru Iwatani

Depuis les premiers essais dans des laboratoires américains jusqu'à l'avènement de l'empire japonais Sony en passant par la France, la Russie ou l'Angleterre, l'histoire des jeux vidéo retracée au travers de leurs figures emblématiques. Mario, Sonic, Lara Croft... mais aussi les hommes, souvent mal connus du grand public, qui se cachent derrière ces nouvelles stars virtuelles.

Evacuons tout de suite les défauts de cet ouvrage pour mieux se concentrer ensuite sur ses qualités. Non, Daniel Ichbiah n'a pas pondu l'encyclopédie définitive du genre, bon nombre de très grands jeux se retrouvant à peine évoqués voire carrément ignorés. Oui, certains choix pourront dérouter, comme celui de consacrer plusieurs chapitres au « génial » Philippe Ulrich et à ses délires visionnaires (son discours à Imagina, grand moment de comique involontaire) tandis que sur Hideo Kojima (Metal Gear Solid) ou Yu Suzuki (Shenmue), rien ou presque. Mais l'auteur ayant travaillé sur de nombreux guides officiels de jeux Cryo (Rome, Versailles...), ceci expliquerait cela. Par ailleurs, la conclusion contient un passage pour le moins enflammé concernant l'Eye Toy de Sony qui, on ne le rappellera jamais assez, n'est jamais qu'une webcam à brancher sur sa PlayStation pour jouer à des mini-jeux disponibles depuis plus de dix ans sur les webcams PC. Enfin, oui le livre contient des erreurs : Alone in the Dark a beau s'inspirer de l'écrivain H.P. Lovecraft, il ne se passe pas en Nouvelle-Angleterre mais en Louisiane ; Resident Evil, son remake scientifico-fictionesque, ne met justement pas en scène des "fantômes sanguinaires"; Ridge Racer, utilisé par l'auteur pour souligner la différence technique entre PlayStation et Saturn, n'est jamais sorti sur cette dernière machine ; et certains jeux voient leurs titres modifiés (Virtual Racing, Virtual Fighter, Jimmy O'Connors Tennis).

Cela dit, La saga des jeux vidéo offre autant d'intérêt pour les néophytes que pour les passionnés de jeux. Pour les premiers, le style reste volontairement accessible, bannissant tout terme technique ou jargon susceptible de les égarer en chemin. Pour les seconds, le livre regorge d'anecdotes, mises en perspectives et retours sur des jeux qu'ils ont probablement connus et appréciés. Certaines traditions des grands noms du jeu vidéo trouvent ainsi leurs origines, par exemple en page 48 (Nintendo a réussi à engloutir le marché des consoles en proposant la NES à un prix extrêmement bas, stratégie réutilisée pour la N64 ou la GameCube) ou 313 (le retard fréquent des jeux Nintendo correspond à une « philosophie » du président de la société). Une dimension historique présente également par le biais des multiples rappels (Sim City, premier jeu évoqué dans Time Magazine) ou recoupements (l'accord salvateur entre Maxis et Infogrames, les soucis de Bonnell ne datant décidément pas d'hier). Certains faits prennent même une saveur toute particulière aujourd'hui, comme cette bannière sur le stand Sony lors de l'E3 99 : « [La PlayStation] dévore la Nintendo pour son petit-déjeuner, puis la vomit. »

Le tout, écrit dans un style romancé qui peut surprendre au début (l'auteur ne dissimulant que très peu l'affection qu'il porte à Ulrich ou Frédérick Raynal), ressemble à un film-chorale aux quatre coins du globe, agrémenté d'une tonalité allant du film d'espionnage (les incroyables embrouilles concernant la licence de Tetris, l'affaire remontant jusqu'aux oreilles du président Gorbatchev) au film de tribunal (le cas Mortal Kombat, évoquant les dimensions morales et économiques de l'industrie) en passant par la sitcom déjantée lors de certains dialogues (les bons mots de Rob Landeros) ou situations (les dialogues de sourds lors des tests de Ultima Online). Mais le plus grand mérite d'Ichbiah réside certainement dans l'humanisation des jeux et de l'industrie qu'il effectue : en décrivant les vertus sociales de Pong, l'ambiance déconcertante de la naissante entreprise Atari, l'inspiration de Satoshi Tajiri pour créer les Pokémon, les géniales intuitions d'Howard Lincoln alors qu'il n'était qu'avocat pour Nintendo dans les années 80... Les concepteurs de jeux revêtent sous la plume de l'auteur journaliste une importance égale à celle de leurs créations. A tel point que le lecteur devrait prendre un certain plaisir en apprenant beaucoup de choses sur des seconds couteaux de l'industrie généralement moins en vue que les stars du milieu.

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