La ruche d'Hellstrom, roman le plus inquiétant d'Herbert ? C'est ce que tentent de nous faire croire le quatrième de couverture et l'intégralité des sites qui vendent ce livre. Il faut dire que sur le papier, l'histoire à de quoi donner dans l'horreur. Dans un petit village perdu de l'Oregon vit le docteur Hellstrom. Spécialiste des insectes, il tourne dans sa petite ferme des documentaires animaliers très pointus. Rien de bien affolant en somme. Mais la découverte par l'Agence de documents appartenant au cher docteur parlant du Projet 40 commence à éveiller des soupçons. Personne ne sait ce qu'est ce Projet 40. Une super arme ? Si oui, le moment est grave. En pleine guerre froide, ce n'est pas le moment de perdre du terrain face à l'ennemi. L'agence dépêche donc des éclaireurs sur place, en les faisant passer pour des ornithologues amateur, avec pour but de découvrir ce que fait notre ami Hellstrom. Eclaireurs qui disparaissent les uns après les autres sans que personne ne remarque quoi que ce soit. L'Agence sort alors les grands moyens et envoie sur place son numéro 2 et une fine équipe pour une mission search & destroy. Ils ne le savent pas encore, mais ils viennent de taper dans une fourmilière géante, ou plutôt une ruche. Hellstrom poursuit en secret sous terre une expérience visant à créer une autre humanité. Et ce sont déjà 50000 personnes qui vivent dans cette vallée, cachés aux yeux de tous, formant une société parallèle en tout point calquée sur celle des insectes.
Inquiétant ce roman ? Pas le moindre du monde. Herbert nous donne dès les premières pages du roman toutes les clefs de celui ci. On sait ce qui se trame sous terre, on s'en doute, on le devine. Lors des passages où Hellstrom est le personnage principal, rien n'est jamais énoncé clairement, mais les sous-entendus constants nous font comprendre de quoi il s'agit. L'auteur évite avec beaucoup de finesse l'écueil qui consiste à avoir un personnage faisant un résumé de la situation. On n'en attend pas moins de l'auteur de Dune. Mais en donnant toutes les informations dès le début, on tue le mystère qui entoure la ruche. Le lecteur sait tout. Le récit alterne les passages où Hellstrom est le héros et ceux où ce sont des agent de l'Agence qui le sont. En ayant toute les clefs en mains, on ne se pose plus de question. La seule qui reste en suspend est "la ruche va-t-elle survivre ?". Réponse à la fin du roman. Et avant d'y arriver, il faudra lire la petite cinq-centaine de pages du livre. Lire ou se farcir, suivant son attrait pour l'histoire. Car si le roman à reçu le prix Apollo, on ne peut pas dire qu'il soit un chef d'oeuvre. Il s'agissait sans doute à l'époque d'une oeuvre sensationnelle et novatrice, mais depuis, les sociétés animales ont beaucoup inspiré les auteurs de SF. Et ceux ci ont fait mieux.
Ont trouve ici et là des avis disant que la société que tente de mettre en place Hellstrom est une horreur. Il faut dire que Herbert ne prend pas de gants quand il décrit leur méthode de reproduction. Corps mutilés, bardés de tuyaux ne servant qu'à inséminer des femelles, créés uniquement dans ce but, au mépris de toute considération pour l'être. La ruche est un tout, elle ne tolère pas les individualités. L'amour et toute forme de sentiment sont bannis. La ruche est une société efficace, pas une société permettant à ses individus de se développer. Seul aspect positif développé dans le livre, le soucis constant de l'écologie. Déjà en 1971 Herbert aborde le problème de la surconsommation des ressources terrestres. La ruche est la seule réponse viable au problème qui se pose aux hommes. Ceux ci sont trop enfermés dans leur optique individualiste et consumériste pour pouvoir renoncer à certains de leurs privilèges inutiles et ainsi sauver la planète. La ruche est l'alternative. Mais la ruche c'est le mal.
Si Hellstrom était le seul gentil de l'histoire, on aurait pu voir dans ce roman des idées progressistes, provocatrices, mais non dépourvues d'aspects obscurs. Des idées humaines en somme. Au lieu de cela, Herbert met des gentils dans chaque camp. Les huiles de l'Agence sont des enflures plus préoccupées par leur carrières que par la vie de leurs hommes, mais les sous fifres comme Janvert sont tout ce qu'il y a de plus attachant. A chaque changement de chapitre on souhaite la victoire du camp adverse. On souhaite que Janvert survive et puisse convoler en justes noces avec sa fiancée, et on souhaite qu'Hellstrom puisse mener à bout son existence et son expérience. Mais les deux choses sont antithétique. Pour que l'une se réalise, il faut que l'autre soit impossible. Et lorsque le lecteur prend parti, c'est pour les hommes, ceux à qui il peut s'identifier. Difficile de se trouver des points communs avec cette société totalitaire et déshumanisée. On en vient le plus naturellement du monde à vouloir la fin de cette ruche immonde.
Le seul soucis, c'est que cette société que l'on veut défendre, la notre, ne vaut pas mieux. On est en pleine guerre froide, et cela se sent. Ici et là sont glissées des références au fait que Hellstrom pourrait être bien pire qu'un savant fou : il pourrait être communiste. Et la ruche n'est elle pas une généralisation grossière et jusqu'au-bout-iste du principe de la collectivisation ? difficile de ne pas voir dans ce livre une critique sans appel du communisme. L'auteur ne semble pas chercher à explorer d'autres possibilités pour l'homme, ou a comprendre le pourquoi de la ruche. Le seul bienfait de celle ci est sa conscience écologique. Le reste est à jeter. Une vision étriquée qui étonne et qui choque. On est a des lieux de la finesse dont fait preuve Orson Scott Card dans sa Stratégie Ender. Dans cette trilogie, la clef, le fondamental, était l'incompréhension entre les hommes et les Doryphores. La conclusion était que les voies des deux peuples peuvent être compatibles et toutes deux intelligentes. Il n'y a rien de tel ici. Pas une once de compréhension, et presque aucune ouverture d'esprit. Le totalitarisme est un mal absolu, un point c'est tout.
On ne rentre jamais vraiment dans ce roman. On hésite à choisir les vrais gentils, on est distrait par les extraits documentaires qui séparent les chapitres (comme dans Dune) et on doute du message très discutable. Même le style d'Herbert parait fade. Une déception.
Kei []

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