7.5/10Robert des noms propres

/ Critique - écrit par Danorah, le 31/10/2005
Notre verdict : 7.5/10 - Nothomb Raider (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 5 réactions

Une biographie imaginaire ponctuée de réflexions pas toujours très profondes mais pertinentes, qui se lit d'une traite, sans ennui et sans temps mort... Idéal pour se divertir sans se griller les neurones.

Un livre dont l'héroïne se prénomme Plectrude ne peut être qu'un livre à part. C'est inévitable. Si, par dessus le marché, l'auteur répond au nom d'Amélie Nothomb, il y a de quoi s'attendre à une oeuvre pour le moins étrange, cynique et passionnante. Ainsi donc, mademoiselle Amélie a inventé, pour notre plus grand plaisir, un nouveau jeu : relater la vie de celle qui se révélera être... rien de moins que son assassin. Vaste et ambitieux projet, qu'Amélie Nothomb mène à bien avec autant d'humour que de finesse.

La susnommée Plectrude, née sous de biens curieux et sombres auspices, développe dès son plus jeune âge de remarquables aptitudes pour la danse. Du reste, cancre, tout d'abord haïe par ses camarades pour sa nullité, puis adulée pour l'absurdité des réponses dont elle gratifie ses professeurs, la petite fille ne trouve de plaisir que dans la danse, et devient rapidement l'élève vedette de son école de ballet. Il est aussi question dans cette histoire d'un certain Mathieu Saladin, jeune garçon étrange au physique non moins surprenant, puisque sa bouche est ornée d'une cicatrice énigmatique... Mais chut, inutile d'en dire plus ! Le conte de fées peut vite tourner au cauchemar, et le plaisir de la danse se payer par d'innombrables souffrances.

Amélie Nothomb s'attache à décrire, dans cette petite histoire douce amère, l'enfance d'une jeune fille pas comme les autres, intrépide mais fragile, intelligente mais indifférente, rêveuse mais résolue... Et ce n'est pas tout : on se délectera dans Robert des noms propres d'anecdotes savoureuses et d'une analyse juste et corrosive des relations qu'entretient un enfant avec le monde : ses parents, sa famille, ses professeurs ou encore ses camarades. Amélie Nothomb parvient admirablement à se couler dans l'esprit de cette enfant et à retranscrire sa vie à travers les yeux de Plectrude, tout en se permettant, en tant qu'adulte et narratrice, de commenter ses actions ou réactions. Evidemment, l'enfance de Plectrude, parsemée de rêves et d'embûches, se prête à merveille à ce que l'on pourrait presque qualifier d'exercice de style...

Il serait impensable de décrire Robert des noms propres sans évoquer le sentiment qui en émane de la manière la plus manifeste : une sorte d'amertume qu'Amélie Nothomb semble ressentir, tout d'abord vis-à-vis de la relation entre Plectrude et sa mère, une mère subjuguée par sa fille, qui désire la voir accomplir tout ce qu'elle-même n'a pas été en mesure de mener à bien, quitte à fermer les yeux sur une réalité de plus en plus alarmante... Amertume également à l'égard de la discipline de fer imposée aux « petits rats » dont Plectrude fait partie, humiliés, maltraités et mal encadrés : la critique des professeurs de danse est probablement la plus acerbe et la plus virulente de tout l'ouvrage. La danse en elle-même est le fruit de quelques réflexions qui offrent aux profanes une perspective intéressante sur cet art et sur ceux qui le pratiquent. (Notamment la métaphore de l'envol, mais je ne vous en dis pas plus...)

Robert des noms propres est bien plus qu'une biographie imaginaire, il est ponctué de réflexions qui, si elles ne sont pas très profondes, se révèlent pertinentes. Ajoutez à cela le style très fluide d'Amélie Nothomb, le dénouement exquis et un personnage principal aussi étrange qu'attachant, et vous obtenez un roman tout à fait plaisant, qui se lit d'une traite, sans ennui et sans temps mort... Bref, idéal pour se divertir sans se griller les neurones.

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