8/10Rira bien qui rira le dernier !

/ Critique - écrit par gyzmo, le 07/12/2008
Notre verdict : 8/10 - A malin, malin et demi (Ecrivez votre critique)

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Rira bien qui rira le dernier ! n’oublie pas d’en mettre plein la vue avec seulement trois bouts de ficelles, quelques collages de textures et un peu de modelage.

Tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin aux livres pour enfants ont sûrement entendu parler un jour de Didier Jeunesse. Si tel n’est pas le cas, sachez que derrière cet éditeur, un catalogue bourré de petites histoires illustrées n’attend qu’une seule chose : faire le bonheur des petits et des grands. D’ailleurs, avec ses trois contes rigolos sortis indépendamment les uns des autres, Rira bien qui rira le dernier ! adopte exactement cette ligne éditoriale qui, en plus de faire découvrir le conte traditionnel populaire à nos chérubins – et aussi aux personnes à barbes qui comme moi n’ont pas encore la science infuse, n’oublie pas d’en mettre plein la vue avec seulement trois bouts de ficelles, quelques collages de textures et un peu de modelage. Mais avant d’en dire plus, commençons par le commencement…



Illustration de Cécile Hudrisier tirée de La cocotte
qui tape-tip-tope
contée par Coline Promeyrat,
Didier Jeunesse, 2003.
Il était une fois, trois faiseurs de mots : Jihad Darwiche, Coline Promeyrat et Jean-Louis Le Craver. Trois bardes bien connus du cercle des poètes encore en activités, pour trois histoires inspirées de contes aux origines diverses : le Liban et La Souris et le Voleur (2002), le Danemark et La Cocotte qui Tap-Tip-Tope (2003), l’Italie et La Toute Petite, Petite Bonne Femme (1998). Réunies par Céline Murcier dans le cadre de la collection « A Petit Petons », avec comme fil conducteur le thème porteur de la ruse, ces trois aventures exposent avec malice les meilleures façons de déjouer les entourloupes des malfaiteurs et moqueurs qui pourrissent le quotidien des gens d’ordinaire mignons. Des leçons de vie qui ne louchent surtout pas du côté de la morale mignonnette et pragmatique, mais scrutent carrément vers la fantaisie, le magique, l'invraisemblable… voire même la loi du Talion  ! A ce propos, chacun des récits se déroule de la plus singulière des façons, à grands renforts de crottes et de caca (entres autres bonnes choses), n’hésitant pas à recourir s’il le faut au châtiment corporel, à la manière d’un Guignol fracassant du Gendarme avec son gourdin, ou des brusqueries imaginaires des frères Grimm. Trois artistes ont ensuite mis leurs techniques respectives au service de ces saynètes aux accents un tantinet caustiques. Par ordre d’apparition, citons le bric-à-brac ingénieux de Christian Voltz, le patchwork délicat de Cécile Hudrisier, et les enduits énergiques de Delphine Grenier. En d’autres termes : un bricoleur amoureux des accessoires et des vieilleries ; une couturière à l’aise pour associer textile, papier et fil de fer ; une maçonne qui s’y connaît pour démêler à sa convenance les mystères du plâtre. Trois créateurs de monde aux compétences voisines et dont les travaux d’assemblage sont en réalité de véritables installations artistiques plus imposantes qu’elles ne paraissent une fois couchées sur pellicule photographique par le talent de tierces personnes. Evidemment, les tenailles de Voltz, les aiguilles de Hudrisier (ma favorite) et la truelle de Grenier n’ont pas la même approche esthétique et font plus ou moins dans l’illustration aboutie. Mais à l’arrivée, la diversité des univers, du choix des matières et des couleurs, le jeu capital sur la typographie – passage obligé dans le livre jeunesse, la valeur du détail joyeusement absurde pour les uns (le rafistolage en tissu de la marmite !), la force du premier jet pour les autres, tout cela forme un assortiment plein de panaches, en communion parfaite avec la fable ainsi exprimée.

Pour couronner cette très jolie association de virtuoses – et comme il est souvent de coutume chez Didier Jeunesse et ses collections destinées à instruire tout en s’amusant, un CD audio complémentaire a été glissé dans le recueil. Entrecoupés par la musique simple et enjouée d’Hervé Suhubiette, Darwiche, Promeyrat et Le Craver ont usé de leurs empreintes vocales respectives pour permettre aux plus jeunes – encore analphabètes, de ne pas rester sur le seuil de la compréhension. Un accompagnement sonore très composite, tout autant que les styles de Voltz, Hudrisier et Grenier, oscillant entre liberté détachée de ton, à-propos bien joué et expressif, ou phrases débitées avec beaucoup d’allégresse (la performance de Le Craver paraîtra même un peu hallucinante aux oreilles du familier des apéros trop chargés…). Bref ! Dans le pire des scénarios, tous ces auteurs ne vivront peut-être ni heureux, ni très longtemps, n’auront sans doute jamais d’enfants, mais au moins, avec ce Rira bien qui rira le dernier !, c’est une certitude : ils auront fait du bon boulot !

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