6.5/10Ring

/ Critique - écrit par Lestat, le 26/05/2004
Notre verdict : 6.5/10 - Casse-moteur chez Suzuki...(oh ça va, hein ! ) (Ecrivez votre critique)

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Peu connu en France, Koji Suzuki bénéficie au Japon du statut que possède Stephen King ou Dean Kootz en occident. Né en 1957 sur l'île d'Honshu, Ring, paru en 1991, n'est que le deuxième roman de ce diplômé en littérature française qui lui donnera deux suites, Double Helix et The Loop (la Boucle). L'histoire aurait pu en rester là et ne jamais quitter le Fuji Yama si un certain Hideo Nakata ne s'était emparé du Best Seller pour en faire l'une des références incontournables du film de flippe, j'ai nommé....Ring, comme de bien entendu. Autant le dire directement, ce fameux Ring de Nakata, adulé de partout, m'a laissé dans la bouche un goût plutôt amer. Oh, il y avait bien de bonnes idées, quelques scènes choc, un rythme et des partis pris plutôt dépaysants, mais à l'arrivée quelle déception. Alors que Nakata me réconciliait avec le cinéma japonais avec son très beau Dark Water (toujours adapté de Suzuki), je me décidait alors à faire la paix avec Sadako en revenant aux sources du mythe, lorsque tout commença... Vous l'aurez compris, ce petit bouquin d'environ 300 pages.

Et tout débute comme une plaisanterie. Kazayuki Asakawa, journaliste, ne peut pas rester de marbre devant cette mystérieuse cassette vidéo sans queue ni tête. Sans aucun doute, un bête montage pour se faire peur entre adolescents. Reste que sa nièce est belle et bien morte après l'avoir vue, ainsi que les trois amis qui l'accompagnait. Soudain, toutes ces images commencent lentement à prendre un sens et la mystérieuse malédiction qui les accompagnent n'en deviendra que moins absurde. Aidé par le sombre Riujy, professeur ambigu qui avoue volontiers son penchant pour le viol, il va tenter de contrecarrer son funeste destin et découvrir la clé de tout ce mystère. Mais le temps presse et la mort atroce de ses prédécesseurs motive chacun de ses pas...

Non, Ring ne se distingue pas par son originalité. Dans le registre ultra prisé des histoires de fantômes, agrémenté de l'approche de la mort propre aux Asiatiques faisant que les revenants sont légion dans leur bestiaire fantastique (à la différence du Zombie par exemple, qui n'existe quasiment pas), Ring joue en effet davantage la carte du conventionnel. Une malédiction, des morts, un drame humain pour lier le tout, ce roman use de tous les clichés. Pourtant, Suzuki tirera son épingle du jeu en travaillant énormément l'ambiance et les tonalités. Atmosphère glauque, personnages troubles et peu développés, une sorte d'incertitude constante...tout ici contribue à faire monter la sauce de ce roman inquiétant et prenant. Bon point par rapport à Nakata, le livre est également beaucoup plus sombre que son homologue sur pellicule, par ses anti-héros crépusculaires et surtout son final, littéralement glaçant et qui prend le lecteur complêtement à contrepied. Suzuki sait où il va et n'hésite pas aller jusqu'au bout. Ring est un pur roman de terreur, avare en hémoglobine et en démonstratif, basant tout son pouvoir sur son climat oppressant. Sérieux comme un pape, Ring ne relâche jamais la pression, ne s'allège que rarement et s'avère finalement profondément pessimiste, voir nihiliste. La société japonaise que Suzuki dépeint est triste, harassante, comme un univers à la grisaille constante qui voit évoluer des personnages fatigués, désabusés, voir criminels. Pour tout ceci, Ring se distingue et vaut réellement le détour. mais toute cette volonté de bien faire à un prix.

Et ce prix, c'est Koji Suzuki lui même. L'auteur japonais à force d'alourdir ses pages fini par s'alourdir lui même et fait que Ring, d'un point de vue purement styllistique, est un livre extrêmement désagréable à lire (ou extrêmement mal traduit, c'est possible également). La plume de Suzuki est froide, éreintante et de fait, on entre pas facilement dans ce Ring. Il est quasiment impossible de se faire porter par le récit, de s'y immerger complêtement, et c'est vraiment dommage qu'une histoire aussi efficace soit gâchée de la sorte. Emerveillement et frustration se mêlent. Emerveillement d'une littérature japonaise qui n'attendait que d'être découverte. Emerveillement d'un traitement original et convainquant. Frustration d'un livre plombé par ses propres mots. Frustration de ce qu'aurai pu donner Ring de Nakata avec plus d'ambitions et plus de respects...

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