7.5/10Au revoir cauchemar

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 10/04/2012
Notre verdict : 7.5/10 - Sweet dreams are made of this (Ecrivez votre critique)

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Ah, les cauchemars. Si ceux des adultes peuvent facilement ruiner une bonne nuit de sommeil bien méritée, les dormeurs très fatigués savent en général s’en remettre et replonger dans les bras de Morphée. Les cauchemars des enfants, en revanche,  bouleversent à la fois leur propre hibernation… mais de fil en aiguille, ils vont également avoir un impact sur la vôtre, vous les grands, puisqu’il faudra les rassurer, les consoler. Alors mieux vaut être parés, tous ensemble, pour affronter les obsessions des plus petits. Au revoir cauchemar, de Junko Honda, propose une histoire simple, douce et tactile, qui pourra aussi bien prévenir que guérir.

Au revoir cauchemar
Illustration de Junko Honda, issue de Au revoir
cauchemar, Hatier Jeunesse 2011
En format moyen et à l’italienne comme s’il retranscrivait la position de l’enfant (plutôt couchée, donc) au moment de sa lecture, l’album apparaît au premier abord comme une espèce d’imagier à la tonalité zen. Par sa dominante noire qui figure l’opacité et l’incertitude de la nuit naissante, la première de couverture intrigue en premier lieu, surtout qu’on peine à identifier l’animal qui présente son arrière-train blanc constellé de taches multicolores. Mais une fois la main dessus, le petit lecteur reprend confiance : la douceur du velours qui recouvre partiellement la reliure l’apaise immédiatement. D’autre part, l’une des taches sur le corps de la bestiole semble plus intéressante que les autres : elle brille. Et il est bien connu que tout ce qui brille attire l’œil des enfants aussi sûrement que le pollen attire les abeilles. Et cette première de couverture, avec son toucher soyeux et son brin de lumière reflétée, donne un bon aperçu du contenu de l’album.

L’auteure/ illustratrice japonaise est avant tout une « designeuse ». Son univers, aussi bien l’image que le texte, est davantage conceptuel, minimaliste et évocateur que descriptif. Le texte prend vie à la première personne comme si le jeune lecteur et le narrateur n’étaient qu’un seul et même sujet. Phrases courtes, termes fluides, souvent laconiques et sans artifice, voire teintés d’innocence : ce pourrait être le récit d’un enfant lambda, un tout petit comme un plus âgé. Il se termine d’ailleurs en s’adressant directement au lecteur, qui s’identifiera comme il le ferait face à un petit camarade. Les différentes phases du sommeil décrivent l’instant de battement juste avant de sombrer (le décompte des moutons pour accélérer le processus), puis les rêves et les cauchemars récurrents chez le commun des mortels : envolée et voyage dans les airs, poursuite par des monstres (ici des dinosaures), présences inexpliquées et inquiétantes (des fantômes)... Jusqu’à l’apparition d’une figure symbolique de la tradition japonaise : le tapir, ou « baku » dans sa tournure originale. Nous voilà fixés : c’était donc lui le propriétaire du mystérieux postérieur (mais le secret était déjà levé sur la quatrième de couverture). Personnage allégorique dépeint comme l’avaleur de cauchemars, le tapir gobe en fait tout ce qui traverse nos têtes entre le crépuscule et l’aube… si bien que les (jolis) rêves y passent aussi. Une manière fantaisiste d’illustrer et d’expliquer l’amnésie qui succède à nos nuits agitées, mais aussi de donner consistance à la torpeur qui est souvent bien présente au réveil, elle.

Au revoir cauchemar
Illustration de Junko Honda, issue de Au revoir
cauchemar, Hatier Jeunesse 2011
Le graphisme de Junko Honda est un mélange de formes et silhouettes tranchées et schématiques (proches du logotype), majoritairement blanches ou colorées sur fond noir, de matières à toucher, et de touches scintillantes. L’ambiance qui se dégage est souvent mystérieuse, incertaine (une substance insaisissable dont les rêves sont constitués, finalement), parfois même inquiétante. Mais la possibilité de caresser le duvet satiné des moutons ou, plus étonnamment, la couverture moelleuse des fantômes et la peau à la fois rugueuse et pailletée des dinosaures, permet de dédramatiser et d’exorciser la moindre crainte. Mieux : cela permet de littéralement « mettre le doigt » sur ce qui effraie.

Empreint de mystère et de poésie, Au revoir cauchemar est un album qui parle directement à l’enfant en illustrant ses angoisses sous une forme fantaisiste et symbolique. Le récit imaginé et mis en scène par Junko Honda sait être accessible par sa simplicité, et surtout son univers visuel et tactile minimaliste mais efficace. Elle transforme ses accessoires (l’appel des sens par la matière veloutée ou le chatoiement des paillettes) en de véritables concepts : exorciser ses phobies, ou encore matérialiser les émotions. Un livre qui accompagnera en douceur les sommeils les plus agités.

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