8/10Se résoudre aux adieux

/ Critique - écrit par valmont, le 02/12/2007
Notre verdict : 8/10 - Goodbye my lover (air connu) (Ecrivez votre critique)

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L'histoire d'une rupture: ses souffrances, ses questions, et sa nécessaire reconstruction de soi. Philippe Besson nous plonge au plus profond de l'intime.

Rupture... Un mot qu'on évite, que l'on fuit même, tellement il nous fait peur et nous angoisse. C'est pourtant le thème choisi par Philippe Besson dans son nouveau roman Se résoudre aux adieux. On ne peut pas dire que l'auteur soit un maître de l'enthousiasme, ses différents livres étant le plus souvent teintés de mélancolie ou de pathétique. Nous retiendrons entre autre Les jours fragiles, qui raconte la fin de vie de Rimbaud, ou encore Instant d'abandon, discussion sur la mort. Certes, mieux vaut peut-être ne pas être déprimé pour s'attaquer à un Besson, mais celui-ci cerne ces émotions avec tant de délicatesse que nous ne pouvons qu'applaudir la justesse de sa plume.

C'est un roman par lettres que nous offre ici l'auteur. Les lettres de Louise à celui qui vient de la quitter. Mais ses appels au secours ne trouveront jamais de réponses. Comme pour fuir sa douleur, Louise décide de voyager, parcourant ainsi Cuba, New York, Venise. Mais rien n'y fait, son chagrin reste intact et l'exotisme de son exil ne calme pas ses maux. Seuls les mots qu'elle écrit sur le papier trouvent une résonance dans ses souffrances, ses lettres deviennent un exutoire. Elle ressasse les souvenirs heureux et malheureux, ces instants volubiles d'une relation. Mais c'est avant tout son présent qu'elle dévoile, son implacable solitude, son manque terrible de l'absent. Peu à peu, son travail de deuil semble ouvrir une voie de la guérison, car à défaut de son amant, elle se rend compte que c'est elle la véritable destinatrice de ses lettres.

En lisant ce roman, on en vient à se demander si Philippe Besson n'a pas été une femme dans une vie intérieure. Il saisit la sensibilité féminine avec une facilité déconcertante, voire troublante. Son pouvoir évocateur est sans borne, il sait nous toucher là où il faut. Tous ceux qui ont un jour connu une rupture se reconnaîtront dans le portrait de cette femme qui cherche l'acceptation et l'explication qu'elle n'aura jamais. Le parcours de cette guérison de soi nous émeut, soit parce que nous l'avons vécu, soit parce que nous nous identifions à cette femme dont l'espérance devient le seul processus de vie. Il y a dans ce roman une pudeur extrême, un lyrisme qui s'exprime par des mots simples, spontanés et toujours justes.

Philippe Besson nous invite à une méditation sur la vie, l'amour, la reconstruction de soi. Il nous parle de la nécessité de tourner la page, de se résoudre aux adieux après une rupture, sans pourtant oublier ce qui a été, sans non plus croire que le temps guérira forcément toutes les blessures, simplement accepter. Le choix du roman par lettres s'avère ici remarquable car cela nous permet de rentrer sans voyeurisme dans l'intimité de cette femme blessée, et d'en ressentir une plus grande empathie. Ce n'est donc pas un roman accablant, mais au contraire une œuvre optimiste qui ne fait pas de la rupture une fatalité mais une force constructrice.

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