9/10Moi en pyjamarama

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 09/02/2013
Notre verdict : 9/10 - Mystère et boule de gomme à facettes (Ecrivez votre critique)

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Après un voyage entêtant dans la Grosse Pomme (New York en Pyjamarama) puis une virée tourbillonnante dans un parc d'attraction (Lunaparc en Pyjamarama), voici le troisième opus de la série des Pyjamarama : Moi en Pyjamarama. Cette fois-ci, l'expédition prend une nouvelle dimension, celle de l'intime, de l'infiniment petit, et pourtant... il s'agit d'un immense système de réseaux, d'instruments, de machines organiques qui rappelle quelque peu les périples précédents. Frédérique Bertrand au texte et à l'illustration, et Michaël Leblond à l'animation des images (le fameux procédé de l'Ombro-cinéma) ont (re)créé un monde qui reste l'univers le plus fascinant et pourtant le plus méconnu des petits car totalement invisible : l'intérieur de leur propre corps. Pas vraiment un documentaire, mais pas tout à fait une invention - un peu comme dans l'album au concept fantaisiste proche, Gargouillis - cette rencontre avec tout ce qui crépite, palpite ou vibre promet surtout une interaction fascinante avec des illusions d'optique encore plus novatrices.

Moi en pyjamarama
Ilustration de Frédérique Bertrand, image animée de
Michaël Leblond, issue de Moi en Pyjamarama, Rouergue 2012
Toujours racontée à la première personne par un jeune personnage au pyjama rayé, notre histoire débute sur une phrase tout à fait de saison : « Aïe ! Aïe ! Aïe ! Maman... j'ai mal à la tête...». Cette fois-ci, nous partons en quête de la source du « mal », et découvrons donc ce que cet immense labyrinthe peut bien receler de tuyaux, de routes, de poches ou de matières un peu bizarres. Le parcours n'a pas vraiment de logique, et un peu au gré des mouvements de chaque organe, on monte et on descend, on est poussé par le souffle des poumons, on tourbillonne ou on palpite au rythme des battements du cœur. Ainsi, sans toutefois les nommer, page après page, l'album nous présente les univers bien distincts des poumons, du cœur, du système digestif, du cerveau et nous introduit les virus et les microbes sous une forme presque kawaii (!) Le corps humain passionne généralement les plus petits puisqu'ils possèdent tous ce microcosme illimité à portée de « main ». Ne vous méprenez pas cependant : ici pas de représentation précise ou de rigueur scientifique, ce monde en pyjamarama n'est pas un documentaire, mais offre plutôt une expérience sensorielle. Visuelle bien évidemment puisque l'essentiel du voyage se vit en déplaçant la feuille de rhodoïd rayée pour découvrir tous ces éléments en mouvement. Mais de manière suggérée, l'ouïe est également convoquée par le bruit que l'on devine, mais aussi que l'on lit dans les innombrables onomatopées qui jonchent le périple. Le remue-ménage qu'impliquent toutes cette faune et cette flore internes suscite un tintamarre imaginaire. Un peu comme dans les deux autres opus des Pyjamarama, on pense immédiatement à une panoplie de machines et de mécanismes complexes, des engrenages et des rouages symboliques sont d'ailleurs littéralement représentés à mi-chemin.

Moi en pyjamarama
Illustration de Frédérique Bertrand, image animée de
Michaël Leblond, issue de Moi en Pyjamarama, Rouergue 2012
A la découverte de ce troisième ouvrage de la série, la crainte de tomber sur une énième redite des mêmes motifs pouvait légitimement planer. Et bien techniquement, Frédérique Bertrand et Michaël Leblond, grâce à cet univers un peu différent des grands espaces à l'honneur précédemment, ont su créer de nouveaux effets visuels et sources d'émerveillement, distincts et novateurs : spirales tourbillonnantes, boutons grossissants, volumes dotés de facettes clignotantes ou scintillantes. Le côté organique, bien que très schématique et souvent sous forme d'un graphisme finalement minimaliste, est palpable : pour preuves les vaisseaux qui ondulent, les poches qui palpitent ou encore la matière spongieuse caractéristique du cerveau. Au fur et à mesure que l'on avance dans le récit, le délire envahit l'esprit de notre petit narrateur que l'on devine secoué par la fièvre et le délire, et c'est l'occasion de tomber dans des illustrations plus surréalistes, comme les fameuses rayures du pyjama qui prennent vie et rappellent un peu le graphisme mémorable de La mire.

Troisième épisode d'une série d'albums interactifs captivants, ce Moi en Pyjamarama offre sur le même principe que ses prédécesseurs une nouvelle aventure à une échelle inattendue. Via des graphismes animés inédits et de nouvelles prouesses visuelles, le petit lecteur devrait passer un bon moment à faire glisser son petit transparent rayé sur ces formes à la limite de l'onirisme, et à fantasmer sur tous les mécanismes insoupçonnés que renferme son propre corps. Gageons que cela l'incitera à aller découvrir de réels documentaires sur la question, mais qu'il attendra également de pied ferme, et autant que nous, un prochain voyage aux pays des illusions d'optique en pyjamarama.

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