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6/10Une proposition - A.J. Molloy

/ Critique - écrit par C.Saffy, le 25/06/2013
Notre verdict : 6/10 - "... qu'elle ne pourra pas refuser." (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - laisser un commentaire

De l’auteur de cette nouvelle romance érotique, nous ne saurons rien si ce n’est qu’il s’agit du pseudonyme « d’un écrivain anglais déjà publié en France ». De fait, difficile de savoir ce qui distingue ce roman avec cette pomme rouge sur fond noir échappée de chez Twilight et un titre relativement passe-partout. En version originale, Une proposition s’appelle The Story of X – on imagine d’ici les hauts cris qu’auraient poussé les admirateurs de Pauline Réage à la traduction – et au lieu du fruit de la tentation, on retrouve une paire de gants longs et un masque ambiance partouze Eyes wide shut. Alors où sommes-nous en ouvrant Une proposition ? Encore perdus dans les beaux quartiers de New-York ou de Londres avec une bluette un peu croustillante entre un beau mâle riche et une jeune oie blanche à initier ? Hé bien... oui. Mais pas que.

Alexandra, dite X rejoint son amie Jessica à Naples pour terminer son mémoire sur la camorra. Blonde, californienne, la valise pleine de petites robes Zara, c’est de surcroît le type même de la fille en apparence naïve et discrète mais qui peut se révéler volcan. Le roman s’ouvre alors qu’elle boit un verre avec Jessica au Caffè Gambrinus – une institution napolitaine – et devisent sur la ville et ses habitants quand elles se rendent compte qu’elles sont observées et même écoutées par Marcus Roscarrick. Alexandra apprend vite que cet éphèbe beau et racé est aussi un inquiétant personnage. Nul ne sait comment il a acquis sa fortune, et on lui suppose des liens à la fois avec la Camorra et la Cosa Nostra. Attirée, se persuadant pour se protéger qu’elle ne va le rencontrer que pour enrichir son mémoire, Alexandra retrouve Marcus – qui devient rapidement Marc – pour l’interviewer et la suite… On la devine aisément.

La véritable attraction du roman tient surtout au choix de son cadre, à savoir Naples, cité anarchique, sulfureuse, haute en couleurs. Il eut été facile d’aller à Milan, Rome ou même Florence, mais l’auteur prend quelques risques, avec cette ville grouillante, pleine de recoins, de petites échoppes et de rares palazzi, et qui n’a rien des atmosphères feutrées et classieuses du genre. De fait, Alex manquera de se faire voler son argent et subir pire en s’aventurant seule dans les quartiers les plus pauvres de Naples, ceux où les ordures s’entassent et où la Camorra commence et ne devra son salut qu’à l’intervention inopinée de Marc, dans une séquence bien menée, mais qui frôle tout de même la caricature – viol collectif évité de justesse par le chevalier blanc tout de même ! Si la ville elle-même est un gage d’originalité, pour le reste, on est dans la romance classique avec une héroïne qui va forcément révéler un tempérament d’affamée de sexe, mais attention du sexe globalement hétéro-monogame, hormis deux-trois incartades bisexuelles. Cependant l’auteur sait aiguiser la curiosité du lecteur en faisant de Marc un membre du cercle très fermé des Cultes à Mystères, transmis de génération en génération d'aristocrates et qui préconise que chaque membre (masculin ? le roman est peu clair sur le sujet) ne doit faire l’amour avec une femme que lorsqu’elle est initiée aux Cultes à Mystères, et supposément qu’elle est son unique compagne - Marc fait donc une entorse puisqu'il prend Alexandra avant même de lui en parler ! Nous suivrons donc cette initiation qui consiste essentiellement en un peu d’exhibitionnisme léger dans des palazzi aux tentures rouges avec une fessée dont chaque coup doit être compté en italien, une soirée où des vestales peignent les futures initiées qui doivent se promener à moitié nues parmi les hôtes puis une fois alignées sont tatouées d’un petit signe distinctif sur la cuisse, ou encore de coups de fouet appliqués après l’absorption d’un breuvage qualifié de dionysiaque. Rien de spectaculaire donc, mais l’auteur arrive à donner un parfum d’exotisme latin émoustillant, notamment quand Marc demande à être appelé Eccellenza quand il fesse Alexandra ou lui fait l’amour ; l’écriture n’échappe pas aux clichés – ah l’avalanche d’images pleine d’étoiles, de déferlements, de transports irrépressibles ! – et aux monologues sexuels d'Alex plein d'emphase, de majuscule et de points de suspension, mais reste néanmoins pleine de rondeur et si elle ne provoque pas toujours le trouble attendu, se révèle efficace.

On passera sur le final qui frôle le grotesque – ceux qui se posaient des questions sur l’origine de la Camorra retiendront ou pas un fou-rire nerveux devant l’explication avancée par l’auteur – et la dimension sacrificielle de l’héroïne jusqu’au-boutiste mais quasi-incongrue dans un tel roman. A lire donc essentiellement pour le décor et l’atmosphère des Cultes à Mystères, plus que pour les atermoiements d’Alexandra dite X qui laisse parfois soupirer qu’il serait enfin temps qu’on nous offre des héroïnes qui en ont, au lieu de jeunes filles bien comme il faut qui minaudent dès qu’elles se font offrir voiture et robes de luxe par leur généreux amant…

Traduit de l'anglais par Michelle Cremnitz.

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