7/10Dans la petite maison verte

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 23/02/2010
Notre verdict : 7/10 - La petite maison dans l’Après rit (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 3 réactions

Dans la petite maison verte est un album simple à la fois dans son contenu et dans son principe, mais également évasif et poétique, qui s'adresse exclusivement à une cible très jeune en plein apprentissage des couleurs

Chez les tout petits, l'un des premiers apprentissages s'appuie sur une de leurs sensations les plus riches : l'expérience des couleurs. Progressivement on apprend à discriminer, identifier les diverses teintes de notre environnement, puis tout doucement le jeu consiste à les retrouver, les nommer... et pourquoi pas les marier ou les comparer. Les ouvrages de jeunesse sur ce sujet sont à ce jour légion, à commencer par le très abstrait mais très apprécié Petit-Bleu et Petit-Jaune ou le didactique mais néanmoins très frais Trois souris peintres.

Pour Dans la petite maison verte, notre présent album, l'auteur Marie-France Painset et l'illustratrice Marie Malher se sont inspirées du rythme dodelinant d'une « nursery rhyme »  anglaise pour composer une trame très simple et une structure amusante, doublées d'une belle imagerie à la fois intrigante et inspiratrice. Sous la forme d'un emboîtement ludique à la manière des poupées Russes, dites gigognes, le principe est simple : « dans la petite maison verte, il y a... » une maison brune, puis une jaune, et enfin une blanche, à découvrir les unes dans les autres. Mais outre le concept de couleur, directement visé à travers la lecture de l'album, c'est aussi la découverte de différentes formes de maisons du monde qui interpelle et donne à voyager.

Illustration de Marie Malher
Illustration de Marie Malher
issue de Dans la petite maison verte,
texte de Marie-France Painset
Editions Didier Jeunesse, 2010
Pas forcément révolutionnaire dans le contenu de son texte, Dans la petite maison verte prend toutefois le soin de questionner indirectement le tout jeune lecteur pour l'inviter à tourner le page, de manière simultanée avec l'image qui fourmille de jolis détails et d'une palette de couleurs très soutenue. La répétition est le premier élément accrocheur de cette structure faite de phrases identiques (« Il y a ») qui s'encastrent tout en se suivant. Un travail sobre et plutôt illustratif a été élaboré sur la typographie, qui reprend par analogie le côté géométrique et fermé (en forme de bloc) mais rassurant de la maison, ainsi que le camaïeu de teintes choisi par l'illustratrice. Pour une lecture efficace, la mise en page se contente d'un simple vis-à-vis texte/ illustration, mais comme dit précédemment, la reprise de la couleur dans l'écriture des mots permet de créer un lien et confère à l'ensemble une unité aussi minimaliste qu'élégante. La conclusion plutôt simpliste (mais adaptée) évoque la portée symbolique de l'image de la maison : le cœur palpitant étant l'allégorie la plus conventionnelle pour représenter l'amour, la famille, la chaleur d'un foyer.

Le graphisme de Marie Malher, constitué de collages de textures et tissus, de grattages, frottements, empreintes et autres procédés très plastiques, intègre parfaitement l'album dans le monde de sensations dont il est question (puisqu'il s'agit ici des couleurs). Parfaitement adaptée au public très jeune par ses silhouettes arrondies, ses nuances chaleureuses, des compositions frontales très classiques et facilement lisibles, son illustration rappelle même une influence probable des peintures de Sonia Delaunay (et ses célèbres formes colorées concentriques). L'évocation plastique du cœur palpitant, bien qu'assez littérale, est d'ailleurs intéressante et en parfaite adéquation avec l'idée d'emboîtement. Tout comme les petites créatures de la fin rappellent la forme et le côté « bariolé » des fameuses matriochkas dont elles empruntent le principe. Petits animaux rondouillards, végétations schématiques proches des représentations enfantines, absence volontaire de relief pour une meilleure perception de l'espace... tout est donc bâti sur mesure pour un tout petit. L'univers graphique de Marie Malher se laisse par ailleurs admirer pour son harmonie très heureuse tant au niveau des teintes que des matières (on perçoit parfaitement le geste et les techniques employées, comme l'usage du pastel ou les frottements). Par la richesse graphique qui se dégage, l'album invite instamment le lecteur à la pratique de ce panel foisonnant de procédés. Au-delà de la recherche de la prochaine maison (et couleur) dans chaque illustration, l'ouvrage nous engage également dans des petites histoires visuelles parallèles autour de chaque maison, constituées de personnages, de véhicules, d'anecdotes, qui raviront les petits yeux à l'affût du moindre détail. On remarquera d'ailleurs que la trouvaille de la prochain demeure est souvent fondée sur des analogies subtiles de contours et de couleurs, et demande parfois une certaine concentration, car pas toujours évidente à déceler : une des maisons se dessine par exemple dans le halo d'une lampe.

Dans la petite maison verte est donc un album simple à la fois dans son contenu et dans son principe, qui s'adresse exclusivement à une cible très jeune en plein apprentissage des couleurs. Sans conteste plus évasif et poétique que ses analogues à ce sujet, sa richesse repose essentiellement sur son rythme répétitif facile à retenir, son iconographie minimaliste et douce, et sa jolie palette chromatique.

 

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