7/10La Peste

/ Critique - écrit par Filipe, le 22/02/2004
Notre verdict : 7/10 - La peste soit sur toutes vos maisons (Ecrivez votre critique)

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Les curieux évènements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en 194*, à Oran. De l'avis général, ils n'y étaient pas à leur place, sortant un peu de l'ordinaire. A première vue, Oran est, en effet, une ville ordinaire et rien de plus qu'une préfecture française de la côte algérienne.

Lorsque le docteur Rieux lui fait part de son étonnement suite à la découverte du cadavre d'un rat sur le palier de son modeste appartement, le concierge de son immeuble y voit là l'oeuvre d'un ou d'une bande de mauvais plaisantins qu'il espère bientôt saisir la main dans le sac.

Aux alentours de midi, Rieux accompagne, à reculons, sa femme à la gare : son état de santé doit être analysé par un établissement spécialisé aux abords de la cité. Quelques jours plus tard, la ville apprend que plus de six mille rats ont été ramassés au cours de cette seule et même journée. Beaucoup dénoncent de graves négligences de la part de la municipalité. Cependant, les rues retrouvent très vite leur propreté d'antan et l'on ne déplore plus d'incident de ce genre pendant un certain temps.

Le concierge du docteur Rieux est alors infecté d'un mal mystérieux, qui l'abat sans coup férir. Plusieurs autres cas de nature similaire se déclarent en ville. Le vieux Castel confirme les terribles soupçons de Rieux, à savoir que la totalité de ces nouveaux patients présentent absolument tous les symptômes connus de la peste. Sous l'impulsion de ce dernier, les autorités admettent, dans la douleur, l'apparition en ville d'une sérieuse épidémie et ferment aussitôt ses portes d'entrée, piégeant ainsi l'ensemble de la population intra-muros.

Peste n.f. (lat. pestis). 1. Maladie infectieuse et épidémique, due au bacille de Yersin et transmise du rat à l'homme par l'intermédiaire des puces, pratiquement disparue en Occident. 2.a. Personne ou chose nuisible, néfaste, dangereuse...

D'emblée, la simple mention de sa définition évoque la souffrance et la mort. Albert Camus le devine et ne recule devant aucune extrêmité de langage. Ainsi, il ne contourne pas le moindre détail lors du déploiement de ses descriptions à caractère chirurgical. Le maître d'oeuvre a pu s'inspirer de la véritable épidémie de typhus, qui fit tant des ravages en Algérie au cours des années 1941-42, période au cours de laquelle il entame la rédaction de son livre.

Il vient toujours une heure où l'on se lasse des prisons, du travail et du courage pour réclamer le visage d'un être et le coeur émerveillé de la tendresse.

L'intérêt de cet ouvrage, entrepris par Albert, complété par Camus, réside cependant dans son traitement des thèmes de la séparation et de l'enfermement, provoqués par la maladie. Ceux-ci se traduisent par le fait qu'il n'y a que des hommes seuls dans le roman, si l'on néglige la présence de la mère de Rieux, qui ne se prononce en aucun cas. Pourtant, malgré ce manque évident d'affection primaire, l'amour est omniprésent, à travers les espoirs de chacun. Il y est opposé à l'exil et à la séparation, à travers toutes formes d'illusions nocturnes et de correspondances assidues : tu es si loin, là-bas... / Je reste ici, malgré moi / Nous ne sommes pas l'un près de l'autre / Pourquoi ? Blablabla...

Ce qu'on apprend au milieu des fléaux, [c'est] qu'il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser.

Face à l'adversité, Camus développe un panel de réactions humaines, qui n'est pas sans évoquer le contexte historique de l'oeuvre elle-même, achevée d'imprimer courant 1947 : l'abandon, l'acceptation de la défaite, la foi en un Dieu omniscient, la dignité, la révolte, la solidarité. Il faut y voir une certaine allégorie du nazisme, toutefois dépourvue de la moindre analyse géopolitique concrète. Dès lors, l'oeuvre acquiert une portée abstraite et universelle, susceptible d'être interprétée sous plusieurs angles, ce qui justifie souvent son étude partielle ou complète à l'école. Contrairement aux apparences, la Peste est une leçon de vie exemplaire, qui se consacre à l'essentiel de son sujet sans jamais tergiverser au-delà de simples postulats, ayant trait à toutes les formes d'Amour possibles et inimaginables.

Il y a sur cette terre des fléaux et des victimes, et il faut, autant qu'il est possible, refuser d'être avec le fléau.

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