6.5/10Patience mon ange

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 16/02/2009
Notre verdict : 6.5/10 - Rush hour* (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - laisser un commentaire

Qui a dit que les embouteillages étaient ennuyeux ? Lorsqu'on a une maman à l'imagination fertile, comme le temps passe vite et que la balade est belle !

Après la diversion créée par un jeune voyageur pour le métro, dans l'album De la terre au soleil, ici c'est une grande personne - sous-entendu celle qui a théoriquement désespérément un pied dans la réalité - qui décide de créer une diversion à son petit bonhomme, pour un trajet en voiture qui s'éternise.

Le voyage en voiture... ou le long et sinueux chemin de croix pout tout enfant qui se respecte. Pas étonnant que les recueils de jeux ou de chansons pour la voiture se vendent comme des petits pains. La destination, qu'elle soit proche ou lointaine, s'apparente souvent pour les yeux enfantins à un bout du tunnel quasi-imperceptible, surtout lorsque l'enfant n'a pas de notion concrète du temps. S'ajoutent à cela toutes les contraintes qui rendent vite la croisière imbuvable : il fait trop chaud, trop froid, les fantômes de la claustrophobie rôdent, les petits muscles bloqués par l'immobilité forcée se rouillent. Mieux vaut donc penser à autre chose.

Dans cette optique, Claude Helft et Allegra Agliardi se sont attelées, à travers une histoire simple retraçant un banal trajet en voiture, à recenser d'une certaine manière les malicieuses combines de Maman, visant à divertir - et à faire diversion - son enfant dans ces moments-là. Regarder le paysage, ses arbres, ses fleurs et ses animaux ; faire des jeux où l'on transposerait son espace dans un ailleurs moins ordinaire ; imaginer que la voiture devient une machine moins conventionnelle, avec de grandes ailes de libellule par exemple ; chanter des petits airs dépaysants ; ou encore se projeter dans l'avenir proche, et évoquer tout ce que l'on fera et verra une fois arrivés à destination, comme observer les lucioles qui la nuit se confondent avec les étoiles.

Le texte de Claude Helft, très abordable de par sa narration sur le ton de la conversation entre la mère et l'enfant, est formulé sans trop d'artifices. Il se nourrit particulièrement ici de la matière que lui offre l'image, beaucoup plus fournie en anecdotes. Mais il conviendra parfaitement à un très jeune enfant qui se reconnaîtra dans cette situation et dans les tournures de phrases très accessibles.

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Illustration d'Allegra Agliardi
Di­dier Jeu­nesse, Paris, 2009
L'illustratrice Allegra Agliardi, dans un univers à dominante chromatique vive, suggère des situations d'extérieur dynamiques, à l'opposé de la réalité pénible de la voiture. Dans sa technique de dessin et de colorisation enfantine - avec traits de feutres et de pastel apparents, ses agencements d'éléments sans réelle perspective et volontairement dénués de profondeur, elle rappelle ostensiblement les meilleures heures de l'Art Naïf. Le Douanier Rousseau n'est jamais très loin des petites touches de peinture apposés minutieusement sur la végétation, des petites maisons aux couleurs chaudes adossées hardiment à flan de colline, des oiseaux dessinés de manière presque instinctive et pourtant très vivants. Paradoxalement, le graphisme des visages du petit garçon et de sa maman est plutôt ciselé, tracé finement au crayon de papier et monochrome, et crée un contraste intéressant avec la colorisation opaque et chamarrée des décors. Les compositions de pages sont agréablement diversifiées, optant pour les changements d'échelle et de point de vue, créant d'une page à l'autre une énergie cohérente avec l'idée de dépaysement total.

Dans les mains des parents, Patience mon ange ressemble plutôt, à travers sa retranscription textuelle de la situation, à une liste récapitulative d'idées pour les parents désarmés devant l'impatience de leur progéniture. Mais une fois dans les mains des enfants, il sera aisément source d'évasion, par son foisonnement de détails visuels, ses couleurs et ses accents enfantins dans le graphisme. Peut-être que votre enfant s'en inspirera et viendra lui aussi compléter la liste, dans un long moment de désœuvrement en voiture. C'est tout ce qu'on lui souhaite.

 

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* Pour les esprits curieux qui s'interrogent sur le sous-titre de la note, Rush Hour n'est pas uniquement un film avec Jackie Chan et Chris Tucker, mais c'est aussi un jeu de société très sympathique consistant à débloquer des embouteillages de petites voitures. Encore une idée pour vos longs trajets ! 

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