9.5/10Oscar et la dame rose

/ Critique - écrit par Danorah, le 25/04/2006
Notre verdict : 9.5/10 - Ineffable (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 45 réactions

Un petit roman tendre et bouleversant, à l'issue duquel il est difficile de ne pas se laisser submerger par l'émotion.

Cher Dieu, je m'appelle Oscar, j'ai dix ans, j'ai foutu le feu au chat, au chien, à la maison (je crois même que j'ai grillé les poissons rouges) et c'est la première lettre que je t'envoie parce que jusqu'ici, à cause de mes études, j'avais pas le temps. Je te préviens tout de suite : j'ai horreur d'écrire. Faut vraiment que je sois obligé. Parce qu'écrire c'est guirlande, pompon, risette, ruban, et cetera. Ecrire, c'est rien qu'un mensonge qui enjolive. Un truc d'adultes.

Voici Oscar, petit garçon d'une dizaine d'années condamné à plus ou moins longue échéance par un cancer qui résiste à tous les traitements et qui le retient à l'hôpital. Et voilà Mamie-Rose, ancienne catcheuse (celle que l'on surnommait l'Etrangleuse du Languedoc, oui, c'est bien elle !) qui vient tenir compagnie aux enfant à l'hôpital, et qui va occuper une place croissante dans la vie du petit Oscar. Sur les conseils de Mamie-Rose, Oscar s'est mis à écrire des lettres à Dieu.

Lorsque Oscar apprend que sa vie touche à sa fin, c'est encore Mamie-Rose qui trouve une solution. Oh, il ne s'agit pas de résurrection ou de guérison miraculeuse, non. A partir d'aujourd'hui, tu observeras chaque jour en te disant que ce jour compte pour dix ans. La voilà, la solution de Mamie-Rose. Oscar va donc vivre en douze jours une vie entière, remplie d'émotions, de réflexions et d'amour. Pourtant, tout ne va pas si bien que ça dans l'entourage d'Oscar : ses parents tout d'abord, qui ne savent pas comment se comporter avec lui depuis qu'ils savent sa mort imminente ; ses amours, ensuite, histoire tumultueuse qui l'unit finalement à Peggy Blue, l'enfant bleue, qui souffre d'un problème de circulation sanguine ; et pour finir, Dieu, qui malgré les demandes répétées de l'enfant, tarde à se manifester. Parce que voilà, Oscar écrit à Dieu mais sans grande conviction - du moins au début. Alors Oscar pose des questions à Mamie-Rose. Après tout, une catcheuse n'est pas du genre à se laisser entourlouper par des histoires à dormir debout. Et elle a l'air d'y croire fermement en Dieu, Mamie-Rose. Bref, il y a là de quoi se poser des questions et mener une vie bien remplie.

Une vie cocasse, racontée avec poésie et un franc-parler irrésistible. Oscar n'hésite pas à dire ce qu'il pense, à bousculer les adultes qui s'occupent de lui, à faire éclater le silence qui s'installe autour de l'évocation de sa mort, que seule Mamie-Rose semble avoir le courage d'affronter avec lui. Rempli d'anecdotes cocasses et tendres, plein d'humour, le récit se lit avec avidité et gourmandise. Le langage coloré de Mamie-Rose et l'intelligence d'Oscar (parfois bien plus lucide et clairvoyant que ne le sont les adultes de son entourage), mêlant un langage enfantin et des réflexions pleines de maturité, empêchent le récit de sombrer dans le pathos. Jamais les personnages ne s'apitoient sur leur sort, jamais le ton n'est larmoyant, au contraire. Toute la force du livre réside dans cette capacité des deux personnages principaux à parler de la mort sans tabous et à l'affronter, l'une apprenant à l'autre à ne pas la craindre. La religion est omniprésente, mais elle est traitée de manière originale, non dogmatique et ne tombe jamais dans un discours moraliste ou convenu.

C'est avec une virtuosité extraordinaire qu'Eric-Emmanuel Schmitt brosse des personnages attachants, cocasses, et surtout, attendrissants. On ne peut que succomber face à la franchise enfantine et pourtant tellement juste d'Oscar, à la sagesse et au courage dont fait preuve Mamie-Rose, de même que l'on ne restera pas insensible au désespoir des parents, ni aux divers personnages qui peuplent le récit plus ou moins épisodiquement. La mort d'Oscar, que l'on sait inévitable, qui se prépare doucement et que Schmitt amène avec beaucoup de tact, tombe néanmoins comme un couperet et l'on ne peut retenir ses larmes. Pas des larmes d'amertume et de tristesse, des larmes d'émotion, d'abandon. Bouleversant.

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