7/10Onze minutes

/ Critique - écrit par Kei, le 01/05/2007
Notre verdict : 7/10 - Maria, maria... (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 3 réactions

Paulo Coelho, c'est avant tout un livre, l'Alchimiste, vendu à plus de 11 millions d'exemplaires sans jamais avoir défrayé la chronique. C'est aussi 13 livres, tous des succès, et un lectorat très assidu. Onze minutes (son neuvième roman ) ne s'inscrit pourtant pas dans la continuité de l'oeuvre de l'auteur. Annoncé comme radicalement différent par Coelho lui même, qui précise même que ce volume risque de choquer son lectorat régulier. Certes, ce roman est plus glauque, plus sombre, très loin des thèmes habituellement abordés par l'auteur, mais il ne diverge pas tant sur le plan de la forme.

Dans ce (court) roman, on suit de nouveau les pas d'une jeune idéaliste. Une jeune brésilienne, désireuse de sortir d'une vie qu'elle trouve terriblement quelconque. Une jeune brésilienne consciente de sa beauté et de ce qu'elle peut lui faire obtenir. Une jeune brésilienne frustrée par des possibles histoires d'amour, figée dans ses souvenirs d'enfance, qui ne trouve aucun plaisir dans les bras d'un homme. Alors quand lors de son premier voyage hors de son village elle rencontre un riche Suisse qui lui propose un travail de danseuse dans son cabaret, elle accepte. D'autant plus qu'elle est payée une fortune : 500€€ par mois. Mais elle déchante vite, se fait virer de son travail, et devient prostituée de luxe par choix.

Prostituée, le mot est lâché. La misère humaine, on la connaît, elle est décrite dans des centaines et des centaines de romans. Mais la prostitution, c'est tout autre chose. Le sujet est sensible. Comment parler de ces femmes et de ces hommes sans les victimiser ? Tout simplement en s'appesantissant sur le fait que l'héroïne à choisi délibérément ce métier. Lors des premiers chapitre, une longue partie nous explique en long, en large et en travers que Maria aurait pu choisir de traîner dans la rue, de faire la manche, de devenir femme de ménage, ou tout autre métier. Elle dispose d'un permis de travail. Elle a suffisamment de fonds pour pouvoir se lancer dans une recherche d'emploi active. Mais elle opte pour une autre solution.

A partir de ce point, le roman est simple et agréable. Le sujet est certes assez peu commun, mais le style de Coelho, simple, direct, léger, fait des merveilles. Le thème central a beau être le sexe et les perversions de l'hommes, le ton du roman reste étonnamment léger. On parle sans gène, sans tabou, mais sans grossièreté, et sans tomber dans la facilité qui consiste à prendre du recul et de commencer à s'exprimer avec le vocabulaire médical. L'héroïne est très détachée vis-à-vis de ce qui lui arrive, mais elle considère toujours l'acte comme important, pas comme une banalité ou une formalité. L'expression la plus criante de ce fait se trouve sans doute dans son comportement avec son premier client. Elle ne tente même pas de simuler un quelconque plaisir, et file à la douche dès que celui-ci a fini de "lâcher du lest".

On lit donc ce roman avec un plaisir certain, et il serait dommage de le bouder. Mais il serait malhonnête de dire que ce livre est un bon roman. Il se lit bien, certes, mais sa dernière partie fait revenir tous les thèmes chers à Coelho. On retrouve la Légende Personnelle, on retrouve ce ton naïf, on retrouve cette couche de "philosophie" (de bon sens surtout) qui ont fait le succès de ses précédents romans. Et ce livre, qui était sombre, léger mais plein de substance semble très vain. La fin est prévisible, l'histoire d'amour qui vient se greffer la dessus un peu grosse et le cheminement intellectuel de l'héroïne dans cette relation digne d'un soap opera quelconque. Ceux qui ont aimé l'Alchimiste, ou le Manuel du Guerrier de la Lumière seront aux anges, les autres seront déçus par cette fin trop simple, trop superficielle par rapport à ce qu'elle aurait pu être. Le fait que l'histoire soit basée sur un manuscrit d'une ex-prostituée, qui a été refusé par tous les éditeurs, ne change rien à l'affaire. Cette petite étiquette "tirée d'une histoire vraie" n'apporte que peu de crédit à l'histoire, trop édulcorée sur le plan sentimental et intellectuel, mais terriblement vraie sur le plan matériel.

Onze minute est un roman qui pourra plaire à beaucoup, et qui en enchantera encore plus. Il a de quoi réconcilier les lecteurs fâchés avec l'auteur, mais ses similitudes avec le reste de l'oeuvre de Coelho n'en font pas le renouveau annoncé.

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