7.5/10L'Ombre de l'oiseau-lyre

/ Critique - écrit par Danorah, le 09/07/2006
Notre verdict : 7.5/10 - Envoûtant (Ecrivez votre critique)

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Un roman initiatique haut en couleurs, rocambolesque et merveilleux.

Venu tout droit d'Espagne, voici un roman atypique qui ne devrait pas laisser indifférent. L'ombre de l'oiseau-lyre possède en effet ce petit quelque chose qui, même longtemps après avoir tourné la dernière page, continue de faire son chemin dans la pensée du lecteur. Œuvre complexe et aux multiples facettes, ce roman navigant aux frontières entre fantastique, science fiction, merveilleux et contes de fées a de quoi dérouter et faire rêver.

Adénar est un jeune homme qui vit sur la planète Glabris, endroit merveilleux où l'on se déplace sur des tapis volants, et où règne l'Instant Eternel. Ici, le temps n'existe pas. Les habitants de cette planète ont élevé au rang d'art la maîtrise de la mémoire, de sorte qu'ils peuvent pénétrer dans celle-ci afin d'y consigner tous leurs souvenirs. Pourtant, dans ce lieu idyllique, Adénar, prince d'Amaule, fils du roi Léopold et de la reine Margolis... Adénar, donc, s'ennuie. Pire encore, d'étranges insectes ont envahi sa mémoire, l'empêchant ainsi d'accéder à celle-ci. Le roi son père fait alors appel à une communauté de mages vivant à l'écart de la population, mages qui révèleront à Adénar la nature de la maladie dont il souffre : Adénar a perdu son âme, et doit absolument la retrouver. Pour cela, il devra se rendre sur la planète Ardis, le « lieu des âmes », la « planète des songes ». Une vaste entreprise qui le mènera sur Démonia. C'est sur cette planète semblable à la Terre que débute réellement son aventure : un monde où chaque action, chaque parole, est contrôlée à l'insu de tous par d'étranges insectes logés dans de petites boites de houx.

« N'oublie pas qui tu es. » Voilà l'étrange conseil que le roi Léopold soumet à son fils à l'heure de son départ de la planète Glabris. Car la raison d'Adénar sera mise à rude épreuve au cours de son épopée : les figures énigmatiques se succèdent, à l'image d'Yldat, le grand oiseau rouge qui semble avoir pris Adénar sous sa protection, ou encore de Margolis, la reine humaine devenue dragon et disparue sans la moindre raison... De fait, les éléments fantastiques ou merveilleux les plus divers ont été joyeusement disséminés dans un récit bariolé et haut en couleurs. Dans L'ombre de l'oiseau-lyre, Andrés Ibáñes a créé un univers unique, mais multiple, puisque brassant toutes sortes d'influences et de références... Et ce parfois au détriment de la cohérence et de la profondeur du récit.

Si L'ombre de l'oiseau-lyre se révèle fort agréable à lire, le fond du propos demeure souvent assez peu intelligible. De fait, les réflexions de l'auteur sont métaphorisées à tel point que l'on n'en saisit plus réellement l'essence. Ainsi, de nombreux éléments, qui ne servent aucunement l'intrigue et semblent n'avoir qu'une portée symbolique assez peu compréhensible, laissent le lecteur sur sa faim. Du reste, le style de l'auteur, très imagé et alambiqué, nécessite quelques chapitres d'acclimatation avant de se sentir réellement à l'aise.

Doté d'une intertextualité foisonnante et jubilatoire, L'ombre de l'oiseau-lyre fait partie de ces romans aux multiples niveaux de lecture : si l'on se passionnera immédiatement pour l'histoire rocambolesque du sympathique Adénar, il faudra une toute autre volonté (et quelques relectures attentives) pour saisir tous les détails et la profondeur du récit. Néanmoins, on ne pourra que saluer une écriture soignée et élégante (à l'image de la très agréable et lisible édition du Diable Vauvert) ainsi qu'une imagination fertile qui ne manquera pas de transporter le lecteur dans le monde merveilleux du prince Adénar.

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