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4.5/10Une nuit fanatique - Guillaume Perrotte

/ Critique - écrit par C.Saffy, le 13/05/2013
Notre verdict : 4.5/10 - Fan à tics. (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - laisser un commentaire

Puisque beaucoup de monde risque de lire trop vite, il s’agit bien ici d’une nuit « fanatique » et non pas « fantastique ». Ce qui pour un roman érotique, aurait en plus eu le mérite de concourir à l’aise pour celui du titre le plus éculé. Rien de tout cela ici, car le nouveau roman de Guillaume Perrotte est présenté comme un thriller érotique, un vrai petit pari qui amène à s’interroger sur la notion même du genre. Au cinéma, ça sera au choix du sexe mêlé de sang, dans la grande tradition de Basic Instinct soit un érotisme qui sert le suspens lui-même ; c’est dont parlait Jean-Claude Brisseau pour Choses secrètes, où le déroulé des scènes de sexe répondent à une logique de suspens : que va-il se passer si l’un des personnages ose plus que les autres ? Quelle dynamique cela va-il recomposer ?

Dans Une nuit fanatique, Guillaume Perrotte veut jouer à la fois avec les codes de l’autofiction tendance Lunar Park (Bret Easton Ellis) et le thème du huis-clos érotique et angoissant à la fois. Nous avons donc Guillaume Perrotte dans son propre rôle, qui commence le roman au cours de l’annuelle grand-messe livresque de Brive. Alors qu’il signe mollement quelques-uns de ces derniers ouvrages avec Frank Spengler – son propre éditeur donc – dans son dos, Guillaume est accosté par une jeune lectrice rougissante et tout essoufflée d’avoir couru pour lui faire signer son livre. Elle a trente ans, elle est fraiche, jolie, blonde, a piqué son nom à celui d’une chanteuse de néo-punk californien, et elle est si triste d’apprendre que son auteur préféré signera désormais uniquement des thrillers purs et durs et plus de romans érotiques. Pour se consoler, elle l’invite à boire un verre. Guillaume, ravi de quitter le hall étouffant des dédicaces au bras d’une si jolie lectrice ne sait pas encore que quelques heures plus tard il va se réveiller attaché au lit dans la maison de campagne de ses parents. Pour survivre, il doit écrire ou plutôt lui dicter un nouveau roman érotique torride.

Si la référence à Stephen King n’était déjà pas assez visible et archi-connue, Guillaume Perrotte croit bon de nous rappeler à la page 18 l’analogie avec Misery, au risque de prendre ses lecteurs pour des incultes et dieu sait que le lecteur peut avoir un sacré orgueil sur ce genre de choses. Impossible d’échapper aussi à l’aspect mégalo du bouquin où l'auteur en rajoute sur lui-même et où il en profite pour passer la brosse à reluire à son éditeur – difficile de savoir si c’est du second degré tellement ça ressemble à du premier. On peut finalement passer sur tous ces détails si le pacte avec le lecteur n’était pas rompu dès le départ, à savoir que pas un seul moment on ne peut trembler pour la vie de Guillaume Perrotte, ou de son avatar romanesque dans Une nuit fanatique. Et de là, c’est fichu, comment rattraper le lecteur alors qu'il ne vous prend plus au sérieux ? Car cette Aurore Lavigne est bien trop bonnasse, pas assez tarée et reste plutôt mignonne par rapport aux trésors de perversité qu’on pourrait imaginer être déployés dans ce genre de configuration. N’oublions pas que si elle kidnappe l’auteur c’est avant tout pour lui écrire le plus fou de ses livres érotiques. Pour lui donner l’inspiration, elle se perche au-dessus de lui pour un cunnilingus désaltérant (la douche dorée était sans doute un palier trop hard), lui propose au débotté une virée en boite libertine, surveille son érection d’un air goguenard pendant que l’auteur l’insulte copieusement à part lui, tout en se soumettant à elle. Quant au texte dicté à la jeune femme, il est de si piètre qualité qu’on se demande comment elle ne lui en colle pas une pour lui faire passer l’envie d’être médiocre.

Le plus rageant est que Guillaume Perrotte, tenait un bon, un excellent sujet de roman. Car en vérité, qui sont les lecteurs de romans érotiques ? Des quinqua seuls et libidineux, de jeunes trentenaires qui achètent GQ, des jeunes femmes délurées ou des mamans au foyer qui s’ennuient ? Et les auteurs de romans érotiques, sont-ils des auteurs comme les autres ou ont-ils une vie intime aussi débridée que celles de leurs personnages ? La vérité peut-elle décevoir leurs lecteurs ? Il y avait de quoi tirer une très belle autofiction, sans doute même un pendant masculin aux tendres et drôles Souvenirs lamentables de Françoise Rey, qui pour le coup explore cette voie avec un réel bonheur. La brièveté du texte assez logique pour un huis-clos tourne à la facilité, facilité aussi également du choix de la groupie et des « tortures » dont le pinacle sera quelques poils de cuisse un peu roussis à la flamme de bougie et des menaces d’émasculation au cutter qui n’arrachent pas le moindre frisson d’horreur.

 A trop hésiter entre les deux genres, Guillaume Perrotte n'en a choisi aucun et n'a voulu aller au bout d'aucun des deux. On termine cette Nuit fanatique le cul entre deux chaises, déçu par le ratage qui en résulte.

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