8/10Nous, les hommes !

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 15/09/2010
Notre verdict : 8/10 - La revanche des hommelettes (Ecrivez votre critique)

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Toujours fidèle à ses petites sculptures de fil de fer et son ingénieux instinct de recyclage, Christian Voltz infuse dans une petite histoire amusante un message d'égalité et de répartition entre les deux sexes.

La révolution de la Femme a eu lieu, nous en voyons certains fruits aujourd'hui, bien qu'il reste encore du chemin à parcourir. Mais au quotidien, est-ce vraiment une évidence dans la majorité des foyers ? Pas question de verser dans le féminisme extrême dans Nous, les hommes ! D'ailleurs c'est bien un homme qui est à l'origine de cet album, et le propos y gagne justement en force et en sincérité. Il n'y est question que d'égalité et de partage des tâches tout naturels, pour que chacun économise son énergie et puisse profiter de ses passions en toute tranquillité. Et l'auteur/ illustrateur Christian Voltz (Rira bien qui rira le dernier !, C'est pas ma faute !) sait encore une fois user de son humour léger et de son univers graphique reconnaissable entre mille pour faire passer le message sans qu'on y voit une énième leçon de morale sur le sujet.

Illustration de Christian Voltz
Illustration de Christian Voltz
issue de Nous, les hommes !
Le Rouergue, 2010
Quatre pères de famille tout ce qu'il y a de plus commun partagent un moment d'euphorie devant un bon match de foot. Suite à un score plus que réjouissant, l'un d'eux propose de fêter ça ensemble au bistrot du coin. Mais c'est sans compter le sens des responsabilités des trois autres : le ménage, les courses, la lessive les attendent, et pas question de laisser ça à leur dulcinée, aujourd'hui c'est leur tour. Devant ce contre-sens visiblement inacceptable, le premier bonhomme les traite de femmelettes. Mais une fois rentré chez lui, ce dernier se retrouve face à une fatalité : c'est le jour de sortie entre copines de sa compagne, et elle ne changera pas de programme : il va donc falloir faire face lui aussi aux tâches ménagères et s'occuper du petit. Mais est-ce que cette situation est forcément vouée à rester une corvée ? Pas si sûr finalement.

D'accord, l'histoire démarre sur un cliché : un homme, ostensiblement macho, qui aime passionnément le foot et faire la fête avec ses copains, mais relègue toute tâche avilissante de la maison à son homologue féminin. Mais comme Christian Voltz sait si bien le faire, le personnage stéréotypé est tourné en dérision voire en ridicule dès les premières pages. Une des dernières double-pages présente également une saynète truculente (que je vous laisse le soin de découvrir) entre père et fils, remettant en place avec humour l'excès de testostérone de ce patriarche si sûr de lui. On nous le rend ainsi vite attachant, en quelques scènes amusantes et tendres qui se retournent contre lui et ses préjugés. Et dans sa représentation de l'homme et de la femme, l'auteur reste au plus proche de son propos : ils sont dotés d'un caractère égal et bien trempé. Présenté sous forme de séquences rehaussées de dialogues qui rappellent le découpage de la bande dessiné, le récit sait être vivant et riche en rebondissements. Le message sur la répartition naturelle des tâches est ainsi transmis au jeune lecteur comme n'étant finalement pas synonyme de contrainte, mais au contraire comme source de plaisir ou de jeu. La chute attendrissante nous le prouve justement avec bonheur.

Illustration de Christian Voltz
Illustration de Christian Voltz
issue de Nous, les hommes !
Le Rouergue, 2010
Pour ceux qui connaissent l'œuvre de Christian Voltz, pas vraiment de surprise ici. Cependant, difficile de nier l'efficacité et l'humour que dégagent ses illustrations, et la personnalité unique de son univers si marqué. Même sans réelle nouveauté, la redécouverte est chaque fois un ravissement pour les yeux. Mélange de bas reliefs et petites maquettes composés de matériaux de récupération, de fil de fer et de tissus, le graphisme rappelle pourtant parfaitement celui d'une illustration « dessinée ». Dans cet album, l'illustrateur insère d'ailleurs quelques « vrais » dessins au trait dans ses compositions, créant une rupture de ton entre la réalité des personnages et leurs pensées (la liste des tâches à accomplir). Corps des personnages rondouillards et petites postures cocasses, décors faisant côtoyer morceaux de tôle, papiers peints anciens et boulons, tout ce bric à brac contribue à créer une atmosphère chaleureuse, teintée d'ironie et d'anecdotes rigolotes (les petits animaux en arrière-plan). En fouillant bien chaque image, il est certain qu'une ou deux trouvailles graphiques viendront réveiller nos pulsions bricoleuses et donnera l'envie de se construire nous aussi un petit univers attachant à moindre frais.

Toujours fidèle à ses petites sculptures de fil de fer et son ingénieux instinct de recyclage, Christian Voltz infuse dans une petite histoire amusante un message d'égalité et de répartition entre les deux sexes, et espère ainsi imprégner le tout jeune lecteur d'idées qui ne coulent pas forcément de source, encore aujourd'hui. L'occasion également de montrer une jolie relation de complicité entre père et fils, et d'associer deux concepts qui généralement ne font pas bon ménage : obligations et plaisir. A propos de ménage : il reste encore un peu de poussière, derrière la commode. Au boulot, messieurs !

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