Une fois de plus, Paris est en proie à la terreur. Des menaces de mort fleurissent, en direction du célèbre romancier Daniel Brun, popularisé par le succès de son ouvrage, Le Livre Dont On ne Dit Plus Le Titre. C'est une nouvelle mission pour le commissaire Guillaume Suitaume qui a deux jours pour retrouver celui que se fait appeler l'Horloger, date à laquelle l'écrivain posera pied sur le Vieux Continent !
Il revient, une fois de plus ! Le trublion du Léopard Masqué, l'homme aux mille jeux de mots, le pourfendeur de la grisaille : Gordon Zola. Nous avions croisé sa plume enlevée et fait connaissance de ses héros, le commissaire Guillaume Suitaume et la sculpturale Purdey Prune, à l'occasion des Suppôts de Sitoire, sombre polar satirique, qui entre deux calembours foireux embarquait son lecteur sur les traces d'un Serial Killer. Son successeur, attendu au tournant, ne s'en mangea pas moins de le platane de la facilité. Non que cette Fausse Celtique était creuse, mais notre ami Zola s'illustrait par une fâcheuse tendance à tourner en rond. Pas échaudé, le revoilà, plus fringuant que jamais, prêt à faire la nique à l'Oncle Sam. L'arme absolue ? La parodie, la satire, la dérision, le détournement. A bien y réfléchir, c'était ce que Gordon Zola avait de plus intelligent à faire pour ne pas refourguer une aventure suitaumesque aussi frelatée que la précédente. Nom de Code : le Dada de Vinci, et ça va faire mal.
Pas besoin d'être un énarque pour deviner que Nom de Code : Le Dada de Vinci tire sa raison d'être du Da Vinci Code, succès littéraire en fort soupçon s'être usurpé. Et le fait de suivre un semblant de trame imposée permet de faire ressortir tout le sel de l'écriture de Gordon Zola. Toujours poursuivant son travail de mise en abîme du genre et de l'écriture -l'auteur nous a habitués à ses petites apartés expliquant non sans humour son cheminement-, Gordon Zola s'attache à partir dans les grands clichés du polar pour un résultat maîtrisé. Semblant se prendre totalement au jeu, l'écrivain oublie ses tendances à l'instant gag pour se consacrer à son histoire qu'il agrémente comme de juste de situations burlesques et de blagues plus ou moins fines. L'écriture s'en ressent également ; terminées les lourdes phrases sans sujet qui plombaient La Fausse Celtique. Gordon Zola retrouve la plume qui enchanta tant, et prouve à nouveau son talent incontestable. Nom de Code : Le Dada de Vinci étonne également par sa rupture de ton par rapport à ses prédécesseurs. Non que ce roman soit funèbre, mais il sonne plus grinçant. Gordon Zola nous avait jusqu'alors habitué à des choses bien légères et ses quelques piques ne faisaient pas particulièrement mal. Ici, il va volontiers au charbon, prêt à tout pour en découdre avec le Da Vinci Code et Dan Brown -ne se gênant pas pour faire comprendre qu'ils ne valent pas un clou- mais aussi avec ses confrères. En témoigne une scène de repas, conviant une poignée d'écrivains aux noms à peine camouflés -Marc Pont Levy, Catherine Tango...-, repas qui vire à la foire d'empoigne. Passage irrésistible mais plein d'un cynisme railleur qui fait mouche. Ces quelques pages n'ont plus rien de l'humour gaillard et bon enfant de Gordon Zola, mais au contraire dénotent une volonté de caricature voir de pamphlet. On pourra trouver le procédé prétentieux, ça n'en reste pas moins amusant et bien enlevé.
Mais qu'on ne s'y méprenne pas, Nom de Code : le Dada de Vinci sorti de cela n'est pas un roman à double lecture, mais bien un vrai polar humoristique. Détournant quelque peu le Da Vinci Code et les codes tout court du polar, l'auteur nous livre ici un roman assez cocasse, riche en personnages attachants et à l'intrigue fouillée et développée, qui n'oublie pas une certaine véracité historique. Il y a ainsi une théorie assez sérieuse dévoilant l'origine de la Joconde que Gordon Zola ne manque pas de reprendre à sa sauce. En cela, ce nouveau roman se dote d'une dimension bien plus sérieuse qu'a l'accoutumée, gagnant en force ce qu'il perd en humour.
Avec Nom de Code : Le Dada de Vinci, Gordon Zola prouve qu'il est avant tout un électron libre qui nécessite d'être canalisé pour fonctionner à son maximum. Engoncé dans sa ligne directrice, tout à la fois roman original, parodie et réflexion, l'auteur donne le meilleur de lui-même et fait oublier une Fausse Celtique bien moins enthousiasmante. Si ce n'est toujours pas avec ce roman que Gordon Zola sera en tête de gondole, il y a de forte chance pour qu'au fur et à mesure, l'auteur devienne un de ces poils à gratter, toujours prêt à se hisser en rempart contre l'académisme sérieux des auteurs de best-sellers.
Lestat []

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