6.5/10Les Noctivores

/ Critique - écrit par Kei, le 13/01/2007
Notre verdict : 6.5/10 - Il est peut-être temps d'en finir avec la violence (Ecrivez votre critique)

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Après la claque qu'a été Chromozone, c'est peu dire que l'on attendait beaucoup (ou plutôt que j'attendais beaucoup, mais une critique se voulant un tant soit peu correcte ne laisse pas la place au "je") de ce deuxième volet du triptyque du virus. Stéphane Beauverger avait réussi la prouesse de créer un monde complet et complexe, prenant place chez nous, dans des villes connues, faisant sans cesse appel aux références du lecteur. Le tout fait dans un style grandiloquent seyant à merveille au récit. Mais puisque le cadre était posé, les personnages connus, les jeux d'influences exposés, on était en droit de se demander de quoi ce second tome serait fait. L'auteur élude soigneusement la question en nous présentant la suite directe et logique du premier volume et en changeant radicalement de style.

Souvenez-vous, Chromozone se terminait par un baroud d'honneur, dans lequel Teitomo laissait sa vie. Il mourrait sur l'île d'Ouessant, loin de Marseille où Khaleel règne maintenant en maître, et loin de Peter qui semble être prisonnier de sa folie ainsi que du virus. Les Noctivores reprend l'histoire 8 années plus tard. Tout le monde ou presque à eu droit à sa dose du chromozone, tout le monde ou presque a eu droit à son petit quart d'heure d'ultraviolence aveugle, et tout le monde ou presque est tombé dans la sphère d'influence de Peter ou de Khaleel. Le génie visionnaire a abandonné son anti-virus au despote marseillais, pour se tourner vers une évolution de l'humain exaltante mais pernicieuse. Ouessant semble être un îlot isolé dans ces jeux de forces, jusqu'à ce qu'intervienne Cendre, simple gosse endoctriné par les fous de Dieu chez lesquels il a grandi, capable de tuer instantanément les porteurs du virus. Capturé apparemment par erreur par Justine et Gemini, celui-ci est au centre d'une série d'événements dont l'ampleur semble bien disproportionnée.

Le premier tome du triptyque du virus avait marqué aussi bien par son scénario que par son style. Les aventures des différends personnages s'entrelaçaient de manière anarchique, du moins en apparence, pour toutes se rejoindre dans un final grandiloquent. L'auteur nous abreuvait de phrases à l'emporte pièce gavées d'adjectifs et d'adverbes. Les histoires pouvaient se différencier grâce à la seule variation de ces qualificatifs. Le lecteur en prenait plein les yeux, il était bousculé par le récit, dépassé par l'intrigue, toujours en train de courir après le scénario, qui lui échappait jusqu'à la scène finale. Ce deuxième change radicalement la donne. La narration se fait plus classique, plus disciplinée, mais perd en intensité. On pourrait voir dans cette phrase un reproche, mais il n'en est rien. Le choix qu'à fait l'auteur est tout à fait justifié, et il l'a déjà défendu ici et là. L'histoire ne pouvait pas continuer sur le rythme du premier volume. Le chaos engendré par le chromozone se tasse, les hommes se réorganisent, et les tyrans d'hier ne sont plus. Même sur Ouessant qui semblait être un bastion de la barbarie naturelle (non causée par le virus), les choses changent. Les Keltiks sont toujours des brutes avinées, mais ils sont maîtrisés, dominés par le gouvernement mis en place par les rescapé de la maison-tortue. Le style de l'auteur ne fait finalement que refléter ce nouveau climat. On perd hélas avec ce changement ce qui faisait en grande partie la force du premier tome. N'allez pourtant pas croire que Stéphane Beauverger a perdu de sa verve ! Il nous le prouve royalement dans la scène finale, totalement explosive. Mais le reste du roman déçoit, par rapport au volume précédent.

Mais s'il déçoit, c'est en partie parce que les thèmes qu'il aborde sont radicalement différents. Alors que le premier volume était une critique virulente (et violente) du sectarisme, du régionalisme et de la démagogie, celui-ci s'écarte de cette voix pour lorgner du coté de thèmes plus traditionnels pour de la science fiction. L'humanité se divise en quatres grandes parties : les rescapés du virus, qui n'ont que peu été infectés, ceux qui ont survécus grâce à Khaleel, ceux qui sont sous l'emprise du chromozone et suivent sa voie, et ceux qui ont choisi de suivre Peter pour devenir les noctivores. Entre ces groupes se pose un seul problème : celui de la communication. Lors du premier volume, si les factions s'affrontaient, ce n'était que pour élargir un territoire qui est toujours trop petit. On attaque le voisin pour voir si l'herbe n'est pas plus verte chez lui, et pour se l'approprier. Les puissances en présence dans ce second volet n'ont pas le même but. Ce ne sont pas des hommes qui s'affrontent, mais des idées (mis à part pour les zombies qui sont absolument incapables de prendre des décisions autres que celles dictées par le virus). Que ce soit Peter, Khaleel ou Justine, tous pensent avoir trouvé la bonne voie, celle qu'il faut suivre pour s'affranchir de l'influence du virus. Leur lutte n'est plus celle de la survie, mais celle pour leur idées. Ils tentent de montrer, maladroitement, que leur survie, que leur cheminement est le bon. Moins par altruisme que par peur d'avoir avancé dans la mauvaise direction sans doute, mais ils ne le peuvent se l'avouer. Et au milieu de cette guerre d'idées se posent les noctivores, entités à peine humaines qui n'ont pas du tout les mêmes méthodes de communications que les autres. On pense aux doryphores de la Stratégie Ender. Même méthodes, même résultats. On pense également à L'étoile et le fouet. Ce roman avait pour thème centrale le problème de communication entre deux espèces d'un univers et d'un intellect totalement différend. On retrouve ici ce soucis, dans une moindre échelle : comment peuvent faire les noctivores pour expliquer ce qu'est la synthèse sans pour autant faire de leur interlocuteur l'un d'eux ? Le principal problème vient ici de l'incapacité de Peter à faire comprendre que la synthèse n'est pas forcément le lavage de cerveau qu'elle semble être. Mais ces thèmes sont connus. Ils ont été abordés, explorés, décortiqués, analysés, disséqués lors de très nombreux roman. Celui ci n'ajoute rien de plus. On est très loin du message presque provoquant du premier volume.

Malheureusement, et malgré tout ceci, le roman déçoit. Seul le final rappelle Chromozone. Le reste est trop lent et manque de rythme. Sans compter qu'il n'y a plus vraiment de nouveauté. Mis à part les noctivores eux mêmes, on connaît tout le monde, et on connaît certains personnages très bien. Ce deuxième volume commence à tourner en rond. Le final redonne espoir pour le troisième volume du tryptique. Inutile de dire qu'on l'attend de pied ferme.

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