Si Umberto Eco est connu en France, ce n’est pas pour ses essais, mais pour ses quelques romans, et surtout pour l’adaptation cinématographique de l’un d’eux : Le Nom de la rose. Pour un écrivain dont tous les livres sont (presque) unanimement acclamés, c’est bien dommage. La mystérieuse flamme de la reine Loana fait parti de ces romans au résumé inintéressant qui pourtant nous tiennent en haleine d’un bout à l’autre.
Yambo vient de se réveiller d’un coma de 3 ans, à l’age de 60 ans. A son chevet, deux inconnus : le médecin qui l’a pris en charge, et sa femme, qui le veille depuis sont accident. Incapable de se souvenir de son nom, mais parfaitement capable de réciter Shakespeare, Dante ou Dumas, Yambo se sent perdu. Son amnésie ne touche que sa mémoire personnelle, celle intimement liée à ses émotions. Elle laisse intact toutes ses connaissances, pratiques comme littéraires. Sur les conseils de sa femme, il se décide à retourner dans la maison de son enfance qu’il a dédaigné toute sa vie pour aller à la rencontre de ses souvenirs.
Ses souvenirs, ce sont des boites. Des centaines de boites poussiéreuses empilées dans un grenier immense. Des boites qui contiennent des livres, des cahiers, des disques, et parfois une photo. Méticuleusement, il se met à lire, à écouter, à compulser toutes ces choses qui ont été des morceaux de sa vie et à travers lesquelles il tente de se retrouver.
Dans la tête de Yambo comme dans celle du lecteur, tout se mélange. Tous deux savent qu’à partir de vieux journaux on ne peut pas retrouver ce qu’a été une enfance. Mais tous deux ont envie d’y croire. Et Umberto Eco les y incite grâce à de subtils changements de style. Le discours était direct, il devient indirect. Le conditionnel fait place à l’indicatif. Et nous voici entraîné dans un monde fait d’une myriade de références, toutes plus diverses les unes que les autres. Du roman classique au roman d’aventure, du théâtre à la bande dessinées américaine des années 30, de Chopin à la musique fasciste, de la chasteté des missels à la luxure des couvertures des magazines de mode de l’après guerre. Peu importe son âge, le lecteur trouvera forcément dans ce fourbi des choses qui lui rappellent ses expériences personnelles. La mystérieuse flamme de la reine Loana est une boîte de madeleines de Proust. On les déguste avec délice et nostalgie, alors que l’époque n’a pas toujours été heureuse, ni pour Yambo, ni pour le lecteur.
C’est cette atmosphère à elle toute seule qui fait tout l’intérêt du roman. Puisque toute l’histoire n’est qu’un vrai faux flash-back, on sait comment tout cela va se finir. Mais dans le cocon que tisse Eco autour du lecteur et de son héors, « on est bien » (comme dirait Sevran), et on se surprend à dévorer ce roman dépourvu d'action et de descriptions.
Peu importe qu’il soit absurde que Yambo puisse sortir de l’hôpital et marcher sans problèmes seulement quelques jours après être sorti du coma. Peu importe que la gouvernante de sa maison de campagne soit un cliché du début du vingtième siècle. Ce ne sont que des gouttes d’eau dans un lac de bonheur.
La mystérieuse flamme de la reine Loanna n’est pas un livre que l’on se doit de lire ou de posséder. Ce n’est qu’un livre qu’on est heureux de lire.
Kei []

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