8/10Merlicoquet et autres contes de randonnée

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 01/04/2009
Notre verdict : 8/10 - Adieu veau, vache, cochon (Ecrivez votre critique)

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Dans ce CD intitulé Merlicoquet et autres contes de randonnées, le conteur s'inspire d'histoires issues de la tradition orale et populaire.

Habitué de la scène, et originaire de Vendée, Yannick Jaulin est un comédien totalement dévoué à une de ses passions : les contes. Mais au lieu de les transmettre par le support qui nous est le plus courant, l'écrit, Jaulin les raconte, les vit, et les tourne à sa sauce à la fois épicée et croustillante (oui, une sauce croustillante, vous n'en avez jamais goûtée ?). Depuis plus de 20 ans, il se consacre aux arts de la parole et à moderniser l'image du conte, en lui insufflant son esprit dynamique et farfelu.

Dans ce CD intitulé Merlicoquet et autres contes de randonnées, le conteur s'inspire d'histoires issues de la tradition orale et populaire. Les six contes à découvrir ici sont tous centrés sur des aventures rurales et bucoliques,  autour du voyage, qu'il s'agisse du voyage géographique ou du voyage intérieur pour certains des personnages. Et quels personnages !  L'essence première de ces contes vivants et profondément vécus par Yannick Jaulin réside dans ses énergumènes improbables : pour la plupart, des créatures marginales, vulnérables et souvent embourbées dans leurs petits travers et leurs tics insupportables. Mais grâce à l'écriture savoureuse et ironique du conteur, à sa voix résolument expressive et ses intonations franches et immersives, l'auditeur finit toujours par s'acoquiner avec les plus imbuvables, qui en deviennent même attachants. On accompagne ainsi, haletants, le parcours itinérant du personnage éponyme, Merlicoquet, un perdant râleur et procédurier (« qui meuloune, qui meuloune ») et qui doit faire face aux imprévus du voyage et à sa propre cupidité.

Pour certains bâtis sur une structure en escalade (La biquette, Merlicoquet, Le jaboté du petit coquet), les contes sont tissés d'éléments de narration qui se répondent de causes en conséquences. Un nouvel obstacle, un nouveau personnage, des animaux malicieux dévient tour à tour le cours de l'intrigue et le mènent souvent bien loin de la happy end que l'on pouvait attendre (et craindre ?). Détournées de leur trames traditionnelles, les figures classiques du conte deviennent des visages modernes et décalés, comme cet espèce de casting de prétendants ordinaires qui se présentent aux beaux yeux et aux simagrées de la Princesse Zoé. Les descriptions et les anecdotes sont léchées et colorées, et surtout énoncées avec emphase, et malgré la quasi absence de support visuel, le conteur nous emmène avec lui et ses personnages par la richesse des mots et des atmosphères sonores. Pimentant son récit de quelques éléments légèrement improvisés, Yannick Jaulin imprime son cachet à l'aide d'expressions amusantes mêlées de langage familier et de patois vendéen. Construits comme des chansons, en alternant distinctement le récit oral et la musique, un peu comme des couplets et leur refrain, les histoires puisent aussi leur force dans la répétition, qui les rend accessibles et surtout les ancre dans notre esprit comme le martèlement d'un pivert insidieux. Cette répétition est d'ailleurs d'autant plus marquante qu'elle prend la forme de ritournelles entonnées par une chorale d'enfants, donnant aux contes pourtant souvent sombres, parfois même durs, une sonorité sucrée qui leur donnent d'autant plus de relief.

Ce qui nous amène ainsi à évoquer l'ambiance musicale qui complète le récit déjà tellement vivant de Yannick Jaulin. Les compositions de Camille Rocailleux, également un amoureux du spectacle vivant, sont un accompagnement à la fois discret et indispensable à l'atmosphère de ces contes de randonnée.  Entraînante et évocatrice, l'ambiance sonore alterne donc la chorale d'enfants (du conservatoire de La Roche-sur-Yon) avec un orchestre, particulièrement relevé par les percussions. Les instruments contribuent d'ailleurs grandement à la personnification des émotions et des animaux, et restent toujours une simple et audacieuse ponctuation sans jamais devenir écrasants.

Malgré un livret malheureusement peu fourni (on aurait aimé avoir peut-être un vrai livret, contenant le résumé des histoires, quelques détails et anecdotes à leur sujet), quelques rares illustrations délicates et poétiques issues de l'imaginaire d'Elodie Nouhen viennent agrémenter le CD. Même si l'on regrette de ne pouvoir profiter davantage de l'univers soigné et onirique de l'illustratrice, on peut toutefois estimer cette absence comme un manque à gagner au profit des récits de Yannick Jaulin et de la musique de Camille Rocailleux. Oui, la force de ces histoires réside dans celle du conteur et du musicien qui ont mêlé leur talent pour leur donner vie. Elles n'ont pas besoin d'un support iconographique pour suivre leur cours, les images feraient même tomber leur auditoire dans une triste facilité. Faisons donc courir notre imaginaire en prolongement de celui de Yannick Jaulin, en attendant ses nouvelles aventures, sur notre platine... ou sur les planches.

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