7.5/10Maths à la petite semaine - Philo à la petite semaine

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 17/09/2013
Notre verdict : 7.5/10 - L'école des âmes (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - laisser un commentaire

Bon ce n'est plus un scoop : la rentrée est passée, avec son lot de cahiers grand format à spirales, de taille-crayons à réservoir, mais surtout de supermarchés surpeuplés et de retour à un train de vie balisé. La jauge de stress étant tout doucement redescendue, nous voilà plongés dans la découverte de nouveaux univers, de nouvelles façons de penser, de remise en forme de l'esprit, tout cela bordé de menues anxiétés. Pour l'occasion, une nouvelle série, A la petite semaine, a vu le jour chez Le Rouergue sous la plume de Rachel Corenblit et le crayon de Cécile Bonbon (A la volette, Rue Lapuce), sous forme de petits romans illustrés narrés à la première personne par une petite fille somme toute très ordinaire, Léna. Chaque opus fonde son récit sur une matière scolaire, et a la particularité de se dérouler sur une semaine, comme parcourant un emploi du temps. Maths à la petite semaine se penche sur le non-intérêt flagrant éprouvé par Léna pour l'algèbre et la géométrie, progressivement ébranlé par l'attention un peu trop pragmatique que lui porte un camarade lui-même féru de ces matières. Philo à la petite semaine est centré sur l'approche totalement candide de ce domaine abstrait par une Léna dont la grande sœur en terminale ne jure que par cette discipline bien nébuleuse.


Illustraion de Cécile Bonbon, issue de Maths à la petite semaine ; texte de Rachel Corenblit ; Rouergue 2013.

 

Léna est à l'école primaire, elle partage de nombreuses facettes avec le commun des enfants : un réel ennui face à certaines matières scolaires, comme les mathématiques, ou encore l'énervement que lui inspire sa sœur aînée, qui a toujours l'air d'avoir une longueur d'avance, arborant notamment cette nouvelle discipline qui envahit toute la famille : la philosophie. Sur le ton innocent d'une fillette de dix ans, non dénué d'un brin d'humour involontaire, Léna promène un regard mi-ingénu, mi-analytique sur les personnes et les idéologies qu'elle ne comprend pas (complètement). Les maths et elle, ça fait deux : refrain récurrent de la moitié des écoliers. Alors pourquoi ce garçon lunaire, Yvon Leman, passe-t-il son temps à parler par équation ? Et surtout, pourquoi s'obstine-t-il à tout lui expliquer à elle, qui ne demande rien? Par ailleurs, pourquoi sa sœur Charlotte se pose-t-elle désormais une myriade de questions dont les réponses semblent être totalement évidentes ? A travers deux récits constellés de métaphores, de jeux de mots autour des maths et des grandes théories de philosophes célèbres, Léna s'ouvre à des mondes jusqu'alors inexplorés : la première expérience troublante de sentiments affectueux pour son camarade, et la décortication de la vie quotidienne sous forme de pensées étranges et abstraites. Tout au long des chapitres courts (du lundi au dimanche) qui ressemblent à des billets de journal de bord, se dessine une réelle progression dans son esprit, comme si sa perception s'affinait au fil de ses annotations. L'écriture de Rachel Corenblit est fluide et rend le personnage de Léna attachante, parce que drôle, pertinente, soupe au lait, un peu de mauvaise foi aussi parfois. On est proche de l'exercice de style pour la façon presque didactique dont sont traitées les fameuses matières scolaires, et pourtant la lecture n'est jamais indigeste ni tirée par les cheveux.


Illustration de Cécile Bonbon, issue de Philo à la petite semaine ; texte  de Rachel Corenblit ; Rouergue 2013

 

Les illustrations de Cécile Bonbon s'intègrent complètement dans le ton du récit, à savoir une forme entre le cahier d'écolier gribouillé pendant les cours, et le carnet de croquis/ journal de bord qui servira de mémoire et de mini-catharsis dans le petit cheminement personnel de Léna. Le registre visuel est assez différent de ce que l'on connaissait de l'illustratrice, pour s'adapter à un public d'enfants plus âgés. Teintes plus chaudes, multiplication des techniques : crayons de couleurs, collage de photos, archivage de documents du quotidien comme les tickets de caisse, les étiquettes d'emballage ou les énoncés d'exercice. On reconnaît toujours toutefois ses petits personnages kawaii, la douceur du trait, les saynètes farfelues en arrière-plan ou dans les recoins de page. On notera que les illustrations de Maths sont davantage en cohérence avec le contenu du récit (graphiques, équations, chiffres et figures géométriques) que celles de Philo, qui prennent la liberté de mettre en scène l'univers de la cuisine, agrémenté de références philosophiques. Comme si l'on assistait à un gigantesque repas de l'esprit, et que l'on voyait défiler, au fil des pages, des plats plus ou moins roboratifs jusqu'à ce que le ventre (et la tête) n'explose en fin de parcours. Contrairement à cette accumulation de nourriture spirituelle, graphiquement le ton est plus léger sur Philo que sur Maths, plus « mignon » et humoristique et plus décalé aussi.

Destinée à un public plutôt pré-adolescent (à partir de 8-10 ans), qui commence à s'interroger sur le sens des choses et sur ses rapports aux autres, la série A la petite semaine est à la fois un plaisir de lecture et un régal pour les yeux grâce à son équilibre entre la brièveté, la fluidité, le ton enfantin du texte de Rachel Corenblit et les illustrations fantaisistes et parsemées de références qu'offre Cécile Bonbon. La thématique de la matière scolaire comme fil conducteur de chaque mini-roman serait-elle une idée brillante pour réconcilier certains récalcitrants du lundi matin avec une discipline qu'ils exècrent ?

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