7.5/10Ce que lisent les animaux avant de dormir

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 20/11/2008
Notre verdict : 7.5/10 - Cet album vaut bien un fromage, sans doute (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 11 réactions

Si vous pensiez que les voyageurs de l'Arche se contentaient de bailler aux corneilles pendant leur quarante jours de vacances, cet album destiné aux enfants amis des bêtes vous convaincra certainement du contraire...

Si Noé avait fait son travail correctement, il aurait songé à l'essentiel : une longue croisière sous le déluge mérite bien qu'on s'occupe un peu, quand même. Et en conséquence, il aurait un peu meublé son arche, notamment d'une belle bibliothèque bien fournie, ça n'aurait pas été du luxe. Pour pallier cette négligence, justement, Noé Carlain (heureux hasard ?) et Nicolas Duffaut se sont attelés à mener d'intenses recherches sur les « mœurs culturelles » de nos amis à poils, à plumes, à écailles et euh...à pustules. Si vous souhaitez faire un joli cadeau de Noël à votre chien, à votre rat, ou à votre hippopotame, il est grand temps de vous enquérir de sa lecture préférée.


Chez le jeune public, le thème animalier est souvent le sujet de prédilection pour faire passer un message : le pouvoir d'identification est si fort que les enfants ne sont même plus surpris de voir les ours faire le tour du monde ou les rats faire la cuisine. Notons que l'adulte se laisse facilement prendre au jeu lui aussi, puisque Lafontaine nous fait accepter sans ciller qu'une cigale qui aime chanter n'est pas un modèle de prévoyance. Et par nos écrans qui courent, il n'est pas toujours facile de faire aimer la lecture à nos cadets. Leur montrer que nos amies les bêtes peuvent elles aussi aimer lire, pourrait très bien les convaincre. Et puis après tout, une mise en abîme de leur présente activité pour les aider à l'apprécier davantage, c'est peut-être plus efficace que la méthode coué.

Dans ce recueil en forme de bestiaire/imagier, la structure est très simple : à chaque animal sa double page. Et à chaque animal son type de lecture, qu'il s'agisse du genre ou du support. Carlain et Duffaut, l'un dans le texte, l'autre dans l'image, se penchent sur une ou plusieurs des spécificités morphologiques de la créature, sur ses antécédents légendaires ou sur les détournements possibles des contes qui l'ont propulsée sur le devant de la scène. Super Agneau ne lit par exemple que des histoires où le loup est perdant, « les corbeaux ne lisent que des lettres anonymes, les chauves souris rigolent des histoires de vampires... » Des attitudes fantaisistes et des situations truculentes prennent le contre-pied des habituels imagiers documentaires animaliers, et présentent une galerie de portraits qui n'a rien à envier à nos grands littéraires.

Chercher pourquoi tel animal se plonge dans telle lecture demeure la première quête ludique du livre. Mais l'idée directrice de l'album permet également d'initier le jeune lectorat -auquel il s'adresse- à une belle diversité de supports littéraires : livre de cuisine, journal, lettre, roman... Et même, à l'instar de ce cher Daniel Pennac, à prendre le droit de ne pas lire, à l'exemple de la taupe ou du paresseux.


Les illustrations de Nicolas Duffaut, au coup de pinceau à la fois minutieux et poudré, sont habitées du charme désuet des illustrations traditionnelles, voire délicieusement seventies pour certaines. Et elles sont d'autant plus efficaces que les situations qu'elles dépeignent sont aussi teintées d'une petite touche décalée, d'un ton résolument moderne. L'ensemble des images est parfois inégal, certaines compositions attirent davantage l'œil et l'esprit, par rapport à d'autres, notamment lorsqu'il y a double lecture ou des anecdotes plus poétiques : comme la taupe dans sa galerie et les lunettes géantes qu'elle ne peut pas voir, ou les icebergs-livres des pingouins. D'autres restent plus conventionnelles, en faisant mouche toutefois. Les couleurs harmonieuses et plutôt chaudes instaurent une ambiance feutrée, à l'image du cocon douillet idéal pour se mettre à bouquiner. Certaines alliances chromatiques sont même si appétissantes qu'elles inviteraient presque à dévorer les animaux plus que le livre. Notamment grâce à un traitement pictural velouté qui traduit les textures des différentes bestioles (pelage, plumes, écailles...) et ce avec une justesse documentaire mêlée d'une pointe de fantaisie...

Un autre point percutant pour Ce que lisent les animaux [avant de dormir] : des illustrations qui ne se contentent pas d'illustrer la seule petite phrase caractéristique de la bébête, mais offrent une référence ou une anecdote qui permettent de la comprendre, voire de la prolonger. Pour les lecteurs les plus âgés, il est possible de déceler quelques savoureuses références à des classiques de la culture populaire ou du domaine de l'art et de la littérature : notamment des clins d'œil aux comics, à l'illustrateur Norman Rockwell ou encore à Harry Potter.

Si vous pensiez (ce qui fut probablement le cas de Noé) que les voyageurs de l'Arche se contentaient de bailler aux corneilles pendant leurs quarante jours de vacances, cet album destiné aux enfants amis des bêtes vous convaincra certainement du contraire. Oui, les animaux aussi aiment lire. Pas tout, pas tout le temps, et dans les bonnes conditions. Mais a priori les humains aussi.

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Ce que lisent les animaux avant de dormir, Noé Carlain - Nicolas Duffaut © 2008, éditions Sarbacane

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