8/10Le Lion de Macédoine

/ Critique - écrit par weirdkorn, le 18/08/2005
Notre verdict : 8/10 - L'enfant maudit (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 4 réactions

Assurément féru des récits et des mythes de la Grèce Antique, David Gemmel s'est attelé à la lourde tâche d'en raconter un pan sous la forme d'une saga épique et fantastique dénommée Le Lion de Macédoine. Afin de réaliser cela, l'auteur consacre son histoire à la vie d'un homme d'exception : Parménion. On suivra durant quatre tomes l'intégralité de son existence, de sa plus tendre enfance passée dans les rues de Sparte jusqu'à sa mort 70 ans plus tard au coeur d'une riche villa perse.

La saga de David Gemmel se distingue avant tout par son désir de coller au plus près à l'Histoire avec un grand H. Tous les personnages ont réellement existé, tous les événements se sont déroulés et c'est un plaisir que de voir retracer plus d'un demi siècle de l'Antiquité hellénique. Des libertés ont évidemment été prises avec le réel déroulement des faits mais uniquement pour le bien de l'histoire afin de la rendre plus intéressante. Sachant qu'une bonne partie des événements demeurent encore flous, l'auteur ne s'est pas non plus gêné pour enjoliver les actes de Parménion, surhomme parmi les surhommes. L'Histoire est bien le principal attrait de cette série puisqu'au niveau de la narration et l'intérêt, cela se gâte assez vite. Ne restant pas dans la sphère du réel, l'auteur a choisi de faire apparaître bon nombre d'éléments fantastiques afin d'expliquer les événements ce qui n'était pas des plus judicieux. La vie du héros s'est trouvé liée avec le destin du Dieu Noir se nourrissant du chaos et de la destruction. Malheureusement, ce méchant est assez pathétique et le roman n'aurait été que meilleur si on ne l'avait pas aperçu.

Parménion est un sang-mêlé, de père Macédonien et de mère Spartiate. Elevé à la dure dans les garnisons de Sparte et molesté par ses compagnons pour ses origines, le jeune homme ne s'en laisse pas compter et décide de leur faire payer les injustices subies, en particulier celle de la mort de la femme aimée. Excellent sportif et surtout "strategos" (le stratège de génie), il deviendra le Lion de Macédoine à savoir le plus grand Général de tous les temps auquel aucun adversaire ne peut résister, d'où son autre surnom de Mort de Nations. Pas évident de rendre sympathique un personnage uniquement porté par son envie de vengeance et pourtant David Gemmel y arrive parfaitement. Heureusement que l'on s'attache vite à Parménion puisque l'on reste tout de même 70 ans avec lui.

Le premier tome "L'enfant maudit" est sans aucun doute le plus intéressant. Rythme élevé, présentation de la Grèce Antique, histoire accrocheuse, tout est présent pour séduire le lecteur. L'écriture est classique et agréable. Le côté fantastique est quasiment absent ce qui ne fait que renforcer cette impression, l'auteur excellant dans le récit historique mais étant nettement moins convaincant pour faire apparaître des événements surnaturels.
Le tome 2 "La Mort des Nations" relate les aventures de Parménion en tant que général lorsqu'il vient aider Philippe, nouveau Roi de Macédoine. Dans le même style que le premier, ce roman séduit par son histoire et l'évolution du personnage de Parménion mais commence déjà à s'essouffler puisque le temps ne passe vraiment pas vite, que toutes les batailles se ressemblent et que l'écriture ressemble de plus en plus à de la soupe.
David Gemmel aurait sûrement dû s'arrêter à ce deuxième tome puisque le troisième "Le Prince Noir" commence franchement à ennuyer. Certes, l'histoire évolue enfin puisque ce volume tranche clairement avec les autres, entièrement tourné vers le fantastique et les créatures mythiques des légendes grecques. Mais comme l'auteur n'est pas vraiment doué dans ce genre, on tombe vite dans la facilité et la caricature. Cela sans parler du personnage d'Alexandre, 4 ans, qui réfléchit et parle comme une homme de 30 ans. Bref, on n'y croit plus une seconde et c'est avec courage qu'il a fallu achever ce roman.
Le tome 4 "L'esprit du chaos" repart sur de meilleures bases avec l'histoire de l'adolescence et des conquêtes d'Alexandre mais cela est vite plombé par un style beaucoup trop répétitif avec des expressions du type « Parménion gloussa » qui reviennent toutes les 5 pages. Ce serait une dinde en fait ? L'histoire donne également une impression de déjà-vu et le méchant Dieu Noir est plus ridicule que jamais. La fin semble avoir été expédiée par rapport au reste, ce qui n'est finalement peut-être pas un mal puisque cela a permis d'échapper à un cinquième tome.

Après un début de très bonne facture, Le Lion de Macédoine s'enfonce doucement et sûrement dans les marasmes d'une histoire pourtant riche en éléments épiques et en action. Le style bien trop classique et répétitif en rebutera plus d'un au bout de quelques volumes, tout comme le côté fantastique qui manque cruellement de piquant. Cette saga plaira tout de même aux fans d'Histoire Antique qui trouveront là un angle nouveau à leur passion et même à ceux qui n'y connaissent rien et qui pourront se cultiver de cette manière.


PS : On peut noter qu'en plus de l'édition Folio, Mnemos a également distribué cette saga mais en seulement 3 volumes, les deux derniers tomes étant regroupés au sein du même. Il doit d'ailleurs être un peu lourd à lire.

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