9/10Les poings sur les îles

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 25/10/2011
Notre verdict : 9/10 - « Corazòn, mariposa… j’aime bien ces mots-là » (Ecrivez votre critique)

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Troisième personnage de ce portrait fort et émouvant, la Nature est mise à l’honneur avec soin et sensibilité dans l’album Les poings sur les îles.

Décidément, les grands-parents sont à l’honneur chez Le Rouergue, comme on l’évoquait dernièrement sur Krinein dans la chronique de Ma grand-mère chante le blues. Portraits enamourés d’un ascendant fictif par le petit-fils ou la petite-fille tout aussi inventé, ces albums font davantage figures de poèmes ou de tableaux face aux traditionnels contes ou aux documentaires didactiques. Habituellement auteure pour les plus grands, Elise Fontenaille nous offre ici un texte pour les enfants, accompagné de l’illustration fastueuse de Violetta Lòpiz.

Les poings sur les îles
Illustration de Violetta Lòpiz, issue
de Les poings sur les îles, texte de
Elise Fontenaille, Rouergue 2011
Luis, le pépé du narrateur, n’est pas allé à l’école, a connu la guerre d’Espagne, et a même fui son pays pour des horizons plus verts. Vert, c’est le mot approprié. Car la passion de ce personnage haut en couleur réside dans tout ce qui pousse, fleurit ou pépie au sommet des grands arbres. L’expression formulée par le titre du livre, Les poings sur les îles, déformation de l’adage bien connu, donne le ton : poésie et fantaisie pour cette reformulation enfantine et facétieuse employée innocemment par le grand-père illettré et à dessein par son petit-fils, clairvoyant. Sous la forme d’une fresque assez prosaïque, non dénuée d’humour mais surtout chargé de tendresse et d’admiration, le jeune narrateur nous décrit les talents et le passé de son grand-père. Et la plus grande faculté de ce bonhomme qui a les pieds bien ancrés sur terre et la tête perchée dans les nuages, c’est son extraordinaire communion avec la Nature. Aucune graine ne lui résiste, à son signal les artichauts croissent à vue d’œil, et les mésanges devisent au son de sa voix. Le jardin devient ainsi le refuge du petit narrateur. De cette relation réciproquement enrichissante entre deux générations que tout oppose, ressort le trésor de chacun : le petit garçon apprend à lire et à écrire et partage ses découvertes avec un papy qui n’a jamais eu cette aptitude, tandis que le monsieur lui offre sa passion et le foisonnement stupéfiant de son univers. Peu d’artifices, juste le portrait d’un héros ordinaire, chef d’orchestre dévoré par la toute-puissance de cette Nature mystérieuse et enivrante à la fois.

Les poings sur les îles
Illustration de Violetta Lòpiz, issue
de Les poings sur les îles, texte de
Elise Fontenaille, Rouergue, 2011
Formidable temple sauvage où cohabitent hasard et ordre, luxuriance et subtilité, l’illustration de Violetta Lòpiz a su créer une atmosphère digne de son sujet. Juxtaposition d’éléments translucides (peints ou monotypés sur calques ou couches de différentes textures) et de floraisons opaques (aux coups de pinceau francs et apparents), ce graphisme aux accents naïfs rappelle le Douanier Rousseau ou le geste brut des peintures d’enfant. Le vert et toutes ses nuances dominent, bien entendu, parsemés ici et là de touches colorées et finement tracées, figurant les bourgeons, les insectes ou les oiseaux. Un univers chaleureux et rassurant où il semble faire bon se réfugier, à en croire le jeu de cache-cache auquel s’adonne le petit garçon, seule silhouette humaine intelligible au sein de ce déploiement de motifs végétaux. Le visage du grand-père, quant à lui, semble se fondre dans la Nature, comme si celle-ci était le prolongement de sa personne et de son esprit. Les compositions fouillées et structurées fonctionnent comme des tableaux oniriques où malgré une première impression de surcharge visuelle, chaque espace, chaque détail est pensé et organisé.

Troisième personnage de ce portrait fort et émouvant, la Nature est mise à l’honneur avec soin et sensibilité dans l’album Les poings sur les îles (comme ce fut déjà le cas dans un autre livre chez le Rouergue : Mon jardin). A travers le regard d’un petit garçon émerveillé, dans la tête d’un grand-père rompu aux épreuves de l’existence et dompteur d'une végétation dévorante, la tendresse et la poésie qui se dégagent du mariage des univers d’Elise Fontenaille et de Violetta Lòpiz toucheront sans aucun doute le jeune mais aussi le lecteur plus âgé. Une première publication en France pour l’illustratrice espagnole, qu’on attend de retrouver pour d’autres aventures toutes aussi florissantes.

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