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6.5/10Les nuits mélangées - Léa Lescure

/ Critique - écrit par C.Saffy, le 23/06/2013
Notre verdict : 6.5/10 - Nights in pink satin. (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 2 minute(s) - laisser un commentaire

Les nuits mélangées, ce sont celles de Manon, jeune étudiante qui pour gagner rapidement un peu d’argent choisit d’aller travailler comme danseuse de pole et de lap dance dans une boite bruxelloise, où son joli minois la fait rapidement entrer dans la catégorie entraineuse. Un premier pas vers une prostitution à la fois occasionnelle et prégnante que la jeune femme pratique pour l’argent vite gagné, par facilité, peut-être par désœuvrement aussi.

Le roman suit Manon pas à pas dans ce parcours qui la mène par toutes étapes de la travailleuse du sexe, avec un crochet par la prostitution en auto-stop, la coke sniffée entre deux passages sur la barre de pole, les plans à quatre où l’on découvre le lesbianisme avec ses co-workers et la tentation d’arpenter la rue, le dernier stade, celui qui fait horreur à son patron de la boite de strip et à ses collègues. Mais la conséquence pour Manon c’est aussi l’enfermement qui lui ôte une relation sentimentale honnête et sincère avec un garçon – le sexe se transforme en performance où Manon se voit comme simple spectatrice et ne peut se donner entièrement – la distance qui s’opère avec sa famille qu’elle observe comme à travers une vitre et l’éloignement qui en résulte.

Léa Lescure choisit de raconter cette histoire dans la simple observation de son héroïne, à travers alternant entre le laconisme dépouillé et l’imagerie bien sentie. Mais la volonté de n’amener aucun élément qui nous permettrait de comprendre Manon ou nous attacher à elle lasse vite, très vite. Des personnages réduits à des silhouettes, une intrigue un peu redondante, Les nuits mélangées ne prétend pas vouloir apporter une radiographie de la prostitution étudiante, tout au plus une photographie dont les couleurs se patinent à peine sortie de la pellicule. A ne pas vouloir juger Manon et éviter soigneusement toute explication psychologisante, Léa Lescure en oublie de poser un regard sur elle, de raconter une histoire en y amenant un tant soit peu de singularité. Sur le sujet, on peut préférer lire Alice au pays des femelles de Karin Bernfeld, publié en 2001, où l’héroïne-titre de dix-neuf ans travaille comme animatrice du minitel rose avant de se tourner vers la vocation de Maitresse tarifée, dans un texte acide, traversé par un humour à froid et une vitalité explosive.

Léa Lescure dont c’est le premier roman, a écrit plusieurs articles sur la prostitution pour Rue89, a beaucoup a travaillé dans le milieu de la nuit et a eu une formation à la danse contemporaine dans la compagnie de Merce Cunningham. Il est étonnant qu’avec un tel bagage, elle ait choisi d’en raconter finalement si peu : le livre est court, mais n’est pas fulgurant, il traverse le lecteur mais repart comme il est venu. Sans faire de bruit. Même l’occasion de parler de la prostitution belge et de ses bordels par exemple est écartée. Le ballet des corps, leurs mouvements, leurs failles sont décrits et observés avec un effort de style, mais sans chair, ni substance.

Les nuits mélangées est, malgré tout une belle promesse, attendons de voir si les prochains romans de Léa Lescure la confirmeront.

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