7/10Les gens heureux lisent et boivent du café

/ Critique - écrit par Nhu-lan, le 15/09/2013
Notre verdict : 7/10 - Mais mon cœur battait obstinément. Et me maintenait en vie. Pour mon plus grand malheur. (Ecrivez votre critique)

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Cette semaine Krinein se penche sur le cas d’Agnès Martin-Lugand. Cette jeune écrivaine, au départ psychologue, fait partie de ceux qui se sont lancés dans l’aventure de l’auto-édition sur internet et qui ont rencontré le succès. Son premier roman, Les gens heureux lisent et boivent du café, a rapidement suscité l’enthousiasme. Gage de qualité ou excitation médiatique ? À nous de trancher.

Les gens heureux lisent et boivent du café
Le titre du livre est plein de poésie et nous pouvons imaginer, à tort, qu’il s’agit d’une histoire simple et insouciante. C’est le cas mais pas seulement. En effet, Agnès Martin-Lugand souhaite également nous parler de la souffrance, du deuil et de la dépression. L’héroïne du roman, Diane, perd mari et enfant à la suite d’un accident de voiture. Nous sommes les témoins du désespoir d’une femme, des larmes d’une mère qui n’en est plus une et d’un profond sentiment de culpabilité. Tout cela est résumé dans cette citation :

« Et depuis un an, je me répétais tous les jours que j’aurais préféré mourir avec eux. »

Nous pénétrons dans l’intimité d’un être qui cherche du réconfort dans les souvenirs et les odeurs. Chaque objet ayant appartenu aux êtres aimés devient un talisman contre l’oubli. Agnès Martin-Lugand fait vibrer la corde sensible en nous contant un drame personnel et familial qui pourrait s’abattre sur n’importe qui. La tragédie de Diane nous force à nous questionner sur notre propre vie et sur la réaction que nous aurions eue à sa place. Ainsi, il s’opère comme un va-et-vient constant entre l‘héroïne et nous-même. Il est difficile de ne pas compatir avec ce personnage que la tristesse et la sensibilité rendent d’autant plus attachant à nos yeux.

Malgré son sujet grave, le roman ne peut pas être qualifié de déprimant. Finalement, le message délivré par l’auteure est optimiste. Dès la moitié du roman un changement de ton s’opère. L’histoire devient plus légère et traite de sujets quotidiens tels que les relations entre voisins et l’amour. Ce changement paraîtra peut-être incongru au lecteur qui a partagé la peine du personnage principal pendant tout le début du roman. Certains pourront être déçus par ce revirement et penser que cette deuxième partie manque de sérieux. L’héroïne est une femme qui tente de revenir du pays des morts. Or, les préoccupations des vivants sont plus terre à terre. Ainsi, les fêlures de Diane s’estompent peu à peu et la vie reprend son droit. Ce roman nous livre une description poignante et réaliste des blessures intimes d’une femme ainsi que des petits plaisirs de la vie. Une fois encore, tout est dans le titre !

Le style d’Agnès Martin-Lugand est prometteur et il ne fait aucun doute qu’il s’épanouira avec le temps. Le fait qu’il s’agisse d’une écrivaine qui s’est auto-éditée tend à nous rendre plus indulgents sans toutefois nous ôter notre sens critique. Les gens heureux lisent et boivent du café est un premier roman de qualité. Comme quoi l’auto-édition peut réserver des surprises !

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