7/10Les chiffres à toucher de Balthazar

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 27/02/2012
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Le personnage de Balthazar sera peut-être familier à ceux qui connaissent la collection « Aide-moi à faire seul » créée par l’auteure Marie-Hélène Place en accord avec les principes de la méthode Montessori. Sur Krinein, nous avions déjà évoqué un de ses ouvrages, Balthazar et les couleurs de la vie et des rêves aussi, fondé sur la reconnaissance des couleurs. Nous voilà face à une nouvelle aventure pédagogique, où le petit personnage au chapeau pointu nous invite à une autre étape importante : apprendre à compter. Il nous présente la comptine numérique (dans le jargon : l’aspect ordinal) mais insiste davantage sur le dénombrement (l’aspect cardinal), le tout sans oublier l’écriture du nombre. Caroline Fontaine-Riquier, illustratrice attitrée de la collection et « Maman » du personnage, se retrouve donc à nouveau aux pinceaux.

Les chiffres à toucher de Balthazar
Illustration de Caroline Fontaine-Riquier, issue de Les chiffres à toucher de Balthazar, texte de Marie-Hélène Place, Hatier jeunesse, 2011


Une courte introduction met en scène Balthazar et l’objectif qu’il partage avec le petit lecteur : être fort en calcul. Pour cela, il va créer une potion, dans laquelle il mettra les ingrédients en quantité décrite par la suite du livre, à la manière d’une recette de cuisine. Entre documentaire et album didactique, le contenu du livre ne ment pas sur ses intentions, et sa configuration est simple, épurée et efficace : un enchaînement de double-pages mettant en scène chacun des nombres de 1 à 10, mais également le zéro. Nous emploierons volontairement le mot « nombres » car avant de poursuivre sur les qualités de l’ouvrage, difficile cependant de ne pas relever la première ambiguïté, inexactitude courante sur laquelle on peut difficilement transiger vu la portée pédagogique de l’ouvrage : la confusion entre chiffre et nombre. On imagine que l’objectif premier était de simplifier le lexique. Le terme « chiffre » (le symbole servant à représenter les nombres), peut être approprié ici puisque les différents signes sont effectivement présentés, de telle façon qu’ils encouragent même l’enfant à apprendre leur tracé exact. Mais l’accent porté sur la quantité, et surtout le principe de présenter également le 10 (qui par définition n’est pas un chiffre) engendre une confusion. Un détail qui paraîtra certes dérisoire à la majorité, surtout aux yeux du jeune lecteur, mais qu’il est dommage de passer sous silence sachant que la précision fait partie des premiers apprentissages elle aussi. Le second point qui peut nous faire émettre une réserve : le choix de découvrir le zéro à la fin de la liste. En termes de quantité et d’ordre de la comptine, il semblait logique de débuter par ce nombre.

Les chiffres à toucher de Balthazar
Illustration de Caroline Fontaine-Riquier, issue
de Les chiffres à toucher de Balthazar,
texte de Marie-Hélène Place, Hatier
Jeunesse 2011
Mais après ces quelques retenues, revenons sur ce qui permet à l’album d’atteindre ses objectifs : sa limpidité d’abord. L’agencement des doubles-pages s’organise clairement, avec en vis-à-vis : sur la page de gauche le petit bonhomme comptant sur les doigts de ses deux mains, et sur la page de droite le nombre écrit non seulement en chiffre(s), découpé en gros dans de la toile de jute et collé sur le page, mais aussi en lettres cursives en plus petit. Le collage de l’écriture chiffrée, son relief et sa matière rugueuse incitent l’enfant à toucher (comme le titre de l’ouvrage l’induit) et ce surtout sans se tromper de sens dans le tracé, grâce aux petites flèches qui guideront les doigts hésitants. Ensuite, la répétition, à la fois de la composition des pages et de la formulette récitée par Balthazar (« Voici ma main, elle a cinq doigts… ») toujours construite sur le même schéma, permet de s’approprier plus facilement le livre et de se concentrer sur l’objectif : compter. Chaque étape de la « recette » de la potion constitue donc une collection croissante d’objets, de personnages ou d’animaux  à glisser dans le chaudron. Ces éléments sont illustrés dans la quantité annoncée juste en dessous de l’écriture ; on peut aisément les dénombrer grâce à leur disposition bien structurée, remplissant le second objectif : la vérification autonome. Le choix de ces objets n’est pas anodin : chacun rime avec le nombre qui l’accompagne, permettant ainsi de retenir plus facilement ce dernier, en s’offrant parfois le luxe de sortir du commun (« trois rois », « cinq ornithorynques »…). La liste intégrale et illustrée des ingrédients est récapitulée en fin de parcours sur une seule page, afin de mieux appréhender l’ensemble de la comptine numérique.

Toute en courbes et en aquarelle, le graphisme, fidèle, traditionnel et un peu désuet de Caroline Fontaine-Riquier allie pour l’occasion deux styles légèrement différents : la silhouette habituelle ronde et douce de Balthazar, accompagnée de sa mascotte récurrente à chaque double-page, la petite souris Pépin. Mais la représentation des éléments à compter adopte un caractère plus réaliste, plus documentaire, offrant parfois le charme des vieilles gravures (le lapin, les cartes à jouer…). La couverture du livre est soignée dans sa facture (utilisation d’une toile de jute bleue pour la reliure, rappelant les collages à l’intérieur), qui solidifie l’outil et facilite la prise en main quotidienne. La  composition classique  mais classieuse de son illustration, avec utilisation d’un motif fleuri très textile, donne une première impression de luxe digne d’un ancien grimoire.

Genre répandu dans les albums pour enfants, le livre à compter trouve ici une proposition littérale et parfaitement calibrée pour que le jeune lecteur puisse découvrir en expérimentant, seul ou avec un adulte à qui il pourra montrer ses progrès. Pouvoir retrouver le personnage clef de la collection « Apprends-moi à faire seul », Balthazar, devrait ravir ses adeptes, et apprivoiser les nouveaux venus. Malgré les quelques imprécisions évoquées, l’aspect sage, pédagogique et premier degré nous rappelle qu’il s’agit davantage d’un album didactique que certains autres livres du genre, plus fantaisistes. Mais la douceur de l’univers, sa configuration directe et épurée, les couleurs acidulées et l’utilisation du collage de matière à toucher devraient séduire à la fois les lecteurs en culotte courte, mais aussi leurs parents.

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