6.5/10Légendes de la fantasy - Tome 1

/ Critique - écrit par Guillaume (), le 02/04/2006
Notre verdict : 6.5/10 - Fantasy or not ? (Ecrivez votre critique)

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Légendes de la Fantasy est un recueil de textes. Présentés par Robert Silverberg, grand écrivain du genre, des auteurs ayant commis de grands textes de fantasy, tels Orson Scott Card avec sa trilogie ender ou Raymond E. Feist avec Les chroniques de Krondor s'essaient à un nouvel exercice.

Malgré son apparence d'anthologie, Les légendes de la Fantasy n'en est pas une. Au lieu de se limiter à une compilation organisée de manière à faire émerger un sens particulier, une certaine vision de la fantasy, Silverberg a préféré demander aux auteurs de livrer des textes inédits. Originaux, certes, mais ancrés dans les mondes qu'ils ont l'habitude de maîtriser. Ainsi, chaque écrivain a la liberté de creuser un autre aspect de son monde usuel.
Dans le principe c'est extrèmement intéressant puisque au delà de l'auteur, c'est le lecteur qui peut se faire une image plus "vraie" du monde imaginé. Dans les faits, cela mérite de s'y pencher davantage...

Il faut dire que la qualité générale du recueil Légendes de la Fantasy est bon. Les textes sont maîtrisés, sans longueurs, emplis du panache que l'on trouve dans les histoires fondatrices des univers évoqués.
On ne peut pourtant pas négliger quelques incohérences et maladresses.

Le premier soucis, si tant est qu'on puisse l'appeler ainsi, porte sur le choix graphique de la couverture. Il s'agit d'une porte ou d'un mur aménagé à la sauce médievale. Par rapport aux textes intérieurs, c'est un choix judicieux, si ce n'est que celui de Tad Williams (le plus heureux de tous les enfants décédés) a tendance à présenter un réseau futuriste... bien qu'une partie de l'aventure se déroule dans une copie de Fondcombe du Seigneur des Anneaux. Nous chipotons, certes, mais cette maladresse renvoit à une seconde.

En effet, un recueil de Fantasy se doit de n'intégrer que des oeuvres que l'on peut qualifier de telles. Personnellement, j'ai de grands doutes concernant le texte de George R.R. Martin : l'épée Lige. Tout à fait plaisant à lire, il n'en reste pas moins qu'il se situe dans un monde ressemblant en tout point au monde médieval tel que nos ancêtres l'ont connus. Tout juste change-t-on de géographie et d'univers. Aucune magie ne vient poindre, et si on peut éventuellement entendre évoquer des dragons, on ne les voit pas, tant et si bien qu'on reste cantonné dans le temps jadis simplement délocalisé.

On pourrait faire la même analyse sur le texte de Raymond E. Feist, mais le contexte est mis en avant d'une manière tellement différente qu'on se sent dépaysé.

Les défauts, comme nous venons de le voir, sont bien légers. Pas de quoi crier au loup. Passons plutôt à un panorama plus détaillé de Légendes de la Fantasy.

L'épée Lige, situé dans le monde du trône de fer ouvre le bal. Sans doute l'un des récit les plus plats du livre. Il ne s'y passe presque rien, si ce n'est une intrigue dans laquelle interviendra un duel et un barrage érigé sur une rivière revendiquée par un autre seigneur... Pas de quoi nous faire rêver.

Au-delà de l'interstice, de Anne McCaffrey nous emmène dans le monde de Perne. Un dragon femelle et sa cavalière d'un temps se retrouvent coincées dans une sorte de quatrième dimension qui représente le portail vers la mort. Tout l'enjeu du texte consiste pour la petite équipe à appeler à eux, pour la cavalière son dragon de coeur, et pour le dragon, son cavalier légitime. Le rythme lent du récit s'équilibre parfaitement avec les notions en jeu.

Le plus heureux de tous les enfants décédés de Tad Williams est une petite merveille à lire. Un enfant, après sa mort physique, devient vivant sur un réseau informatique qu'il est chargé de garder. Celui-ci est constitué de milliers d'univers dans lesquels se déroulent des événements étranges. La gestion de plusieurs univers en simultané est accompagné d'une écriture libre qui court sous les yeux. On regrettera néamoins l'issue du récit qui manque d'une réelle chute.

Sur le Yazoo Queen d'Orson Scott Card, se déroule dans l'univers d'Alvin le faiseur, qui mêle les repères historiques connus en les aménageant dans le temps de façon à se recréer. Alvin est un faiseur, un être capable de commander la matière. Le temps d'une promenade en bateau, il se trouve confronté au problème de l'esclavage et à ses états d'âmes. Maitrisé dans le fond et la forme, le texte coule sans mal, même si l'univers est difficile à apprécier car parfois un peut trop en manque d'imagination.

Le monarque de la vallée de Neil Gaiman campe Ombre, un personnage énigmatique, dans une réception privée où tout peut arriver. On est presque dans le fantastique : tout est normal dans ce récit, jusqu'au moment où... tout bascule. Agréable à lire, on en redemande dans une forme plus longue.

Pour finir, le messager de Raymond E. Feist, nous dévoile le voyage d'un messager en temps de guerre médievales. Un récit maîtrisé et captivant, dont on ressort avec un petit goût amer de facilité : une chevauchée sans difficulté se transforme en calvaire, pour finir par une leçon sur les devoirs et la bravoure des messagers. Happy End, quand tu nous tiens...

Finalement, Les légendes de la Fantasy apporte son lot d'intérêt par des visions différentes de celles auxquelles les auteurs nous avaient habituées dans leurs romans. Cependant, malgré un évident talent d'écriture, tous ne sont pas égaux devant le format relativement court des récits. Les débuts de textes sont souvent très prometteurs, mais finissent par tomber, un peu à la manière d'un flanc.

A lire avec attention, mais peut-être davantage comme une entrée dans l'imagination des auteurs, plutôt qu'en pensant découvrir des oeuvres qui se suffisent à elles-mêmes.

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