Laurent Kloetzer - Interview

/ Interview - écrit par Val Lazare, le 12/03/2003

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Interview de Laurent Kloetzer

Qu'en est-il de la science-fiction et de la fantasy made in France ? Il y a Bernard Werber et la hard-science, Dantec et le cyberpunk initiatique et... et derrière vient une poignée de jeunes écrivains sans foi ni loi. Laurent Kloetzer est l'un de ceux-là.

Né en 1975, Laurent Kloetzer fait ses premiers pas dans la littérature avec Mémoire Vagabonde, roman paru en 1997 aux Editions Mnémos. En bon foudre de guerre, Laurent Kloetzer se voit décerner le prix Julia Verlanger 1998. Un deuxième roman pointe le bout de son nez après deux ans d'attente. La Voie Du Cygne paraît aux Editions Mnémos et chez Folio SF. Enfin, en 2001, Laurent Kloetzer publie Réminiscences 2012, recueil de nouvelles de science-fiction, chez Nestiveqnen.

Que ce soit pour Mémoire Vagabonde ou pour La Voie Du Cygne, avec deux intrigues respectivement construites sur une chanson de Noir Désir et sur le jeu de l'oie, ou pour Réminiscences 2012 et son style cyberpunk qui n'en est pas, Laurent Kloetzer a bâti des oeuvres originales, fort éloignées des canons de la fantasy/science-fiction. Trois romans pour un franc succès. Pour Jaël de Kherdan ou pour monsieur K, Laurent Kloetzer a façonné des mondes pleins de rêves, relevés d'une pointe de folie, et dérangés dans leur perfection par la gouaille amusante d'Alex, compagnon mythique de héros...

...mais trêve de bavardage, c'est avec grand plaisir que l'équipe Krinein accueille Laurent Kloetzer !

Laurent Kloetzer, le récit de Mémoire Vagabonde et de La Voie du Cygne décrit une époque proche de l'esprit des Lumières et de l'Empire Napoléonien. Pourquoi avoir choisi cette époque 18e-19e décalée pour vos deux premiers romans ?
Je voulais plutôt choisir le 18e siècle (je déteste le 19me), parce que c'est la période de Casanova, des liaisons dangereuses, de tout un tas d'illuminés occultes et du siècle des lumières. Et puis j'adore la manière dont les gens s'habillaient à cette époque, les femmes comme les hommes.

Jaël de Kherdan et Monsieur K, respectivement héros de Mémoire Vagabonde et de Réminiscences 2012 sont comme possédés d'une fièvre permanente, comme s'ils souhaitaient brûler leur âme au destin. Leur créateur serait-il lui-même un dandy romantique et torturé ?
Non, ça va bien, merci.

J'ai lu que vous aviez pratiqué le jeu de rôle, il y a de cela quelques années (peut-être encore aujourd'hui ?). Peut-on savoir quels univers vous arpentiez ?
Je joue encore effectivement. J'ai beaucoup joué dans mon univers de Fantasy maison, qui est celui de Mémoire vagabonde, La voie du cygne et de mon prochain livre. J'ai aussi pas mal joué à Delta Green, mais ça n'a aucune influence sur les histoires de Monsieur K.

N'avez-vous jamais eu l'envie de créer un jeu de rôle autour des romans Mémoire Vagabonde et La Voie du Cygne ? Mathieu Gaborit a lui-même crée Agone, jeu de rôle tiré de sa série Les Chroniques des Crépusculaires, qui remporte un franc succès. N'avez-vous jamais eu l'envie que l'on bâtisse des rêves autour du votre, Domniam ?
En fait, comme je viens de le dire, le jeu existe déjà. Mais il n'est pas original DU TOUT. Il n'y a aucun concept particulier, c'est un monde med-fan qui regroupe tout un tas de trucs qui me plaisaient bien, voire un peu trop. Pour écrire des livres, c'est très bien, parce que je n'en fais apparaître qu'un petit bout et seulement les idées originales. Par contre, ça formerait un univers de jeu très ennuyeux, parce que ressemblant à beaucoup d'autres. Ca me ferait plaisir que des gens jouent dedans (ce qui s'est déjà produit, lors de deux grandeur-nature), mais écrire le livret du monde serait une tâche atrocement longue et fastidieuse pour moi. Et aucun de mes joueurs ne m'a proposé de le faire à ma place, ce que je comprends bien.

Ayant pratiqué cette activité ludique qu'est le jeu de rôle, peut-être pourriez-vous répondre à cette question : le jeu de rôle rend-il fou ?
Non. C'est même une excellente activité pour établir des liens sociaux.

Etant un rôliste acharné, je sais combien il est difficile pour le maître du jeu de faire rentrer les joueurs dans leur rôle, ceux-ci ayant une propension incroyable à faire blagues vaseuses, calembours et jeux de mots devenant autant de phrases cultes. Auriez-vous une anecdote de ce genre à nous raconter ?
J'en ai plein, comme tous les rôlistes, mais sorti du contexte ce n'est plus vraiment drôle.

On a souvent bien du mal, devant une oeuvre aboutie, à imaginer le travail qui a mené à sa création. Les démons de l'écrivain sont-ils bien réels ? Page blanche, doute et remise en question, dégoût face au résultat ?
Pour moi, ils sont devenus plus réels avec le temps. L'expérience rend plus exigeant, on ne laisse plus passer des choses qu'on se serait autorisé auparavant. Donc écrire devient plus difficile.

Aujourd'hui, alors que deux romans et un recueil de nouvelles signés Kloetzer ont été édités, avez-vous l'aisance financière nécessaire pour poursuivre votre travail en toute quiétude ?
Oui, je travaille à côté, donc je m'en sors pour l'argent. Par contre, poursuivre l'écriture à côté d'un temps plein est carrément difficile.

Justement, comment vous y prenez-vous ? Vous vous obligez à écrire ou vous travaillez sous le coup de l'inspiration ? Vos romans sont-ils nés sur le squelette d'un scénario ou plutôt sur un personnage ? Par quoi commencez-vous ?
C'est un délicat équilibre, ma méthode ayant évolué au cours du temps. En gros, au début j'ai quelques images de ce que je veux faire. Des scènes fortes, des répliques, des situations. Après, je fais un synopsis très détaillé du début et je commence à écrire, mon synopsis ayant trois ou quatre chapitres d'avance sur ce qui est écrit. Quand j'ai le temps, je n'ai pas trop de mal à écrire, mais là je suis obligé de me secouer un peu pour écrire dans les trous d'emploi du temps que me laisse mon travail...

Y a-t-il un écrivain pour qui vous ayez une admiration ou une amitié toute particulière ?
Pour l'admiration, il y en a plein. JRR Tolkien, Fritz Leiber, Michael Moorcock, Robert Howard, Roger Zelazny, Stefan Wul, Léo Malet, André Malraux, Bohumil Hrabal, Italo Calvino, Arturo Perez Reverte, Maurice Pons, Orson Scott Card, Pouchkine, Dostoievsky, Jose Saramago, John Le Carré, David Calvo... Tous ces gens ont écrit au moins un livre que j'admire. Un seul d'entre eux est un bon copain, je n'ai pas le loisir de connaître les autres personnellement.

Le critique Jacques Badou a écrit dans Le Monde que vous, Laurent Kloetzer, et David Calvo, Fabrice Colin, Mathieu Gaborit, étiez "les 4 mousquetaires de la jeune fantasy française". Titre flatteur mais pompeux ? Difficile à porter ? Ou l'annonce d'un avenir radieux pour la fantasy ?
C'était très gentil de sa part de dire ça. Maintenant, je ne ferais pas de pronostics sur mon avenir ou celui des autres. J'espère juste que tout le monde écrira de bons livres.

Vous nous avez parlé plus haut de votre prochain livre ? Une nouvelle escapade dans les ruelles tortueuses de Dvern ? Pourriez-vous nous en toucher quelques mots ?
C'est un roman d'aventures épiques, avec des chevaux et des épées, et une petite réflexion sur les histoires de types qui montent des chevaux et se battent avec des épées. Et plein de trucs personnels.

Vous avez sorti Mémoire Vagabonde et La Voie Du Cygne chez les éditions Mnémos (avec une autre édition de La Voie Du Cygne chez Folio SF) et Réminiscences 2012 chez Nestiveqnen. Comment se présentent vos relations avec ces maisons d'édition ? Vous leur avez proposé librement vos romans ? Vous passent-ils des commandes ? Posent-ils des conditions ?
De mon point de vue, mes relations avec les différents éditeurs sont très bonnes, je leur suis très reconnaissant d'avoir pris le risque commercial de publier les livres que je leur avais proposés. Et cela sans aucune condition, sinon que le livre soit aussi bien qu'il puisse l'être. Stéphane Marsan (de Mnémos, maintenant chez Bragelonne), Célia Chazel (de Mnémos) et Sébastien Guillot (chez Folio SF) m'ont chacun à leur façon fait beaucoup retravailler mes textes et je pense que ça en valait le coup à chaque fois.

Laurent Kloetzer, vous avez une page personnelle sur Noosfere.com. On y trouve entre autre la playlist d'Alex, compagnon réel et imaginaire, qui comprend notamment Nirvana, Pink Floyd, Noir Désir, les Beatles et Led Zeppelin. Le rock est-il une bonne source d'inspiration ?
Oui. Noir Désir a beaucoup joué pour Mémoire vagabonde. Quant aux autres groupes cités, ils sont tous mentionnés au moins une fois dans les histoires de Monsieur K. parce que j'avais rêvassé sur ces histoires en écoutant leurs chansons.

Pour finir, pourriez-vous nous dire quels ont été le dernier film, livre, disque que vous avez apprécié ?
Dernier film : Gangs of New York, de Martin Scorsese. J'ai trouvé ça immense, plein de souffle, vraiment épique. Le Seigneur des anneaux de Jackson, c'est vraiment de la gnognotte à côté. Dernier disque : je ne sais plus comment il s'appelle, mais c'est le dernier CD du groupe Archive. C'est Calvo qui m'a fait découvrir ça, c'est de la pop à la Pink Floyd, avec des ambiances vraiment intéressantes.

Laurent Kloetzer, merci de nous avoir accordé cet entretien, l'équipe Krinein vous souhaite bien d'autres succès.

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